Trésors silencieux : patrimoine sculpté et mobilier ancien dans les églises de Bains-les-Bains

11/12/2025

L’église Saint-Colomban de Bains-les-Bains : la mémoire de la pierre

Il suffit de pousser la porte de l’église paroissiale Saint-Colomban, construite entre 1757 et 1763, pour mesurer la dualité de son héritage. L’extérieur, austère, laisse place à une nef baignée de lumière, où se manifestent encore quelques traces de la dévotion de générations passées.

  • Le maître-autel et son retable néo-classique : Pièce maîtresse, il fut réalisé à la fin du XVIIIe siècle, et restauré à plusieurs reprises. Orné de colonnes cannelées et d’un fronton, il conserve encore, sur bois peint, un décor de rinceaux discrets. Le tabernacle taillé dans le chêne local fut doré à la feuille en 1832, selon les archives communales consultées (Gallica).
  • Le groupe sculpté de Saint-Colomban : Installé dans une niche du chœur, ce groupe représente le patron de la paroisse. Daté du début XIXe siècle, il fut sculpté par un atelier vosgien dont le nom s’est perdu. Les détails du visage et du vêtement sont d’une grande finesse, signalant l’influence du renouveau religieux post-révolutionnaire.
  • Les fonts baptismaux : Pièce isolée de la première église médiévale, le cuve baptismale en grès rose présente un décor de feuilles d’acanthe frustes, probablement réutilisé lors de la reconstruction baroque.

Tous ces éléments sont régulièrement inventoriés par les services du patrimoine du département des Vosges, bien que certains aient disparu lors des réaménagements du XXe siècle, ou aient rejoint des collections privées (source : Inventaire Général du Patrimoine Culturel, Région Grand Est).

Église de Hautmougey : entre tradition rurale et influences classiques

Annexée à La Vôge-les-Bains, l’église Saint-Jean-Baptiste de Hautmougey s’impose par sa simplicité romane. Pourtant, elle est le théâtre d’une survivance rare de mobilier et sculptures modeste, mais précieusement entretenue.

  • Le bénitier monolithe : Exécuté dans un grès local, il remonterait à l’époque de fondation de l’église (fin XVe siècle). Sa vasque quadrilobée porte un motif celtique stylisé, probable vestige d’un syncrétisme religieux typique des Vosges (Inventaire Grand Est).
  • Le confessionnal de style Louis XV : Réalisé en noyer, il garde ses panneaux galbés et ses moulures à volute, bien que son état nécessite aujourd’hui une restauration. L’objet témoigne de la prospérité surprenante du village au XVIIIe siècle, enrichi alors par l’industrie du bois.
  • Vitrail de la Vierge à l’enfant : Œuvre d’atelier de la fin XIXe siècle, dans des tons bleutés inhabituels pour la région, il aurait été offert par une famille locale revenue d’Alsace.

Les objets “orphelins” : éléments déplacés ou disparus

L’histoire mouvementée des Vosges – guerres, Révolution française, reconstructions – a largement contribué à la dispersion d’objets liturgiques anciens. Beaucoup d’éléments mobiliers et sculptés qui auraient appartenu autrefois aux églises de Bains-les-Bains ont changé de place au fil du temps, rejoignant parfois musées ou collections privées.

Exemples d’objets signalés ailleurs

  • Statue de Saint-Nicolas en bois polychrome (XVIe siècle) : Aujourd’hui au musée départemental d’Épinal (Musée départemental des Vosges), elle provient, selon les fiches d’inventaire, d’une petite chapelle disparue des environs de Bains-les-Bains.
  • Fragments de lambris sculptés : Récupérés lors des restaurations de la nef de Saint-Colomban en 1972, certains panneaux exposés à la mairie de La Vôge-les-Bains portent des motifs géométriques rarement rencontrés dans la région (source : Association du patrimoine de La Vôge-les-Bains).

De nombreux objets liturgiques tels que calices, patènes, vêtements brodés ou reliquaires ont aussi été dispersés au gré des ventes, des saisies révolutionnaires ou des dons de familles locales, sans que leur origine soit toujours précisée – un problème commun à toute la Lorraine rurale.

Patrimoine mobilier caché : les bancs et plaques funéraires

Au-delà des éléments immédiatement visibles dans les chœurs et chapelles, il existe une autre catégorie de patrimoine : celui qui se fond dans le quotidien, ou qui a perdu sa fonction première.

  • Bancs d’œuvre sculptés : Ceux de Saint-Colomban portent des initiales gravées de notables locaux, datant pour certains de 1825 à 1840. Ils sont parmi les rares témoins de la pratique du “banc réservé”, courante au XIXe siècle.
  • Plaques funéraires insérées dans le dallage : Sous les bancs des fidèles, des plaques en grès blanc commémorent les anciens curés et familles bourgeoises. L’une d’elles, datée de 1778, conserve un texte en latin et symboles mortuaires stylisés rares (tête de mort, sablier ailé – sources Inscription conservée, relevée par l’ABF Lorraine en 1995).

Dans la région, certains petits objets de dévotion – croix d’autel, chandeliers, statuettes – échappent encore à l’inventaire officiel, souvent rangés dans les sacristies ou confiés à la garde des habitants lors des grandes restaurations.

Quelques anecdotes et œuvres remarquables oubliées

L’histoire écrite du patrimoine de la Vôge regorge de notes et de souvenirs relatant la présence d’œuvres aujourd’hui disparues ou introuvables, mais qui vivent dans la mémoire des anciens. Quelques exemples rapportés lors de collectes orales :

  • Une Vierge à l’enfant en bois noirci, réputée miraculeuse, exposée à la Contrexéville lors d’un pèlerinage en 1906 (source : souvenirs de l’époque recueillis par l’abbé Bonjean dans Mémoire et traditions rurales des Vosges).
  • Un crucifix en fer forgé, attribué à un forgeron-artiste de Bains-les-Bains au début du XXe siècle, perdu lors d’une inondation en 1967.
  • Les “ex-voto” en forme de cœur, suspendus jadis à Saint-Colomban, dont ne subsistent aujourd’hui que quelques crochets rouillés dans le bois du pilier sud.

Le travail de recensement se poursuit : chaque visite dans une église rurale réserve parfois la découverte d’un détail – chiffre gravé, motif usé, signature d’artisan – ramenant à la lumière un pan oublié du passé.

La valeur d’un patrimoine discret : entre transmission et sauvegarde

Les églises de Bains-les-Bains ne peuvent rivaliser avec les grandes basiliques vosgiennes, et leurs trésors sont modestes au regard de la profusion artistique d’Épinal ou de Remiremont. Mais c’est précisément leur discrétion qui touche : ici, l’art sacré est né du travail patient de menuisiers, de sculpteurs locaux, de familles désireuses de transmettre, plutôt que d’impressionner.

Beaucoup de ces éléments restent menacés par le temps, l’humidité ou la méconnaissance : le Conseil Départemental des Vosges, avec le soutien d'associations patrimoniales, engage régulièrement de petites campagnes de restauration, comme celle menée en 2020 sur les boiseries de la chapelle de la Madeleine à Bellefontaine (source : bulletin municipal de La Vôge-les-Bains, 2021).

En arpentant aujourd’hui les nefs de Bains-les-Bains, on apprend à reconnaître la langue muette du patrimoine : l’équilibre d’un retable, un motif qui se répète, la patine inimitable de la pierre usée. Ces indices silencieux rappellent, à qui veut bien les voir, que l’âme d’un village persiste souvent là où le regard du promeneur s’attarde le moins.

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