Marcher sous les futaies : découvrir la faune des forêts autour de Bains-les-Bains

01/03/2026

Le secteur de Bains-les-Bains, niché au cœur de la Vôge, se distingue par la diversité de ses forêts riches en faune. Plusieurs boucles pédestres traversent ces massifs et offrent des opportunités uniques d’observation :
  • Des parcours courts, comme la boucle des Étangs de la Comtesse, mettent en lumière la richesse ornithologique et la présence de batraciens.
  • Des sentiers plus étendus, tels que la Grande Boucle de la Tête de Saint-Jean, traversent des habitats privilégiés du chevreuil, du blaireau et du renard.
  • L’ancienne voie ferrée menant à la forêt de Humbligny offre de nombreux témoignages de la vie des mammifères et insectes locaux.
  • Certains itinéraires intègrent des points d’observation discrets, facilitant la rencontre avec des espèces comme le pic noir ou, avec un peu de chance, le cerf élaphe.
Résolument tournée vers la transmission de cette richesse naturelle, la découverte des forêts de Bains-les-Bains est autant une immersion sensorielle qu’un hommage à une biodiversité préservée.

Un territoire forestier d’exception, marqué par la diversité

La région de Bains-les-Bains (aujourd’hui La Vôge-les-Bains), au sud-ouest du département des Vosges, se distingue par des paysages boisés qui couvrent plus de 57 % de sa surface communale (INSEE), bien au-dessus de la moyenne nationale. Essentiellement composées de hêtres majestueux, de chênes, de charmes et de conifères, ces forêts abritent une mosaïque d’habitats : taillis, mares forestières, anciens étangs, petits vallons humides… Autant de refuges pour une faune variée, adaptée à chaque microclimat ou strate végétale.

Boucle 1 : Les Étangs de la Comtesse, royaume des amphibiens et des oiseaux d’eau

Au nord du bourg, la boucle dite des Étangs de la Comtesse, longue de 4,2 km, propose une découverte paisible entre forêt, eau et clairière. Le chemin, plutôt facile, longe en grande partie la rive de deux anciens étangs aménagés dès le XVIIIe siècle pour alimenter les moulins et servir de réserve piscicole.

Faune observable :

  • Tritons palmés et salamandres tachetées fréquentent les berges ombragées au printemps – les matinées humides sont les plus propices à leur observation.
  • Canards colverts, poules d’eau et, parfois, le martin-pêcheur viennent se nourrir sur les rives – un œil discret repère leur va-et-vient éclairs entre les branches.
  • Pic épeiche, grive musicienne et geai des chênes animent sonorités et sous-bois, leurs cris résonnant parfois étonnamment loin dans ces espaces semi-ouverts.

Ce secteur est également une halte pour les migrateurs de passage à l’automne, et un laboratoire naturel pour qui s’intéresse aux interactions entre faune, eau et forêt.

Boucle 2 : Grande Boucle de la Tête de Saint-Jean : sur la piste du chevreuil et du renard

Pour ceux qui désirent s’immerger plus profondément dans la forêt feuillue, la Grande Boucle de la Tête de Saint-Jean (environ 12 km, 320 m de dénivelé positif) est un itinéraire recommandable en toute saison. Elle amorce son départ du centre du village et grimpe doucement jusqu’aux crêtes boisées dominant le secteur sud.

Faune typique :

  • Chevreuil : habitant des lisières matinales, identifiable à ses traces fines (empreinte en forme de cœur).
  • Blaireau européen : difficile à voir, il laisse toutefois derrière lui certains indices : entrées de terriers, traces de griffes sur de vieux troncs, petits renfoncements utilisés comme “latrines”.
  • Renard roux : parfois furtif au crépuscule, il parcourt les vieux chemins et les clairières, cherchant campagnols et amphibiens.
  • Hibou moyen-duc, chouette hulotte : leur présence se devine bien plus qu’elle ne se voit, à partir de l’automne, lorsque leur chant nocturne résonne dans les futaies sombres.

À noter : la montée vers la Tête de Saint-Jean propose un panorama par temps clair, propice à l’observation aérienne des grands rapaces comme la buse variable ou, plus rarement, du milan royal.

Boucle 3 : Forêt de Humbligny et ancienne voie ferrée : traces du cerf et du sanglier

Moins fréquentée, l’ancienne voie ferrée convertie en chemin forestier relie Bains-les-Bains à la forêt de Humbligny, ouvrant sur un espace très riche en grandes espèces. Sur 9 km aller-retour, le parcours permet de traverser plusieurs milieux : futaies sombres, zones humides, et de vieilles futaies de résineux.

À surveiller sur ce parcours :

  • Cerf élaphe : la plus grande espèce de mammifère sauvage de la région. En septembre-octobre, la forêt résonne du fameux brame, audible à l’aube ou au crépuscule. Hors saison, seuls quelques indices révèlent sa présence : empreintes larges, frottis sur les jeunes arbres, restes de mues.
  • Sanglier : passages boueux, “boutis” dans les clairières, et parfois traces caractéristiques autour des points d’eau temporaires.
  • Pic noir : le plus grand des pics européens, facilement repérable par son cri puissant et les énormes trous ovales creusés dans les troncs.
  • Écureuil roux, parfois martre ou belette, visibles le matin ou à la tombée du soir, bondissant d’aulne en noisetier.

Les tunnels forestiers laissent aussi le passage à une incroyable nuitée d’insectes : lucanes cerfs-volants, papillons nocturnes ou, l’été, vols nuptiaux de hannetons.

Petite histoire locale : jadis, les trains de bois croisaient la faune locale sans vraie séparation avec la forêt, et nombres d’ouvriers évoquaient dans leurs souvenirs les passages de hardes au bord des voies (source : témoignages collectés par Pierre Colin, historien local).

Boucle 4 : Sur la route du Bois Joli et les mares forestières

À l’est du village, une boucle familiale de 5,5 km serpentant dans le Bois Joli et autour de petites mares temporaires offre un terrain idéal à l’observation discrète du petit peuple forestier.

Faune à observer :

  • Hérissons : souvent présents à la tombée de la nuit, ils longent les lisières et émettent de petits grognements caractéristiques.
  • Grenouille rousse, libellules, et tritons alpestres dans les mares éphémères.
  • Lézard vivipare, parfois aperçu sur les tas de bois humides ou les vieux murets moussus.
  • Épervier d’Europe et sittelle : fréquents dans les zones mixtes, acrobates ou chasseurs discrets.

La précieuse diversité des mares est suivie de près par la Société Lorraine d’Odonatologie, qui y recense chaque année de nombreuses espèces de libellules (source).

Conseils pratiques pour une observation respectueuse et réussie

  • Privilégier les heures calmes : l’aube, voire le crépuscule offrent de meilleures chances d’observer la faune active.
  • Marcher en silence et faire des pauses régulières, de préférence assis ou accroupi : c’est souvent la patience qui paie.
  • Se munir de jumelles et d’un carnet : noter ou dessiner ce qui a été vu, relevé, entendu, pour conserver la mémoire de ces moments de rencontre.
  • Rester discret, surtout en période de reproduction (printemps : oiseaux et amphibiens ; septembre-octobre : brame du cerf).
  • Rester sur les chemins balisés, afin de respecter les habitats fragiles et la tranquillité des espèces.

Des panneaux ou livrets disponibles à la Maison de la Forêt de Xertigny peuvent guider la démarche d’observateur curieux et attentif, ou orienter vers les sentiers officiels balisés (sources : ONF, Parc naturel régional des Ballons des Vosges).

Focus : Le rôle de la mémoire orale et de la transmission locale

La connaissance de la faune forestière doit beaucoup aux récits d’habitants, aux chasseurs, naturalistes amateurs, et collecteurs de mémoire : les histoires de brame, d’observations rares, d’empreintes énigmatiques traversent les générations. Les écoles locales organisent parfois des sorties menées par des “passeurs” bénévoles : anciens bûcherons, forestiers, passionnés de mycologie, qui partagent leurs savoirs au fil des saisons.

Nombre d’espèces autrefois banales se sont faites plus discrètes, certaines (comme la gélinotte des bois, emblème régional) étant aujourd’hui strictement protégées. La vigilance et le respect de ces témoins silencieux des forêts sont de véritables fils conducteurs de la rencontre entre nature et patrimoine.

Invitation à la découverte et au respect

Les boucles forestières autour de Bains-les-Bains proposent bien autre chose qu’un bain de verdure : elles invitent à une curiosité lucide, patiente, sensible. Chaque promenade devient ainsi une enquête légère et attentive, où l’on devine la présence de la faune bien plus qu’on ne la surprend. Par la diversité de leurs parcours, du plus familial au plus exigeant, ces itinéraires fournissent une merveilleuse ouverture sur la richesse d’un patrimoine vivant, fragile et toujours renouvelé, à la mesure de cette belle Vôge. Pour approfondir : la Maison de la Forêt, la base de données de l’Inventaire National du Patrimoine Naturel, ou les associations locales (LPO, Société Lorraine d’Odonatologie).

En savoir plus à ce sujet :

Articles