Bains-les-Bains et la fusion : nouveaux horizons, nouvelles racines

10/07/2025

Rappels sur la fusion : un choix, des enjeux

Le mouvement de fusion des communes a gagné l’ensemble de la France à partir de la décennie 2010, encouragé par les lois sur la nouvelle organisation territoriale (loi de 2010, puis loi NOTRe de 2015). L’objectif : renforcer la capacité des petites communes rurales à faire face aux défis démographiques, économiques et administratifs. Bains-les-Bains, qui comptait environ 1 260 habitants en 2016 (source : INSEE), a vu sa population agrégée à celle d’Harsault et Gruey-lès-Surance, donnant au nouvel ensemble, La Vôge-les-Bains, près de 2 600 habitants.

L’enjeu principal était d’assurer la survie des services publics, mutualiser les moyens et garantir une représentation équitable des intérêts locaux – sans forcément faire disparaître les histoires propres à chaque commune. Mais qu’en est-il réellement dans le quotidien de Bains-les-Bains ?

Patrimoine et lieux de mémoire : entre continuité et bifurcation

La question patrimoniale est centrale, car de nombreux éléments emblématiques, au sein même de Bains-les-Bains, tissent l’identité locale. L’église Saint-Colomban, les anciens thermes, la Manufacture Royale, mais aussi les villas du XIX siècle et les parcs composent une mosaïque unique. Le risque d’une fusion est de voir ces repères s’amalgamer dans une nouvelle entité – ou, au contraire, de les faire disparaître au profit d’une présence « à égalité » avec les nouveaux villages.

  • Le thermalisme : pilier historique, il tend à redevenir une composante majeure de l’ensemble communal. Si Bains-les-Bains demeure associée d’emblée à ses eaux, les autres territoires valorisent désormais leurs propres atouts, tels que la forêt de Harsault, apportant diversité et complémentarité au récit local.
  • La Manufacture Royale : ancien haut-lieu de la métallurgie des XVIII et XIX siècles, elle reste promue sous l’appellation « Bains-les-Bains », montrant que les marqueurs identitaires n’ont pas été effacés.
  • Le patrimoine immatériel : fêtes de village, marchés du terroir et traditions culinaires sont désormais mutualisés, favorisant la création de nouveaux rituels communs.

La commune nouvelle met ainsi en place tantôt une mémoire vivante, tantôt une appropriation recomposée, sans effacer l’ancrage ancien de Bains-les-Bains.

Mouvements démographiques et nouveaux usages : quels impacts pour Bains-les-Bains?

Statistiquement, la fusion n’a pas fait « bondir » la population, mais elle a eu deux conséquences notables :

  • Redynamisation lente : l’effet d’affichage d’un bourg plus grand a encouragé certaines familles à (re)découvrir la commune, notamment en période post-COVID lorsque la vie à la campagne a regagné un certain attrait.
  • Meilleure résistance à la stagnation démographique : avant 2017, Bains-les-Bains perdait autour de 1 % de ses habitants chaque année (source : INSEE). Depuis la fusion, le nouveau périmètre (La Vôge-les-Bains) affiche une relative stabilité, ce qui est notable dans un contexte vosgien marqué par le déclin démographique.

Sur le plan des pratiques, la mutualisation des équipements est devenue palpable : salle des fêtes, installations sportives, fonctionnement des écoles – chaque village a pu conserver des points d’ancrage spécifiques, mais les projets structurants se dessinent désormais à l’échelle intercommunale : rénovation de la piscine, création d’un parcours VTT inter-villages, ou organisation d’évènements (Randonnée de la Vôge) qui fédèrent une population élargie.

Réinterroger la notion de village-centre : trouver sa place dans l’ensemble

Jadis « capitale locale » grâce à son office de tourisme, son site thermal et son passé industriel, Bains-les-Bains doit désormais apprendre à partager ce rôle avec d’autres pôles. Le siège de la municipalité reste à Bains-les-Bains et le nom historique demeure omniprésent : sur le plan économique et symbolique, c’est ici que résident les principaux commerces, professionnels de santé et structures administratives.

Mais l'identité de cœur de bourg évolue subtilement :

  • Davantage d’équité territoriale : les investissements municipaux (voiries, scolaires…) se répartissent entre les trois anciens villages, réduisant la centralité de Bains-les-Bains sans la faire disparaître.
  • Mixité culturelle : écoles, associations et fêtes du territoire accueillent enfants et familles venus des trois communes, modifiant en profondeur le tissu relationnel local.
  • Émergence d’une « identité vogiote » : la marque « La Vôge », longtemps synonyme de division, devient un dénominateur commun, visible sur les panneaux, les réseaux sociaux, les programmes des festivals.

Les contours sont plus flous, mais moins rigides : les habitants comme les visiteurs repèrent d’ailleurs très vite que la « bannière » La Vôge-les-Bains englobe à la fois l’authenticité d’un bourg thermal et la vitalité de ses hameaux.

Témoignages et perception résidentielle : les mots pour le dire

Parmi les anciens habitants, les avis sur la fusion varient. « On a peur que Bains-les-Bains disparaisse dans la masse », entend-on parfois lors des réunions publiques ou à la terrasse d’un café. Mais d’autres notent que la mutualisation des budgets et la force d’un nom collectif permettent de mieux se défendre face à l’administration, ou aux menaces de fermeture d’école et d’agences bancaires.

Une enquête menée en 2019 auprès des Bainsais (nom des habitants de Bains-les-Bains) indiquait 72 % de sentiments positifs ou neutres concernant la fusion, mais relevait la nécessité de préserver le toponyme « Bains-les-Bains » à côté du nouveau nom administratif (source : Mairie de La Vôge-les-Bains, réunion publique du 21/11/2019). Des revendications se font entendre pour garantir la visibilité du bourg historique, par exemple dans l’affichage des adresses postales ou la signalétique routière.

Pour beaucoup, la mémoire des anciens quartiers (La Promenade, La Plaine d’Espinaux…) demeure, mais s’hybride avec les noms, les repères et les histoires des villages agrégés.

Tourisme, économie locale : stimuli partagés et concurrences discrètes

Le tourisme thermal, longtemps poumon de Bains-les-Bains, a fortement décliné à partir des années 1990, avec une baisse de fréquentation de plus de 50 % entre 2000 et 2017 (source : Observatoire régional du tourisme Lorraine). Le repli des curistes sur une saison plus courte et l’évolution des pratiques bien-être ont obligé la commune à diversifier son offre : séjour nature, patrimoine industriel, circuits à vélo, etc.

  • Depuis 2018, l’office de tourisme s’est repositionné sur la promotion de « La Vôge-les-Bains », facilitant l’accès à une offre plus étendue : découverte de la forêt de Darney, balades botaniques à Gruey, parcours d’histoire industrielle à Harsault.
  • Les commerçants eux-mêmes jouent désormais sur la complémentarité des marchés et des produits à l’échelle de la commune nouvelle.
  • Des tensions surgissent parfois, par exemple sur la répartition des événements ou l’allocation de subventions, mais à l’heure actuelle, la dynamique majoritaire est celle du partage et de la co-construction.

L’un des effets inattendus de la fusion est d’avoir contribué à une meilleure lisibilité touristique et économique sur les plateformes régionales et nationales, où l’offre « La Vôge-les-Bains » occupe aujourd’hui une place de choix dans les dispositifs de communication vosgiens (cf. site Vosges Tourisme, 2023).

Entre racines et horizons : une identité recomposée

La fusion ayant mené à La Vôge-les-Bains n’a pas uniformisé l’identité de Bains-les-Bains. Elle l’a plutôt placée dans un faisceau de relations nouvelles : intergénérationnelles, inter-villageoises, et parfois même transdisciplinaires (quand patrimoine thermal, culture populaire et initiatives citoyennes se croisent). À travers la redéfinition du paysage institutionnel et la naissance d’une gouvernance élargie, Bains-les-Bains ne s’efface pas : elle essaime, partage, croise ses racines avec celles de ses voisines.

Ce qui demeure certain : la notion d’identité ne se fige jamais. L’avenir appartient aux histoires racontées à plusieurs voix, à la capacité de faire vivre ensemble passé, présent et projets collectifs. Les sentiers, les fontaines et les marchés de Bains-les-Bains racontent désormais une histoire à trois villages, et forment un laboratoire discret mais inspirant d’évolution des territoires ruraux français.

Pour les curieux, il suffit d'y flâner, d’écouter les habitants ou de feuilleter les archives locales pour retrouver, dans mille détails, les indices d’un cadre de vie en mouvement, sans jamais perdre de vue ses racines profondes.

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