Nouveaux visages des forêts du XXe siècle : la grande mutation
Le XXe siècle marque la seconde rupture majeure dans la physionomie des forêts de la Vôge. Deux phénomènes interagissent : d’un côté, les bouleversements du monde rural (exode, déprise agricole, mécanisation) et, de l’autre, de graves aléas naturels, notamment la tempête de 1999 et les épidémies d’insectes ou de maladies comme le “rouge du pin”.
Le reboisement post-seconde guerre mondiale favorise largement le résineux, plus rentable, souvent en monoculture. Ainsi, l’épicéa ou le sapin de Douglas font leur apparition sur de larges parcelles du Ban ou de la forêt du Maix. Les forêts deviennent parfois “industrielles”, quadrillées par des chemins de débardage, et les paysages se transforment : moins de diversité, moins de sous-bois, des alignements réguliers qui tranchent avec l’aspect spontané des futaies anciennes.
Principales essences forestières introduites ou favorisées depuis le XXe siècle
| Essence |
Zone phare |
Raison du choix |
Effet sur le paysage |
| Épicéa |
Plateaux du Ban, Buisson |
Rapidité de pousse, usage industriel |
Boisements monospécifiques, sous-bois pauvres |
| Sapin pectiné |
Versant nord, fonds humides |
Résistance au froid, bois de qualité |
Maintien de clairières, rôle hydrologique |
| Douglas |
Reboisements récents |
Adapté réchauffement, croissance rapide |
Présence ponctuelle, changement du couvert végétal |
| Chêne, hêtre |
Versants anciens, proximité villages |
Feuillus autochtones, conservation biodiversité |
Paysages variés, essences indigènes |
Ce choix, dicté par le souci de rentabilité, a longtemps occulté la diversité d’essences et la mosaïque des usages traditionnels. Dans certains villages, la mémoire collective se souvient encore du “gros arbre de la Vaudremer”, chêne repère local, ou de la coupe dramatique d’un bosquet communal transformé en route départementale.