Aux origines des soins thermaux : ce que proposaient les thermes de Bains-les-Bains

04/08/2025

La réputation des eaux thermales : propriétés et indications

L’histoire locale ne manque pas de rappeler la singularité des eaux thermales de Bains-les-Bains. Selon des analyses anciennes comme récentes, elles présentent une composition remarquablement riche en sulfates, bicarbonates, calcium, magnésium et lithium (source : analyse des eaux par l'Académie nationale de médecine, 1897). Le lithinisme, c’est-à-dire la présence notable de lithium, a d’ailleurs défini la vocation médicale du lieu dès la fin du XIX siècle.

  • Indications principales :
    • Rhumatismes articulaires et musculaires chroniques
    • Affections du système nerveux (névrites, troubles fonctionnels, états dépressifs légers)
    • Affections cardio-vasculaires et séquelles d’accidents vasculaires
    • Troubles métaboliques (diabète, goutte, obésité en complément d’un encadrement médical)
  • Température des sources : entre 32 °C et 53 °C, ce qui permet à la fois la balnéation et l’application locale sans refroidissement notable de l’eau (source : Dictionnaire des stations thermales et climatiques, 1950).

Soins thermaux emblématiques de Bains-les-Bains

Les cures réalisées dans la station s’articulaient autour d’un rituel quotidien et d’une série d’actes codifiés, à la fois prescrits par le médecin thermal et adaptés à chaque pathologie.

La cure de boisson

  • Pratique instituée : Plusieurs fois par jour, les curistes buvaient l’eau des sources, notamment celle de la Fontaine Stanislas – la plus célèbre de la station.
  • But recherché : Accélérer l’élimination rénale, diminuer l’état inflammatoire, encourager la détoxication de l’organisme.

Les bains thermaux individuels

  • Bain simple : Immersion totale ou partielle dans une baignoire alimentée en eau thermale, durant 15 à 20 minutes. Rituel classique et accessible à la majorité des curistes.
  • Bain hydromassant : Ajout de jets dynamiques pour stimuler la circulation et drainer les tissus.
  • Bain de Stanger (électrothérapie associée) : Technique particulièrement prisée à la fin du XIX siècle, associant courants électriques doux et bain thermal, notamment pour les affections neurologiques.

Les douches et pulvérisations localisées

  • Douche filiforme : Finaise projection d’un mince filet d’eau sous pression, orienté sur les régions douloureuses (rhumatismes, séquelles de traumatismes).
  • Douche générale ou locale : Vigueur adaptative selon pathologie, réputée pour ses effets toniques et anti-inflammatoires.
  • Pulvérisation nasale ou buccale : Pratique moins répandue à Bains-les-Bains que dans d’autres stations vosgiennes spécialisées ORL, mais mentionnée dans plusieurs programmes de cures (cf. Bulletin de la Société vosgienne d’études, 1980).

Les applications de boue thermale

  • Utilisation de boues chaudes issues du mélange d’eau thermale et d’argile naturelle locale, appliquées en cataplasme sur les zones douloureuses (hanches, genoux, dos). La retention de chaleur favorisait la détente musculaire et la résorption des tensions.

Des pratiques complémentaires : le thermalisme en mouvement

Au fil des décennies, certains gestes thérapeutiques, longtemps réservés à l’élite médicale, se sont popularisés puis adaptés aux nouveaux publics. Bains-les-Bains n’a pas échappé à ce mouvement et a souvent innové, tout en restant ancrée dans la tradition.

La kinésithérapie sous l’eau

  • Traitement des séquelles de guerre : Entre 1916 et 1926, l’établissement thermal accueille de nombreux blessés civils et militaires pour des séances de rééducation dans des piscines de mobilisation, véritables précurseurs de l’hydrokinésithérapie moderne (source : Archives départementales des Vosges, F17/8263).
  • Massage sous l’eau : Le masseur exerçait directement dans la baignoire ou la piscine ; la résistance de l’eau facilitait le relâchement et la récupération fonctionnelle, avec des résultats salués par certains grands médecins de l’époque tels que le Dr Richelieu (Moniteur des établissements thermaux, 1922).

Les cures mixtes et interdisciplinaires

  • Cure thermale et diététique : Le séjour thermal était – dès les années 1930 – souvent accompagné d’un régime alimentaire strict, sous l’égide de médecins spécialisés, notamment pour les curistes en surpoids ou sujets au diabète (source : Le Guide Bleu Vosges, éditions Hachette 1939).
  • Ateliers de relaxation et éducation à la santé : Dans certains programmes, surtout après la Seconde Guerre mondiale, on proposait des séances de relaxation, de respiration guidée ou encore d’éducation à la gestion du stress, en complément des soins d’eau.

Quelques anecdotes et curiosités du passé

  • Les bains de siège : Très en vogue entre 1870 et 1910, ce soin visait à soulager hémorroïdes et affections pelviennes par une immersion partielle du bassin dans l’eau thermale tiède. On en vantait les vertus dans la presse médicale régionale.
  • Les “cures de vapeur” : Encore mentionnées à la Belle Epoque, elles se pratiquaient dans des cabines individuelles où le patient, sauf la tête, était exposé à la vapeur thermale. Technique abandonnée aujourd’hui, mais elle illustre l’esprit d’expérimentation de l’époque.

Organisation de la cure et vie du curiste à Bains-les-Bains

La station s’est progressivement structurée autour du rythme des cures : séances de soins le matin, repos ou promenades l’après-midi, suivi médical régulier et interactions entre curistes. On venait parfois en famille, on séjourna 18 à 21 jours de manière quasi systématique jusqu’aux années 1970. Plusieurs figures littéraires célèbres, comme Octave Mirbeau ou Jules Vallès, ont laissé des traces de leur passage et de leurs impressions sur ces rituels parfois déjà “hors du temps” à la veille du XX siècle.

  • Infrastructure de l’établissement :
    • Plus de 70 cabines de bain individuelles dès 1895 (source : Guide Joanne, 1904)
    • Un service médical attaché, composé de 3 à 4 médecins thermaux salariés
    • Un personnel d’aides-soignants et de préposés qui assurait la manipulation et la surveillance (majoritairement des habitants des environs, souvent de Bains-les-Bains et de La Vôge)
  • Saisonnalité : De mai à septembre principalement, avec une fréquentation culminant courant juillet-août (jusqu’à 2000 curistes en 1907 selon la presse locale).

Le regard contemporain sur les anciennes pratiques

Certaines méthodes d’autrefois, désormais délaissées, témoignent d’une grande inventivité. Si la plupart des gestes fondamentaux ont survécu, ils s’appuient aujourd’hui sur des référentiels scientifiques stricts. Les détracteurs et partisans du thermalisme continuent de s’affronter, mais le patrimoine bâti, les récits d’anciens curistes et la résilience du modèle thermal local rappellent que la santé a longtemps été indissociable d’une attention globale à la personne.

Bains-les-Bains demeure pour beaucoup un espace de guérison, mais aussi d’écoute et de lenteur retrouvée. Ce patrimoine immatériel, transmis par les soignants et les habitants, continue de marquer quiconque s’attarde sur ses chemins, au fil des histoires d’eau et de soins partagés.

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