Bains-les-Bains à travers ses bâtiments publics : architectures, usages et mutations d’une commune vosgienne

12/11/2025

L’empreinte thermale : le Grand Établissement, miroir d’une commune en mutation

Impossible d’aborder Bains-les-Bains sans évoquer son imposant ensemble thermal, à la fois symbole d’un héritage séculaire et reflet du tournant pris par la commune au XIXe siècle. En 1757, le comte de Saint-Baslemont fait édifier une structure balnéaire pour accueillir les premiers curistes, mais c’est sous l’impulsion de la monarchie puis de l’État, à partir de 1838, que les thermes prennent leur forme actuelle (source : Base Mérimée – Thermes de Bains-les-Bains).

  • Un style néoclassique affirmé : Les colonnes à chapiteaux ioniques, grandes verrières et longues galeries témoignent de l’âge d’or thermal. Conçus pour recevoir l’aristocratie puis la bourgeoisie venue de tout l’Est, les thermes multiplient les innovations architecturales (coupole sur la salle des bains, mosaïques 1920, parquet de balles).
  • Un moteur de développement local : La fréquentation atteint des sommets sous le Second Empire : jusqu’à 3 500 curistes et 17 000 nuitées enregistrées en 1867 (Annuaire statistique des Vosges, 1868). On bâtit alors hôtels, pensions et infrastructures annexes : théâtre, kiosque, poste. Les thermes deviennent le poumon économique et une vitrine du territoire.
  • Un acteur de l’évolution sociale : L’établissement ouvre peu à peu ses portes à d’autres publics. L’Assistance publique y envoie des “curistes sociaux” dès les années 1920. Après 1945, la clientèle devient majoritairement populaire et régionale, marquant une profonde transformation dans la vocation accueillante de la station.

En déclin progressif depuis la fin du XXe siècle, l’édifice continue de dominer le bourg : frise de pierre, pavillon de l’entrée et long bassin central gardent le souvenir d’années fastes et changent aujourd’hui de visage (projets de réhabilitation, nouveaux usages médicaux).

La mairie et la poste : témoins d’un pouvoir local qui change d’échelle

La mairie, installée dans un bâtiment de pierres apparentes, incarne à la fois continuité et adaptation administrative. L’Hôtel de Ville actuel, érigé à la fin du XIXe siècle à partir d’anciens bâtiments communaux, remplace une modeste maison qui servait de mairie-école sous la Révolution et jusqu’à la Monarchie de Juillet.

  • Fonction multiple : La mairie a longtemps abrité aussi l’école de garçons, puis une bibliothèque populaire (1869) et la justice de paix. C’est en 1898 que l’édifice acquiert sa physionomie sobre, avec son horloge sur fronton triangulaire. Il accompagne alors une administration de plus en plus structurée : cadastre, recensements, état civil, affaires scolaires.
  • L’évolution des styles : La poste, bâtie en brique rouge au tournant du siècle, reflète une symbolique différente : celle de la communication moderne (télégraphe, téléphone dès 1904) érigée en service public vital. Le bureau, agrandi en 1931 puis en 1968, s’adapte aux changements démographiques et à la mutation du service postal. Depuis les années 2010, certaines fonctions se dématérialisent, et l’édifice conserve une présence de relais administratif ressenti au quotidien.

L’école du bourg : miroir de la République et de la démographie locale

L’école est un autre marqueur essentiel. Le premier bâtiment scolaire date du Concordat (1802) : il accueille à la fois enfants et instituteurs, tout comme beaucoup de villages ruraux. Mais c’est entre 1881 et 1886, dans le sillage des lois Ferry, qu’est construit le groupe scolaire encore visible en contrebas de la rue du Château (Communauté de communes – Les écoles).

  • Un édifice républicain : Pierre de taille, larges fenêtres, fronton gravé “École Publique” : la volonté de diffuser l’enseignement laïque transparaît dans l’architecture elle-même. Les classes sont séparées par sexe et par étage jusqu’en 1968. La cour, longtemps divisée, sera réunifiée à l’arrivée du collège unique en 1975.
  • Adaptations aux évolutions démographiques : Le pic de naissances du baby-boom (72 élèves en 1958) contraste avec les années 1990 : le maintien de l’école, puis son adossement à une intercommunalité, témoignent des arbitrages à chaque génération. L’ancienne “école des filles” accueille aujourd’hui des services périscolaires et une petite médiathèque, preuve que l’édifice s’adapte sans perdre sa vocation première.

L’ancienne gare : témoin d’un âge ferroviaire révolu et d’une réinvention

Le bâtiment de l’ancienne gare, silhouette discrète à l’orée du canal, fut longtemps la “porte d’entrée moderne” du village. Mis en service en 1862 par la Compagnie des Chemins de fer de l’Est, il marque l’arrivée du rail dans la Vôge (> 12 000 voyageurs en 1883) et accompagne la montée en puissance des bains thermaux (Cheminots Vosgiens).

  • Ambitions et déclins : L’architecture, résolument sobre (appareillage de brique et de pierre, toiture à deux pans), abrite un hall, deux guichets et des logements de cheminots. Avec la suppression progressive des lignes secondaires (ligne de la Vôge fermée en 1972), la gare perd sa fonction, mais conserve sa forte valeur patrimoniale.
  • Vers de nouveaux usages : Le bâtiment héberge aujourd’hui des bureaux associatifs et un espace-expo temporaire. La voie ferrée, convertie en voie verte, relie dorénavant Bains-les-Bains à Fontenoy-le-Château et jusqu’à Épinal pour les cyclistes.

Santé et solidarité : l’hôpital, la maison de retraite et l’orphelinat

La vocation sanitaire ne se limite pas aux thermes. L’hôpital local, installé dans l’ancien couvent des Dames de la Charité au XVIIIe siècle, se transforme en centre médical moderne après-guerre. Sa petite chapelle, son parc arboré et son ancienne pharmacie rappellent l’évolution des structures de soin au fil des décennies (source : Archives départementales des Vosges, fonds hospitaliers).

  • Maison de retraite : Édifiée dans les années 1970 en lisière de forêt, la “résidence Les Myrtilles” illustre la priorité donnée au vieillissement de la population : elle accueille aujourd’hui plus de 85 pensionnaires, dont la plupart sont issus de la vallée.
  • Orphelinat du village : Un orphelinat, tenu par les religieuses de la Providence de Portieux de 1876 à 1989, a laissé une marque forte. Il devient foyer rural avant sa fermeture. Ce site témoigne d’une commune attentive aux enjeux sociaux de chaque époque.

Patrimoine religieux et espaces de mémoire collective

Bains-les-Bains compte une église paroissiale remaniée au XIXe siècle, dont la cloche date de 1720 : elle demeure le cœur symbolique du village, même si son rôle a évolué. La chapelle des Thermes, bâtie en 1866 pour satisfaire la clientèle catholique, souligne le lien ancien entre spiritualité et cure.

  • Cimetière et monuments aux morts : Le vieux cimetière, inauguré en 1852, accueille un monument en hommage aux enfants du pays tombés lors des conflits mondiaux. Érigé en 1922, il rappelle l’engagement de la commune : 43 noms y sont gravés pour la seule Première Guerre mondiale (source : MémorialGenWeb).

Bibliothèques, salles des fêtes et tiers-lieux : l’évolution des pratiques collectives

La première salle des fêtes voit le jour dans une remise réhabilitée dans les années 1930 : bals, banquets républicains, réunions de société y font battre le cœur collectif. Un nouvel espace, plus fonctionnel, est aménagé dans les années 1980, illustrant la volonté de donner place à de nouvelles pratiques culturelles et associatives.

  • Médiathèque : En 2015, le projet de microbibliothèque dans l’école réinvestit l’idée de transmission culturelle au cœur du bourg.
  • Tiers-lieux naissants : Depuis 2021, des habitants créent des espaces partagés (ateliers, coworking, jardins collectifs) dans des locaux publics réhabilités, preuve du dynamisme associatif et de la recherche de nouveaux usages pour un patrimoine bâti parfois en sommeil.

Quand le bâti raconte l’histoire entre héritage et adaptation

De la pompe à eau en fonte devant les thermes au discret banc d’école déplacé dans la salle municipale, chaque bâtiment public révèle une facette de l’histoire de Bains-les-Bains. Certains édifices traversent les siècles et adaptent sans cesse leurs usages : ce sont les miroirs fidèles d’un territoire en dialogue permanent avec son passé et les défis contemporains. En se promenant dans le bourg, on mesure combien ces bâtiments publics incarnent à la fois la permanence et la plasticité de la vie locale, enchâssant des mémoires partagées et raffinant sans cesse le portrait d’une commune rurale, discrète, mais résolument vivante.

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