Des pierres habitéeS : au cœur des villas les plus emblématiques du parc thermal de Bains-les-Bains

16/01/2026

À Bains-les-Bains, certaines villas thermales s’imposent comme des témoins privilégiés de l’âge d’or thermal, mais aussi des évolutions architecturales, sociales et culturelles du site. Voici ce qui distingue les plus emblématiques :
  • Des styles architecturaux variés mêlant classicisme, art nouveau, éclectisme et régionalisme.
  • Une histoire tissée de séjours illustres, d’anecdotes locales et de bouleversements politiques ou économiques.
  • Leur rôle dans l’accueil des curistes et la vie locale, qui a façonné une sociabilité singulière à Bains-les-Bains.
  • Des éléments ornementaux et paysagers remarquables, intégrés dans le parc thermal lui-même.
  • Des exemples de restauration et de réaffectation réussies, soulignant leur valeur patrimoniale et contemporaine.
Certaines demeures fascinent par leur stature, d’autres par leur histoire intime : toutes racontent un pan de l’âme de la station thermale.

L’émergence d’un style : la villa thermale comme symbole de réussite et de modernité

La vogue des eaux thermales explose au XIXe siècle. Bains-les-Bains, alors station courtisée, connaît son apogée : on y vient soigner les rhumatismes ou “prendre les eaux”, mais aussi se montrer et se rencontrer. Les villas thermales éclosent à cette époque – la plupart sont bâties entre 1850 et 1920 –, constituant un marqueur fort du paysage urbain transformé par l’essor du thermalisme sous le Second Empire puis la Belle Époque (source : Ville de Bains-les-Bains).

Ces demeures sont le fruit d’initiatives privées, émanant de notables locaux, de médecins, ou d’investisseurs séduits par la promesse d’une clientèle aisée. Il s’agit de montrer sa réussite, tout en profitant du cadre arboré du parc, conçu pour garantir à la fois calme et vie sociale. Rapidement, la villa thermale devient un parangon de confort moderne pour la bourgeoisie en villégiature, marquant la volonté de s’afficher tout en s’isolant du tumulte.

Signatures et influences : un éventail architectural remarquable

Parmi ces villas, certaines se distinguent par l’audace de leur conception ou la qualité de leurs décors. Le parc thermal est un véritable catalogue de tendances architecturales des XIXe et début XXe siècles :

  • La Villa des Lilas : Typique de la fin du siècle, elle affiche une alternance de briques et de pierres, un balcon en fer forgé et des corniches travaillées – illustration de l’éclectisme qui triomphe alors.
  • La Villa Romane : Bâtie en 1911, elle arbore une façade blanche ornée de céramiques Art nouveau, témoignant de l’influence de l’École de Nancy et de l’engouement pour les motifs végétaux.
  • La Villa Jeanne d’Arc : Son toit en tuiles vernissées, à la manière bourguignonne, ainsi que ses lucarnes sculptées, rappellent l’attachement aux racines régionales dans un style parfois appelé “néo-vogien”.
  • La Villa Suisse : Avec ses pans de bois et ses balcons profonds, cette villa évoque les chalets alpins, symbole d’exotisme et de confort de montagne.
Les architectes, souvent venus d’Épinal ou de Nancy, laissent libre cours à leur inspiration. Parfois, ils adaptent les plans à la demande des commanditaires, osant évoluer d’une villa à l’autre d’un style à l’autre, intégrant serres, orangeries ou tourelles fantaisistes. Selon l’Inventaire du Patrimoine de Lorraine (source ministère de la Culture), nombre de ces villas sont classées ou inscrites au titre des monuments historiques ou repérées dans l’Atlas du patrimoine vosgien.

Des histoires enracinées : anecdotes et figures célèbres

À la faveur d’une flânerie, difficile d’imaginer le ballet mondain qui animait les allées du parc. Pourtant, de nombreuses villas furent le théâtre d’épisodes pittoresques ou tragiques. Certaines se voient encore associées à des figures célèbres :

  • La Villa Chanteclair reçut tout l’été 1903 le compositeur Gabriel Pierné, venu travailler, paraît-il, à son opéra “La Fille de Tabarin” en goûtant à la tranquillité des jardins.
  • La Villa Les Sapins fut transformée en hôpital de fortune durant la Grande Guerre, hébergeant nombre de jeunes blessés des tranchées vosgiennes.
  • La Villa des Glycines abritait chaque juin un cercle de poètes lorrains organisant des lectures confidentielles, prisées des curistes lettrés dans l’entre-deux-guerres (archives communales, 1930).
  • La Villa Rose, plus modeste mais très appréciée, accueillit un certain Dr Guyot, promoteur d’une méthode originale de bains “hydro-dynamisants” – et cible de bien des discussions aux thermes et cafés voisins.
Certaines anecdotes parviennent par la petite histoire : bruits de fêtes, romances nées à l’ombre des hortensias, excentricités architecturales commandées sur un coup de tête par de riches parisiens de passage.

Des maisons ouvertes sur la station : rôle social et évolution des usages

Si la villa thermale a longtemps été un marqueur de distinction, elle a aussi joué un rôle dans l’animation du parc thermal. Plusieurs de ces villas accueillaient des salons de musique ou de lecture accessibles, pendant la saison, aux curistes non résidents. D’autres étaient totalement réservées à la location, proposant dès le début du XXe siècle de véritables services hôteliers, parfois avec cuisinière et femme de chambre, annonçant les pensionnats modernes.

Quelques-unes, au gré des décennies, ont changé d’usage, illustrant l’adaptabilité de ce patrimoine :

  • Certaines, délaissées après les crises du thermalisme (années 1950-1960), furent transformées en écoles maternelles ou en centres de colonies de vacances.
  • D’autres, grâce à une politique patrimoniale locale exigeante depuis les années 1990, ont fait l’objet de restaurations minutieuses et accueillent aujourd’hui expositions temporaires, ateliers d’artisans ou chambres d'hôtes de charme.
Leur renaissance tient autant au soin porté à leur préservation qu’à la vitalité d’associations locales qui militent pour une mise en valeur du bâti thermal (voir par exemple le travail de l’Association Mémoire et Image de Bains-les-Bains).

Intégration au paysage et art du jardin : la villa, une folie paysagère ?

Une spécificité des villas thermales de Bains-les-Bains réside dans leur articulation avec le parc, dont la trame paysagère – vastes pelouses, allées sinueuses, pièces d’eau ou rocailles – reste en partie préservée. La plupart des villas ouvraient sur de petits jardins privés ou semi-publics, parfois dotés de serres, de gloriettes, de fontaines.

Ce dialogue constant entre bâti et végétation offrait aux résidents un lieu d'intimité tout en profitant du spectacle de la nature ordonnée : magnolias vénérables, parterres de rhododendrons, tilleuls tricentenaires. Ces éléments contribuent encore à l’attractivité des villas, et expliquent en partie leur statut d’emblèmes locaux.

Aujourd’hui, plusieurs allées sont ponctuées de panneaux historiques ou botaniques, valorisant la richesse du double patrimoine bâti et végétal, souvent mis en avant lors des Journées du Patrimoine de Pays.

Destinées contemporaines et restauration patrimoniale

La reconnaissance patrimoniale obtenue par certaines villas n’est pas le fruit du hasard. Le label "Villes et Pays d'Art et d'Histoire", attribué à l’agglomération d’Épinal (dont dépend Bains-les-Bains), offre un cadre de valorisation du patrimoine bâti, tout en incitant à la requalification des demeures emblématiques. Parmi les opérations phares des vingt dernières années :

  • La Villa Marguerite : Rachetée par une famille passionnée, elle a fait l’objet d’une restauration exemplaire, récompensée par le prix départemental du patrimoine en 2014.
  • La Villa Les Cèdres : Son jardin remarquable, replanté avec des essences locales, accueille désormais des visites guidées et des ateliers culturels estivaux.
Certaines demeures restent toutefois fragiles, confrontées aux coûts d'entretien ou à l’abandon, questionnant les priorités d’un territoire attaché à son héritage, mais aussi à son avenir.

Résonances d’hier et d’aujourd’hui : pourquoi ce prestige demeure ?

Si certaines villas sont à ce point ancrées dans l’imaginaire local, c’est parce qu’elles condensent une aventure collective : elles sont autant le reflet d’une époque que le support d’une mémoire vivante. Qu’elles siègent majestueusement au cœur du parc, qu’elles se dissimulent derrière un rideau de glycines, chaque villa rappelle que le thermalisme fut bien plus qu’une mode, qu’il façonna une sociabilité, une architecture, un art du temps suspendu.

Leur prestige ne tient pas seulement à leur beauté ; il procède d’un subtil mélange d’audace architecturale, d’histoires intimes et d’ouverture sur le monde, tissé au fil des ans. Si le thermalisme a changé de visage, si les usages évoluent, les villas demeurent des repères structurants pour Bains-les-Bains, des jalons sur lesquels s’appuyer pour penser la valorisation future du parc thermal.

Celles et ceux qui prennent le temps de s’attarder devant leurs façades, d’imaginer les scènes qui s’y sont jouées, comprennent alors pourquoi quelques villas du parc thermal de Bains-les-Bains sont jugées emblématiques : parce qu’elles portent la mémoire d’un lieu en mouvement, entre patrimoine et horizons neufs.

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