Premiers pas à Bains-les-Bains : s’initier à la découverte des villas thermales

30/12/2025

À l’orée du massif vosgien, les villas thermales de Bains-les-Bains témoignent d’une histoire mêlant villégiature bourgeoise, essor du thermalisme et art de vivre à la Belle Époque. Premier contact avec ces demeures, c’est plonger dans une architecture éclectique remarquable, héritée d’une société qui trouvait dans l’eau thermale le prétexte à une nouvelle façon d’habiter l’espace. Ce panorama propose :
  • Une présentation du patrimoine thermal et architectural de Bains-les-Bains
  • Des repères historiques pour comprendre leur éclosion
  • Un itinéraire concret et adaptable pour s’immerger à pied dans le quartier thermal
  • Des anecdotes sur les familles, les usages et la vie saisonnière autour des villas
  • Des conseils de visite pour approcher respectueusement ce pan intime de la mémoire locale
Saisir l’ambiance des villas thermales, c’est aussi apprendre à regarder autrement, à lire les ornements ou à écouter les échos du passé dans les allées ombragées.

Les origines des villas thermales de Bains-les-Bains : un contexte unique

L’histoire des villas thermales de Bains-les-Bains ne se laisse pas réduire à l’image d’Epinal du "village d’eaux". Sous l’Ancien Régime, l’usage médical des sources attire surtout une élite nationale, puis une bourgeoisie naissante. C’est au milieu du XIXe siècle, avec le développement des chemins de fer (la ligne Épinal-Lure s’ouvre en 1862), que Bains-les-Bains change véritablement de physionomie. De nouvelles fortunes s’installent autour de l’établissement thermal, cherchant à allier santé, échanges, et prestige.

Entre 1865 et 1914, la construction de villas s’intensifie. Elles n’ont rien d’uniforme : commandes individuelles, inspirations architecturales variées et esthétiques constituées au fil des modes (Source : Inventaire du patrimoine Grand Est). Elles constituent un patrimoine architectural composite, oscillant entre influences régionales et inspiration « résidences d’été » du côté de Vichy ou d’Évian. À Bains-les-Bains, cet essor s’inscrit dans le sillage du thermalisme "climatique", où la santé du corps va de pair avec une expérience sociale et immersive du lieu.

Caractéristiques architecturales des villas thermales

À Bains-les-Bains, une soixantaine de villas d’époque subsistent, disséminées entre l’avenue du Docteur Mathieu, la rue de Verdun, et le quartier de la Manufacture. On y décèle :

  • Des volumes recherchés : Toitures à pans brisés empruntant au vocabulaire haussmannien, lucarnes œil-de-bœuf, balcons ornés de ferronneries.
  • Des décors raffinés : Céramiques colorées, briques de parement, mosaïques des perrons, boiseries et médaillons en stuc (parfois monogrammés, révélant par là la personnalité du commanditaire).
  • Des jardins et parcs attenants : Clôtures ouvragées, plantations alignées, pins et essences exotiques évoquant une villégiature pensée comme un monde à part.
  • Des usages saisonniers ou mixtes : Certaines villas servaient à la fois d’habitation principale, de maison de vacances ou de location de prestige pour les curistes (archives communales).

Leur éclectisme architecturale révèle la diversité des propriétaires, mais aussi la vitalité d’un art de vivre qui valorisait autant la discrétion que l’apparat.

Parcourir le quartier thermal : un itinéraire à pied

Découvrir les villas, c’est aussi saisir la topographie et saisir les ambiances changeantes selon l’heure ou la saison. Voici un parcours piéton d’environ 2 km, aisément réalisable en 1h30 à 2h si l’on prend le temps de s’arrêter.

  1. Départ – Établissement thermal (avenue Laurence) : Lieu d’ancrage, c’est autour de ce bâtiment que se sont dessinés les axes de développement du « quartier d’eaux ». Notez en passant le pavillon d’accueil, la fontaine monumentale et les anciennes affiches vantant les mérites des eaux chlorurées sodiques.
  2. Avenue du Docteur Mathieu : C’est sans doute la portion la plus typique du quartier des villas. Remarquez les façades : ici, une tourelle en ardoise, là un bow-window sur jardin. Plusieurs demeures (dont la Villa Thérèse, datée de 1902) sont inscrites à l’inventaire régional (Sources : Inventaire Grand Est, Archives départementales). Certaines offrent parfois une plaque émaillée au nom d’une grande famille d’industriels ou de médecins venus de Nancy, Paris ou Lyon.
  3. Rue du Colonel Jousselin – Square du Docteur Lardier : Le square servait de point de rencontre pour la société curiste. À l’ombre des marronniers, il n’est pas rare d’apercevoir, fichées dans les murets, les initiales ou blasons sculptés des premiers propriétaires des villas alentour. Petite halte conseillée sur le banc face au kiosque à musique, qui accueillait jadis les petits concerts dominicaux.
  4. Rue de Verdun – Villas dans leur écrin arboré : Plusieurs villas monumentales (Villa Suzanne, Villa Les Fées...) bénéficient de jardins remarquables. Les clôtures en fer forgé, parfois d’inspiration art nouveau, témoignent d’une main-d’œuvre locale qualifiée (ferronniers d’art de la Vôge).
  5. Le quartier de la Manufacture : En contrebas, à la lisière de la forêt domaniale, quelques villas se mirent du côté des directeurs ou des médecins liés à la Manufacture d'État. L’architecture est plus sobre, mais le lien avec le passé industriel se perçoit à travers les matériaux : pierres locales, pignons apparents, etc.
  6. Retour – Parc thermal : Quoi de plus vivant que de clore la balade par une traversée du parc thermal ? Les allées ombragées, encadrées par de hauts platanes, offrent de superbes points de vue sur les élévations colorées des villas à travers le feuillage.

Cet itinéraire traverse l’esprit du lieu, fait de promenades lentes, d’observations sensibles, et lance vers l’imaginaire des conversations feutrées, des après-midis musicales, des journaux lus à l’ombre d’une terrasse.

Petites histoires et anecdotes autour des villas

  • Villa Les Glycines : Passée entre les mains de trois familles de médecins nancéiens, la villa a été agrandie en 1928 par l’ajout d’une véranda panoramique. Durant l’Occupation, elle a abrité un bureau d’accueil pour les réfugiés alsaciens (témoignages recueillis par la Société d’Histoire locale).
  • Villa Jeanne-Marie : Son tympan décoré d’un chardon évoque les attaches lorraines de ses premiers propriétaires, industriels du textile (source : Archives municipales de la Vôge-les-Bains).
  • Rendez-vous mondains : Au début du XXe siècle, une villa différente organisait chaque semaine une « soirée blanche », l’occasion de tisser des liens entre familles venues d’horizons lointains, mais réunies par l’art de la conversation... et souvent par l’espérance d’un mariage avantageux.
  • Cures et célébrités : On raconte que l’écrivain Maurice Barrès fit un séjour discret à Bains-les-Bains en 1907, sur recommandation de son médecin, appréciant « le silence lumineux des matins vosgiens ».

Chaque villa, derrière ses murs, a abrité des existences entremêlées de joies, de peines et de secrets. On les devine parfois sur les cartes postales, épinglées dans les vitrines du marché du samedi.

Quelques conseils pour une première découverte respectueuse

  • Discrétion et respect : Beaucoup de villas sont aujourd’hui privées. L’admiration des façades se fait du trottoir, sans s’immiscer dans les jardins ; une chance parfois offerte lors des Journées du Patrimoine (renseignez-vous sur le site de la mairie ou auprès de l’Office de tourisme).
  • Photographie : Les jeux de lumière sur les pierres et les ferronneries offrent de beaux motifs… dans le respect de l’intimité des habitants.
  • Documentation : Pour approfondir la visite, se munir du livret « Circuit des Villas » édité par la Communauté de Communes de la Vôge ou consulter les notices d’inventaire en ligne.
  • Se laisser porter : Les villas se découvrent mieux sans hâte. Prendre le temps de s’arrêter, de regarder les détails, de ressentir l’atmosphère du quartier.

Entre mémoire et présent : ouverture sur la vie des villas aujourd’hui

Les villas thermales ne sont plus seulement le symbole d’une saison mondaine ou d’un art de guérir d’antan. Plusieurs renaissent, à travers des projets de chambres d’hôtes, de résidences d’artistes, ou simplement sous la garde respectueuse de leurs habitants qui soignent le moindre détail. Ainsi, Bains-les-Bains continue d’offrir ce visage à la fois paisible et vibrant, où les récits du passé se mêlent à ceux des jours présents. Découvrir ces villas, c’est aussi contribuer à leur transmission, en tant que promeneur attentif.

Pour prolonger cette exploration, il existe des visites guidées ponctuelles, orchestrées par la mairie ou par des associations patrimoniales, ainsi que des expositions temporaires d’archives ou de photographies dans la Médiathèque locale. Le quartier thermal, à la fois discret et accueillant, trouve ainsi, année après année, de nouveaux visiteurs curieux de franchir le seuil de son histoire.

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