Une commune façonnée par ses élus : l’empreinte des maires dans l’histoire de Bains-les-Bains

05/09/2025

Des origines à l’après-guerre : l’ambition thermale et l’aménagement

Bains-les-Bains doit son nom – et une part de sa célébrité – à ses sources thermales. Dès le début du XIXe siècle, la commune, alors chef-lieu de canton, attire par ses eaux, reconnues depuis l’époque gallo-romaine et exploitées régulièrement à partir de 1705. Très tôt, les premiers maires ont compris tout le parti à tirer de cette ressource naturelle. Leur mission n’était pas seulement d’administrer, mais déjà de développer le territoire.

Quelques jalons essentiels :

  • 1824 : L’arrivée de l’architecte François Clément Laurin, sous la houlette du maire André Drouot, donne naissance à l’établissement thermal néo-classique, dont le plan, l’agencement des jardins et l’intégration urbaine donnent le ton architectural de la commune (source : Archives départementales des Vosges).
  • 1857 : Lors de l’inauguration de la ligne de chemin de fer reliant Bains-les-Bains à Epinal, l’accueil des premiers « baigneurs » en provenance de Paris devient possible. Le maire de l’époque, Charles Charrite, joue un rôle clé en pesant sur l’implantation de la gare en périphérie plutôt qu’au centre, anticipant l’essor futur des cures mais protégeant le bourg ancien de l’agitation (source : SNCF, Histoire du réseau).
  • Début XXe siècle : La création d’avenues bordées de platanes, de pensions de familles et d’un square musical (aujourd’hui Valorbois), ainsi que l’aménagement de promenades dans le parc thermal, sont impulsés par des maires soucieux de conjuguer attractivité et qualité de vie.

Bien des choix faits alors déterminent encore aujourd’hui la silhouette des lieux : un urbanisme aéré, la présence des thermes comme cœur du village, des infrastructures déjà pensées pour le tourisme et la sociabilité locale.

L’époque des grands travaux : équipements, routes, écoles et services

Après la Seconde Guerre mondiale, les priorités changent. Le nombre d’habitants plafonne autour de 1300 à 1500, mais la commune reste le centre d’un bassin de vie dynamique. Les maires des années 1950, 1960 et 1970 se heurtent aux nouveaux besoins d’une société motorisée et scolarisée, mais aussi à la désertification rurale qui commence à s’installer.

  • Extension du réseau routier communal : Dans les années 1960, sous le mandat du maire Henri Nicloux, on bitume la quasi-totalité des routes, ce qui permet d’assurer la desserte des hameaux (Les Voivres, Trémonzey, La Hutte). Jusqu’aux années 1970, les « routes blanches » (non asphaltées) étaient encore courantes autour de Bains-les-Bains.
  • Réunification scolaire : C’est sous la gestion de la municipalité conduite par Jeanne Fontaine (première femme maire, élue en 1977), que l’on regroupe les écoles primaires en un seul groupe scolaire, rationalisant les bâtiments communaux, tout en préservant les classes uniques dans certains hameaux. En 1981, la ville accueillait près de 250 élèves tous niveaux confondus (source : Inspection académique des Vosges).
  • Équipement sportif et culturel : La salle polyvalente, construite en 1982, vient répondre à la demande d’activités collectives. Elle deviendra un lieu de rassemblement essentiel, qu’il s’agisse de bals, de lotos ou d’expositions.

Dans le domaine de la santé, la transformation de la « Maison de Retraite de la Roche » est un cas d’école : initialement hospice municipal, cet établissement devient, sous l’impulsion du maire Robert Muguet, un EHPAD adapté aux défis du vieillissement (1992).

La gestion forestière, pilier discret de la prospérité locale

Bien peu de communes peuvent s’enorgueillir de posséder une forêt comme celle de Bains-les-Bains. Propriété communale depuis 1805, la forêt – forte de plus de 600 hectares – a souvent apporté à la commune une précieuse autonomie financière. C’est en 1964 que le conseil municipal, anticipant les mutations de l’économie du bois, engage avec l’ONF (Office National des Forêts) une gestion éco-responsable avant la lettre : diversification des essences (charme, hêtre, quelques plantations de douglas), limitation des coupes rases et premières mesures de protection du gibier. Aujourd’hui, la forêt demeure une ressource (ventes de bois, exploitation de la chasse) mais aussi un atout touristique, avec le balisage de nombreux sentiers (GR7, circuits VTT).

L’apport de la forêt au budget municipal reste notable : en 2019, par exemple, la forêt a généré plus de 250 000 € de recettes pour Bains-les-Bains (source : rapport ONF, Conseil municipal).

Thermalisme et attractivité touristique : la reconquête du village

Après le pic de fréquentation des années 1930 (près de 3500 curistes), la station entame un déclin relatif, consécutif à la désaffection du thermalisme dans la période 1970-1980. C’est alors que les élus locaux s’engagent dans une politique d’adaptation, fondée sur :

  • La défense du service public : maintien d’un bureau de Poste, ouverture d’annexes de la mairie pour les démarches administratives courantes lors des saisons les plus chargées.
  • La réhabilitation des thermes (avec soutien du Conseil départemental des Vosges et de la société exploitante au début des années 2000), qui permet à l’établissement d’obtenir sa labellisation « Espace Santé ».
  • Le développement d’hébergements décentralisés (gîtes, petits hôtels familiaux), soutenus par la commune pour maintenir une offre sur tout le territoire. Dans les années 2010, le parc hôtelier atteint près de 320 lits.
  • Le retour à la mise en valeur du patrimoine bâti : restauration de la « Maison aux deux Lions » (2018), création de circuits historiques avec l’office du tourisme pour raconter l’épopée thermale du village.

Ce faisant, les maires successifs ont ancré Bains-les-Bains dans une logique de tourisme patrimonial, compatible avec la vie d’un bourg rural. À noter : le projet de fusion, en 2017, avec La Vôge-les-Bains, porté par Francis Thomas – démarche difficile mais décisive pour garantir la pérennité de certains services sur le territoire.

Vie sociale et associative : le souffle donné par les mairies

Aucun maire n’a véritablement façonné la commune sans comprendre l’importance des réseaux informels : sociétés de musique, associations sportives (tels le Club de Tennis ou l’« Entente Sportive ») ou groupes artistiques, soutenus par la municipalité et guidés dans l’obtention de subventions. Parfois, ces structures furent créées directement à l’initiative des élus, soucieux de dynamiser l’entre-soi ou d’accueillir de nouveaux habitants.

Parmi les initiatives marquantes :

  • Mise en place du « Forum des associations » dès 1999, permettant la rencontre annuelle des bénévoles et la valorisation de l’engagement local.
  • Soutien municipal aux fêtes traditionnelles comme la Saint-Pierre, la Fête du pain, le salon Sapins et Champignons, qui rythment le calendrier depuis des générations (source : Comité des fêtes, Bains-les-Bains).
  • Ouverture, au début des années 2000, de la Médiathèque municipale dans une ancienne école primaire – un signal fort de soutien à la culture en milieu rural.

Patrimoine, environnement et « petits gestes » municipaux : la continuité dans la discrétion

Bains-les-Bains n’est pas exempt des défis contemporains : désertification médicale, raréfaction des commerces de proximité, jeunesse en partance vers Épinal ou Nancy… Mais les élus successifs ont, avec des moyens limités, protégé la singularité du lieu.

  • Préservation des fontaines anciennes : La commune compte plus de 12 fontaines patrimoniales, restaurées depuis quinze ans grâce à des chantiers municipaux, dont le célèbre « grand lavoir des dames ».
  • Démarche « zéro phytosanitaire », engagée dès 2018 pour entretenir la voirie et les espaces verts, à la faveur d’une pression citoyenne croissante sur la biodiversité locale.
  • Accent mis sur les mobilités douces : rénovation d’une partie de la voie ferrée désaffectée en piste cyclable (portée par la Communauté de Communes, ex-Maire Jean-Claude Chétrite).

Ces actions, modestes mais symboliques, illustrent la capacité de résilience des petites communes et la façon dont le pouvoir municipal façonne concrètement le quotidien, bien au-delà des grandes déclarations de principe.

Transmission et nouveaux enjeux : parole d’élus d’hier et d’aujourd’hui

À Bains-les-Bains, la relève municipale s’opère souvent dans la continuité : plusieurs familles ont vu père, mère ou enfant se succéder au conseil municipal. Mais les enjeux évoluent : maintien du tissu commercial, gestion de la commune fusionnée (La Vôge-les-Bains), adaptation aux nouvelles exigences environnementales et énergétiques.

À écouter les anciens élus, c’est souvent la fierté d’avoir “fait avancer le village”, ensemble, qui domine. “On n’a pas le luxe de l’inaction ici”, confiait récemment une maire honoraire lors d’une cérémonie du 14 juillet, “chaque choix engage les générations à venir.”

À travers les archives, la presse locale (L’Est Républicain) et les bulletins municipaux, transparaît tout un art d’accommoder les ressources, de maintenir le lien social, d’innover à petite échelle. À l’heure où la ruralité française cherche de nouveaux modèles, l’histoire de Bains-les-Bains rappelle que si la vocation des élus change, leur engagement demeure la force vive du territoire.

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