Les chapelles rurales de la Vôge : sentinelles discrètes autour de Bains-les-Bains

06/12/2025

Un patrimoine religieux de proximité : raisons d’être et typologie des chapelles rurales

Dans les Vosges, la chapelle rurale tient un rôle d’auvent, de refuge, rarement celui d’édifice monumental. Jusqu’au XIXe siècle, le maillage paroissial dense laissait de nombreux hameaux à bonne distance de l’église principale. La chapelle servait alors de lieu de prière, de cérémonie funèbre, parfois de célébration de la messe par « tournée » (prêtre desservant plusieurs lieux au fil de la semaine). On en recensait, selon l’Inventaire général du patrimoine culturel (source : patrimoine.vosges.fr), près de 120 dans le canton en 1830, nombre en baisse depuis faute d’entretien.

  • Chapelles de hameau ou de quartier : construites à la demande des habitants, en l’absence d’église proche ;
  • Chapelles votives ou de pèlerinage : édifiées après l’épidémie ou lors d’un vœu collectif pour conjurer calamités ou rendre grâce.

Leur architecture, souvent à une nef unique, avec ou sans clocher, utilise les matériaux locaux : grès rose, pierre calcaire ou moellons couverts d’ardoise, et parfois tuiles canal.

Tour d’horizon des chapelles autour de Bains-les-Bains : histoire et singularités

La chapelle Saint-Jean-Baptiste de La Haye

Située à l’écart au sud du hameau de La Haye, cette chapelle fut érigée en 1751, à l’initiative d’une confrérie locale. En 1772, les registres paroissiaux signalent la bénédiction d’une cloche offerte par les familles du hameau. Construction simple, bâtie en grès, la chapelle fut plusieurs fois menacée de ruine lors des guerres, mais maintenue debout grâce à une mobilisation villageoise lors des restaurations de 1884 et de 1970. Elle accueille chaque 24 juin une procession rurale pour la fête du Saint, attestée sans interruption depuis 1818 selon les archives diocésaines d’Épinal.

La chapelle Notre-Dame de Rechentreux

Au cœur du vallon de Rechentreux, autrefois bourg industriel (moulins, scieries), subsiste la petite chapelle Notre-Dame, datée de 1856. Construite à la suite d’une épidémie de fièvre typhoïde ayant frappé plusieurs familles, c’est un édifice typique du modèle « chapelle de secours » du XIXe siècle. Son retable naïf, préservé en l’état, représente la Vierge à l’Enfant dans une évocation locale : vêtements d’époque et paysage vosgien à l’arrière-plan. Peu connue des touristes, elle abritait autrefois un pèlerinage du 15 août qui réunissait encore 120 personnes dans les années 1930 (source : archives de la mairie de Bains-les-Bains).

La chapelle Sainte-Libaire de Hautmougey

Dans le petit village de Hautmougey, la chapelle Sainte-Libaire, construite au début du XVIIIe siècle, possède une histoire intimement liée à la vie des campagnes. Selon une tradition orale recueillie par A. Humbert (in « Folklore et légendes vosgiennes », 1927), elle aurait été fondée par des cultivateurs pour protéger les troupeaux des maladies. Sainte-Libaire, martyre lorraine, y est invoquée pour la sauvegarde du bétail.

  • Son autel de pierre date de 1747, année d’une épidémie de fièvre aphteuse très redoutée dans la région.
  • Chaque année, une poignée d’agriculteurs continue d’y déposer une gerbe de foin pour la bénédiction du travail rural, dans une cérémonie confidentielle et émouvante.

La chapelle Saint-Claude de Mailleroncourt-la-Petite

À l’est de Bains-les-Bains, la chapelle Saint-Claude, isolée dans un bosquet, fut édifiée grâce à un legs familial en 1814. Son autel de bois sculpté, réalisé par des artisans locaux, est un exemple rare du mobilier religieux rural de la Restauration. Elle était traditionnellement fréquentée par les familles de scieurs de long et de bûcherons du secteur.

Autres chapelles et oratoires à signaler

  • Chapelle Sainte-Anne du Grandrupt (1832) : bâtie après une épidémie de choléra, reconstruite intégralement au XXe siècle.
  • Chapelle Saint-Roch de Harsault (fin XVIIIe) : Saint-Roch, invoqué contre la peste, reste fêté chaque 16 août avec une modeste procession, héritage de temps d’incertitude.
  • Oratoire de la Vierge au Petit Tholy (1818) : petit édicule à niche maçonnée, témoin de la dévotion mariale des populations rurales.

Entre abandon, sauvegarde et usages d’aujourd’hui : quel avenir pour ce patrimoine ?

Les chapelles rurales restent des marqueurs forts du paysage de la Vôge, mais leur survie dépend souvent de la volonté de petites communautés ou d’associations bénévoles. Plusieurs dizaines, recensées sur le territoire de La Vôge-les-Bains dans l’édition 1994 de l’Inventaire du patrimoine (source : Ministère de la Culture), sont aujourd’hui fermées aux offices et tombent lentement en désuétude. Certaines sont entretenues ponctuellement par les communes avec l’aide de subventions départementales.

  • À La Haye, une association locale assure le fleurissement et l’ouverture des portes aux visiteurs chaque printemps.
  • À Hautmougey, l’entretien de la chapelle repose encore aujourd’hui sur un « tour de rôle » des familles du village, selon la coutume héritée des années 1950.
  • À Mailleroncourt-la-Petite, l’ancienne chapelle fait régulièrement l’objet d’études de sauvegarde dans le cadre de la Fondation du patrimoine.

Leur usage moderne tend à évoluer : accueil d’événements familiaux, de petits concerts, ou de visites artistiques lors des Journées du patrimoine, bien que certains espaces restent principalement dédiés à la prière ou au recueillement individuel.

De la légende au quotidien : anecdotes et vie cachée des chapelles de la Vôge

L’histoire des chapelles s’imbrique souvent dans celle des villages qu’elles desservent. On raconte que la cloche de Rechentreux, lors d’un incendie en 1892, aurait appelé tout le voisinage à la rescousse, sauvant la scierie d’une ruine certaine ; selon la tradition orale, cette cloche ne doit jamais quitter la chapelle sous peine de « porter malchance » au village.

À Hautmougey, on retrouve encore des ex-voto en forme de petits animaux sculptés, déposés à l’autel de Sainte-Libaire, témoignages du lien spirituel entre l’homme et la terre. À Mailleroncourt-la-Petite, un curieux reliquaire, dont l’origine reste discutée, est l’objet de récits où se mêlent guérisons inexplicables et peurs anciennes.

Repères pratiques : découvrir les chapelles du pays de Bains-les-Bains

  • Plusieurs itinéraires pédestres balisés, créés en partenariat avec l’Office de tourisme de La Vôge-les-Bains, permettent de relier certaines chapelles en partant du centre de Bains-les-Bains :
    • La boucle « Entre hameaux et vallons » (11 km) passe par La Haye et Hautmougey.
    • Le circuit « Sur les pas des anciens » (5 km) emprunte les chemins de Rechentreux.
  • La plupart de ces lieux restent accessibles à pied. Les clés sont parfois mises à disposition sur demande auprès des mairies ou auprès d’habitants référents (information disponible en mairie de La Vôge-les-Bains).
  • De mai à septembre, des visites guidées ponctuelles sont organisées lors des Journées européennes du patrimoine, ou à l’occasion de messes rurales (programme affiché sur https://www.lavogelesbains.fr/ ou consultable au point d’information de la place du Marché).

Une invitation à la (re)découverte

Loin des grands circuits touristiques, les chapelles rurales autour de Bains-les-Bains témoignent d’un art de vivre modeste et solidaire, d’une foi discrète comme d’une profonde attache à la terre. À l’heure où le monde rural évolue, ces petits édifices deviennent aussi des repères d’identité et de mémoire. Prendre le temps de s’y arrêter, d’en pousser la porte, c’est traverser plus de deux siècles d’histoire locale, et entrevoir les gestes et les croyances de celles et ceux qui nous ont précédés.

Pour en savoir plus :

  • Bibliothèque de Bains-les-Bains : fonds local sur l’histoire religieuse et patrimoniale.
  • patrimoine.vosges.fr
  • Archives municipales de La Vôge-les-Bains.
  • Itinéraires et topos-guides disponibles à l’Office de tourisme de La Vôge-les-Bains.

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