Les voies discrètes : chemins de contrebande et petites routes de traverse
La Vôge, longeant par endroits la frontière entre Lorraine et Franche-Comté, fut longtemps un terrain de choix pour la contrebande. Les anciens racontaient encore, avant les années 1980, les « paquets de nuit » passés par les bois pour éviter la gabelle ou l’octroi sur le sel, puis sur le tabac, la laine, certains alcools. Les chemins du Chanois, ceux du Bois l’Abbesse ou du Grand Mont, étaient ainsi appréciés pour leur discrétion et leurs multiples embranchements.
- Certains passages étaient signalés par des bornes liminaires : on peut encore voir, près du « Col du Montot », une pierre datée de 1783, marquant autrefois une zone de séparation fiscale.
- La passe de la « Croix des Brûlés », non loin de Fontenoy-le-Château, mêle à l’histoire de la contrebande celle des anciens bûcherons et sabotiers, qui transportaient clandestinement leur production en période de crise.
- Selon les saisons, certains chemins devenaient impraticables ; c’est alors que d’autres sentiers de traverse, parfois plus raides, étaient redécouverts de génération en génération.
Aujourd’hui, quelques-uns de ces chemins, sinon défrichés, sont repris par les promeneurs ou les adeptes de marche nordique. Ils constituent un terrain de jeu singulier : chaque détour peut réserver une « porte » sur l’histoire, un lieu-dit, une clairière, un pont de fortune en pierre. Cette topographie mouvante, qui a résisté à la disparition du petit trafic, offre un espace de mémoire populaire, où l’on comprend l’importance de la solidarité locale face aux contrôles et aux contraintes du pouvoir central (cf. « Petite histoire des chemins de contrebandiers en Vôge », Société Philomathique des Vosges, 1998).