Saint-Colomban à Bains-les-Bains : mémoire de pierre et d’histoire vivante

27/11/2025

Un édifice au cœur du village : repères historiques

Située en surplomb de l’actuelle place du marché, l’église Saint-Colomban de Bains-les-Bains attire l’œil par la sobriété de sa silhouette et la clarté de sa pierre blanche. La construction que l’on observe aujourd’hui résulte d’un long passé, au croisement de la Lorraine et de la Franche-Comté, où les influences politiques, religieuses et économiques ont laissé leur empreinte. La première mention d’un édifice religieux à Bains-les-Bains remonte au XIIe siècle (source : Société d’Histoire de la Vôge), époque où un prieuré dépendant de l’abbaye de Luxeuil administre la vie paroissiale du lieu. Le choix de saint Colomban, moine missionnaire d’Irlande établi à Luxeuil au VIe siècle, comme saint patron, n’est pas anodin : il témoigne de l’ancienneté des liens entre le village et la grande tradition monastique de la région. Pourtant, l’église actuelle ne conserve aucun vestige apparent du Moyen Âge.

D’après les archives départementales des Vosges (série 2 O), la structure visible aujourd’hui date dans ses grandes lignes du XVIIIe siècle. Un procès-verbal daté de 1750 fait état d’une église “trop petite et en danger de ruine”, d’où la décision d’un nouvel édifice, dédié à Saint-Colomban, érigé progressivement entre 1751 et 1757. C’est ce chantier qui offre à Bains-les-Bains son principal lieu de culte, dont le volume équilibré et la décoration intéresseront autant les historiens que les simples promeneurs.

La singularité d’une architecture classique rurale

L’église Saint-Colomban détonne par sa capacité à articuler sobriété régionale et raffinement. S’inscrivant dans la tradition des églises du XVIIIe siècle en Lorraine méridionale, elle emprunte à la fois aux codes du “classique français” et à des influences franc-comtoises héritées des mouvements de population et d’idées sur la lisière Est du département. D’un point de vue architectural, on distingue plusieurs caractéristiques marquantes :

  • Un plan rectangulaire allongé, avec une nef unique voûtée en plein cintre, classique des paroisses rurales à l’époque moderne.
  • Un chevet plat, sans déambulatoire ni chapelles rayonnantes, soulignant la simplicité structurelle voulue par les bâtisseurs.
  • Une façade sobre, rythmée par deux pilastres encadrant un portail à linteau droit, surmonté d’un élégant fronton triangulaire.
  • Un clocher-porche massif, coiffé d’un toit en pavillon couvert d’ardoises, dominant la commune avec une hauteur d’environ 32 mètres, selon l’inventaire du patrimoine (Base Mérimée, Ministère de la Culture).
  • Des baies en plein cintre et des oculus qui favorisent la luminosité, même en hiver, à l’intérieur d’un édifice ouvert sur sa communauté.

On note également l’emploi de la pierre de la Vôge, extraite localement, qui confère à l’ensemble ce ton clair réchauffé par un léger veinage beige-rosé, perceptible par beau temps.

Décor intérieur : retables, boiseries et mobiliers remarquables

L’intérieur de l’église Saint-Colomban frappe par l’équilibre de son aménagement, sans surcharge mais avec quelques points d’orgue artistiques majeurs. L’essentiel du décor, restauré au XIXe siècle après la Révolution, s’inscrit dans une esthétique néo-classique, marquée par la volonté “d’honorer la mémoire et le recueillement plus que la richesse” (abbé Durand, 1876).

  • Le retable du maître-autel, daté de 1853 selon le registre paroissial, est constitué de bois doré sculpté, avec en son centre une toile représentant saint Colomban en méditation. Le retable est encadré de colonnettes cannelées et de petits angelots, sans excès baroque, mais avec un soin certain dans les dorures.
  • Les deux autels latéraux, dédiés respectivement à la Vierge et à saint Joseph, comportent des statues en bois polychrome du XIXe siècle.
  • Les lambris en chêne couvrent le bas des murs du chœur et de la nef, ajoutant chaleur et acoustique feutrée lors des offices ou concerts.
  • Des vitraux datés de 1882 à 1904, signés du maître-verrier messin Charles Champigneulle, illustrent en teintes pastel des scènes de la vie du Christ, mais aussi de saint Colomban à Luxeuil et lors de son voyage missionnaire en Italie (source : Base Palissy, Ministère de la Culture).
  • L’orgue de tribune, construit en 1839 par Antoine Verschneider, facteur réputé de Lorraine, est classé Monument Historique depuis 1984. Il a fait l’objet d’une restauration minutieuse en 2003, financée par la commune, l’État et la DRAC Grand Est.

Enfin, il faut remarquer les bancs de fidèles, toujours d’origine, gravés aux initiales d’anciennes familles de Bains-les-Bains – traces du passé social et communautaire de la paroisse.

L’église Saint-Colomban et ses évolutions récentes

L’histoire architecturale de l’église Saint-Colomban ne s’arrête pas au XIXe siècle. Plusieurs campagnes d’entretien et de restauration ont jalonné le XXe siècle, notamment après la Seconde Guerre mondiale (réparation des vitraux en 1946, reprise de la toiture en 1962). Plus récemment, dans les années 2000, la municipalité de La Vôge-les-Bains a financé la réfection du clocher-porche, l’assainissement des maçonneries de soubassement et l’installation d’un éclairage nocturne discret qui met l’édifice en valeur dès la tombée du soir (Bulletin communal, éditions 2003 et 2011).

L’église n’est plus seulement un lieu de culte, elle sert également d'écrin à des concerts de musique classique pendant l’été ou à des expositions temporaires consacrées au patrimoine religieux local – une diversification des usages encouragée par l’association des Amis de Saint-Colomban depuis 1989.

Événements, anecdotes et petites curiosités

  • Légende du “pierreux” de Bains : Selon un récit rapporté par Joseph Voignier (ethnographe vosgien, 1930), la construction du nouvel édifice fut retardée par des difficultés d’acheminement des blocs de pierre, détrempés par les crues fréquentes de la Combeauté. Il se raconte encore aujourd’hui qu’une pierre gravée, visible à l’arrière de la nef, signale le niveau record atteint lors du grand débordement de 1753.
  • Horloge du clocher : L’actuelle horloge mécanique, datée de 1867, fut fabriquée par la maison Ungerer à Strasbourg, et fonctionne toujours. Les cloches sont au nombre de quatre, fondues localement à Robécourt – la plus ancienne date de 1783.
  • Le jardin du presbytère : Situé à l’arrière du chevet, il fut réaménagé en 2016 en “jardin de plantes pieuses” : lavande, menthe, angélique, roses anciennes et souci y voisinent, rappelant les anciens apothicaires du secteur thermal. Ce petit espace est accessible lors des Rendez-vous aux Jardins, chaque premier weekend de juin.

Un témoin discret mais essentiel du patrimoine de La Vôge

L’église Saint-Colomban n’impressionne pas par la démesure, mais par sa cohérence et sa fidélité au paysage et à l’histoire de Bains-les-Bains. Édifice vivant, il traverse les siècles en gardant sa fonction fédératrice : celle d’abriter, de rassembler, de transmettre. Les pierres, les vitraux, l’orgue et les modestes bancs racontent bien mieux que de longs discours l’attachement de la Vôge à ses racines. Qu’on soit amateur de patrimoine, fidèle habituel ou simple curieux de passage, l’on peut toujours trouver, en poussant la porte de Saint-Colomban, une lumière d’architecture et de mémoire, discrète, mais essentielle à l’identité de la commune.

Sources principales : Archives départementales des Vosges (série 2 O), Base Mérimée et Base Palissy (Ministère de la Culture), monographies de la Société d’Histoire et d’Archéologie de la Vôge, Bulletin paroissial et municipal de La Vôge-les-Bains, entretiens oraux avec l’association des Amis de Saint-Colomban, Voignier J., “Contes et traditions du canton de Bains”, 1930.

En savoir plus à ce sujet :

Articles