Voyage à travers les bâtiments emblématiques du patrimoine thermal de Bains-les-Bains

10/08/2025

Un établissement thermal vieux de deux siècles : le Thermes de Bains-les-Bains

La figure tutélaire du patrimoine thermal local reste l’établissement des Thermes de Bains-les-Bains lui-même. Le site, édifié à partir de 1811 sur les ruines d’anciens bains antiques et médiévaux, reflète les mutations du thermalisme français.

  • 1811 : début des travaux, impulsés par le préfet Lezay-Marnésia, fervent défenseur du thermalisme vosgien (Archives départementales des Vosges).
  • 1820 : inauguration du premier bâtiment néo-classique, évoquant les inspirations palladiennes alors très en vogue.
  • 1882-1886 : refonte profonde par l’architecte François Clasquin. Adjonction de la célèbre rotonde surmontée d’une verrière, aujourd’hui inscrite aux Monuments historiques (Base Mérimée).

Au fil des décennies, l’établissement s’est transformé, intégrant les innovations d’hygiène, d’accueil et de technique thermale (Thermes Bains-les-Bains). On y distingue :

  • Un vestibule d'entrée au sol marbré et colonnes corinthiennes, qui marque la solennité des lieux.
  • Les anciens bains doubles, vestiges du XIX siècle, dont les baignoires en fonte étaient révolutionnaires à l’époque.
  • Une galerie-jardin couverte reliant les différentes zones de cure, rareté architecturale dans les stations françaises.
  • Un pédiluve-oratoire, aménagé au début XX siècle, témoin de l’association entre soin du corps et apaisement de l’esprit.

Chaque intervention architecturale traduit les mutations des pratiques médicales, la montée en puissance d’une clientèle bourgeoise, mais aussi l’adaptation à une lumière, un climat, une atmosphère propre à la Vôge. À noter que, pour la saison 1896 uniquement, l’établissement a accueilli plus de 4 500 curistes (source : ).

L’empreinte de la Belle Époque : hôtels et villas thermales

La période 1880-1914 façonne durablement le paysage urbain. La demande croissante de confort, le goût pour les séjours prolongés et la sociabilité post-soins se manifestent à travers la construction d’hôtels et de villas, souvent encore visibles aujourd’hui.

  • Le Grand Hôtel des Bains (1885, architecte Alfred Gerold), symbole de la prospérité thermale. Sa façade éclectique, ses balcons filants et ses boiseries sculptées accueillent alors des familles entières, franciliennes et germaniques notamment.
  • Le Pavillon des Sources, avec ses vérandas fleuries et ses galeries à colonnades, dont il reste aujourd’hui une partie intégrée à une résidence privée.
  • Les villas “Les Glycines”, “Les Roses”, “Le Nid”, références à la botanique ambiante, témoignent d’un art de vivre marqué par le calme, l’intimité, la proximité du parc thermal.

Si beaucoup de ces bâtiments sont désormais reconvertis (hébergements, logements sociaux ou maisons particulières), leurs lucarnes ornées, leurs toitures complexes ou encore leurs cabochons colorés rappellent l’éclectisme puis l’Art nouveau qui caractérisent cette France thermale à la veille de la Grande Guerre. Il est à noter que parmi la trentaine d’établissements hôteliers dénombrés en 1911, une quinzaine furent détruits ou transformés après la Seconde Guerre mondiale (INSEE Vosges).

Le parc thermal, écrin paysager et mémoire végétale

Plus discret, le parc thermal joue un rôle essentiel dans la mise en scène architecturale.

  • Créé en 1845 et remanié dans les années 1900, il s’étire sur sept hectares, agencé par l’ingénieur Jean Henri Decroix, élève d’Haussmann (Archives de La Vôge-les-Bains).
  • Des allées sinueuses, des pelouses "à l’anglaise", une rareté dans les sites vosgiens de l’époque.
  • Le kiosque à musique, daté de 1906, a vu défiler musiciens civils, orchestres militaires ou chanteurs amateurs (témoignages oraux, CCVLB).
  • Les sources “Romana” et “Reine”, soigneusement mises en scène sous des abris néo-classiques, sont les plus célèbres points d’eau du parc. On y observe encore les plaques en fonte portant le nom du donateur ou du médecin thermal.

L’intérêt botanique y est remarquable : magnolias, séquoias, ginkgos biloba centenaires et massifs de rhododendrons, reflétant l’engouement de la Belle Époque pour les essences exotiques. Plusieurs arbres sont aujourd’hui classés “arbres remarquables” selon la Société Vosgienne d’Horticulture.

Château, église et pavillons : un dialogue entre patrimoine civil et thermal

L’histoire locale ne se concentre pas uniquement autour du complexe thermal. Elle rejaillit dans des bâtiments civils convertis à la faveur du thermalisme, ou bien conservés à distance. Quelques exemples s’imposent :

  • Le château de Bains-les-Bains : construit entre 1711 et 1724 pour le marquis de Courcelles, il abrite successivement des notables, des soignants, puis la direction de la station pendant un temps (RMN-Grand Palais, Base Mérimée).
  • L’église Saint-Colomban, dont le clocher barlong surplombe la route des thermes. Sa nef du XVIII siècle a souvent servi de point de repère aux curistes (Inventaire général du patrimoine culturel Lorraine).
  • Certains pavillons de source, construits à la charnière des XIX et XX siècles, tels les petits corps de bâtiments à la Source du Moulin ou du Bain-Doux, sont des témoignages précieux des expériences de captation hydraulique antérieures à la gestion centralisée des eaux.

Ces édifices manifestaient alors le dialogue entre patrimoine civil et industrie thermale, tissant une trame unique : celle d’une ville où médecins, curistes, artisans, religieux et nobles cohabitaient, chacun influençant à sa manière l’esthétique et la destination des lieux.

Anecdotes, figures et petits riens : patrimoine caché, récits de vie

Au fil des années, des fragments du patrimoine thermal se sont disséminés bien au-delà des grandes façades.

  • Le lavoir de la source “La Roche” – modeste mais pittoresque – était autrefois le lieu de rencontre privilégié des lavandières du quartier durant et après la cure. On rapporte que le médecin thermal Paul Perret avait sa baignoire attitrée dans un recoin du bâtiment…
  • Le kiosque à journaux, construit à l’angle de la rue des Thermes en 1931, fut l’un des tout premiers du département à proposer, chaque matin d’été, Le Petit Parisien, L’Est Républicain et le journal de Saint-Dié aux curistes.
  • Depuis les années 1950, la salle des fêtes, sobre bâtiment moderniste, programme concerts, conférences et bals lors de la haute saison thermale.

Dans la ville, les plaques émaillées, les enseignes d’anciens dentistes du thermalisme, ou même une rare fontaine Wallace (dépôt de la Ville de Paris, 1898), racontent, par touches discrètes, l’irrigation du bourg par la culture du soin.

Regards d’aujourd’hui et enjeux de demain

L’avenir du patrimoine thermal de Bains-les-Bains, comme dans tant d’autres stations françaises, interroge quant à sa sauvegarde, sa transmission, mais aussi sa capacité à s’ancrer dans un présent sans renier son passé. Les immeubles sont parfois frappés d’obsolescence, parfois réhabilités selon les règles du label “Petites Cités de Caractère” (2017). Depuis 2021, la municipalité réfléchit à l’intégration des bâtiments thermaux historiques dans une stratégie de rayonnement régional, alliant patrimoine architectural et dynamique touristique (source : Communauté de Communes de La Vôge-les-Bains).

Ce qui passionne ici, c’est la polyphonie discrète : un alignement de façades ornées, un simple lavoir, un kiosque, un parc, et la voix ancienne d’une ville auréolée d’eaux vives, qui continue de raconter son histoire mille fois renouvelée.

Sources consultées :

  • Archives départementales des Vosges
  • Base Mérimée, ministère de la Culture
  • Bulletin de la Société d’Agriculture, Sciences et Arts des Vosges, 1897
  • INSEE Vosges
  • Site officiel des Thermes de Bains-les-Bains
  • Inventaire général du patrimoine culturel Lorraine
  • Communauté de Communes de La Vôge-les-Bains
  • RMN-Grand Palais
  • Société Vosgienne d’Horticulture

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