Thermes en pause : une boussole pour comprendre le renouveau de Bains-les-Bains

13/08/2025

Un passé thermal structurant et emblématique

Les thermes de Bains-les-Bains ne sont pas qu’un simple bâtiment. Réputés depuis le XVIII siècle pour les vertus de leurs eaux au sel et au lithium, ils ont influencé durablement l’urbanisme, l’économie et la sociabilité de la commune (FranceArchives). Au fil des décennies, la station a accueilli jusqu’à 5 000 visiteurs annuels, notamment des curistes venus d’Île-de-France, du Nord ou de Belgique, en quête de soins pour des affections rhumatologiques et cardiovasculaires.

  • Plus de 70 % des commerces du centre dépendaient directement ou indirectement de l’activité thermale (source : INSEE, chiffres économique locaux 2011-2019).
  • 12 000 nuitées touristiques annuelles dans les années 2010, selon l’Office de Tourisme de la Vôge-les-Bains.
  • Un centre thermal classé « Grand établissement thermal » en 1950, puis intégrant le groupe Chaîne Thermale du Soleil dans les années 1990.

Fermeture et rénovation : des réactions en chaîne immédiates

C’est en 2021 que la RTS (Régie Thermale de la Santé), gestionnaire majoritaire, annonce une grande campagne de rénovation et la fermeture des thermes pour travaux. Si la pandémie de Covid-19 a accéléré le processus — la saison 2020 avait été amputée de près de sept mois —, le projet couvait depuis plusieurs années. D’un coup, c’est toute une saison touristique qui bascule.

Des commerces pris en étau

  • Baisse de fréquentation : En 2022, les commerçants du bourg central estiment une chute de fréquentation de 25 à 30 % sur l’année. Selon la Chambre de Commerce et d’Industrie des Vosges, six commerces (bars, boulangeries, librairies) ont fermé entre 2021 et 2023.
  • Adaptation forcée : Hôteliers, restaurateurs et loueurs de meublés perdent la clientèle curiste, qui représentait généralement les trois quarts de leur chiffre d’affaires en haute saison (source : Fédération Nationale des Stations Thermales, 2019).

Un patrimoine en suspens

  • Réorganisation urbaine : La fermeture temporaire du Grand Hôtel Thermal (qui jouxte les thermes) entraîne la vacance de plus de 60 lits. Les sols du parc, peu fréquentés, voient la végétation reprendre ses droits.
  • Impact sur la vie associative : Plusieurs événements, comme les « Rencontres de la Vôge » ou la fête annuelle des curistes, sont annulés ou déplacés.

Un tissu social fragilisé

Dans un village où l’on compte une cinquantaine de nouveaux arrivants par an, l’afflux saisonnier des curistes joue un rôle d’intégration important. Les ateliers de loisirs, conférences et soirées musicales facilitaient l’accueil des nouveaux habitants et renforçaient le lien entre « gens d’ici » et « gens de passage ».

  • Dynamique associative ralentie : le club de bridge, très prisé des curistes, réduit son activité de moitié.
  • Aide à domicile : diminution des missions pour le personnel des associations d’aide aux curistes et de résidences seniors.
  • Sernam médical : quelques emplois temporaires (masseurs, infirmiers, ostéopathes) disparaissent et peinent à se reclasser localement.

Quand la mémoire locale s’invite à la table

La fermeture a réactivé tout un pan de discussions sur la place du thermalisme dans l’identité locale. Des témoignages recueillis auprès d’habitants (propos vérifiables lors des conseils municipaux ou dans la presse régionale, par exemple Vosges Matin) font émerger plusieurs points de vue :

  • Pour les plus anciens, la fermeture rappelle les périodes troubles de l’entre-deux-guerres ou les privatisations difficiles des années 1980.
  • D’autres y voient l’opportunité de repenser l’offre, avec plus de modernité ou d’écologie (utilisation de l’énergie géothermique, circuits courts pour l’alimentation des curistes…)
  • Quelques voix, moins nombreuses, estiment que la commune doit se « désaccoutumer » d’une mono-activité et préparer sa diversification.

L’économie locale : adaptation déséquilibrée et innovations nécessaires

Tourisme hors cure : un enjeu difficile

Si la population permanente de la commune (environ 1 407 habitants selon l’INSEE en 2021) reste stable, la capacité à attirer une clientèle touristique hors-saison fait cruellement défaut lors de la fermeture des thermes.

  • Sites patrimoniaux peu fréquentés : Faible rebond de fréquentation des autres sites locaux (église Saint-Colomban, canal des Vosges, forêt communale), malgré une communication renforcée par les acteurs touristiques.
  • Initiatives privées : L’installation en 2022 d’une maison d’hôtes axée sur les séjours bien-être, sans soins thermaux, attire une clientèle de passage, mais reste marginale en termes d’impact économique.
  • Effet report : On observe une légère hausse de nuitées à Plombières-les-Bains (+7 % de fréquentation d’après l’office de tourisme Intercommunal en 2022), ce qui révèle une certaine déperdition du flux curiste habituel de Bains-les-Bains vers les autres stations vosgiennes.

L’emploi face à l’incertitude

  • Intermittence et précarité : 45 salariés étaient employés aux thermes en 2019, dont 35 en contrats saisonniers ou temporaires. Tous ont vu leurs contrats suspendus ou non renouvelés.
  • Plan de reconversion : La commune a, avec la Mission Locale des Vosges, proposé des formations en reconversion, principalement dans les métiers du tourisme vert ou de la logistique.
  • Peu de créations d’emploi : Faute d’un tissu économique suffisamment diversifié, peu ont pu rester sur place, beaucoup ont dû se tourner vers Épinal ou Remiremont.

Le chantier des thermes : un catalyseur d’attente

La rénovation, qui s’étale sur plusieurs années (prolongée jusqu’à 2024 – 2025 selon les informations communiquées lors du conseil municipal de juin 2023), laisse entrevoir un établissement modernisé, davantage orienté vers le médical, la prévention et le bien-être global (Chaîne Thermale du Soleil). Plusieurs enjeux accompagnent cette attente :

  • Technologies nouvelles : Installation prévue d’un espace de balnéothérapie, création de cabines connectées, utilisation accrue des ressources énergétiques locales.
  • Extension de l’offre thérapeutique : Des cures adaptées post-cancer ou pour les maladies chroniques devraient être proposées.
  • Impact sur le recrutement : Si la fréquentation repart, on escompte à horizon 2025 la création nette de 15 à 20 emplois, selon le Syndicat Thermal des Vosges.

Des pistes pour l’après-thermes ? Regards vers l’avenir

Ce hiatus forcé n’a pas que déstabilisé : il a aussi fait émerger des ressources inattendues, et sans doute une résilience locale. Quelques idées qui essaiment ou se discutent :

  • Patrimoine naturel valorisé autrement : Développement de sentiers thématiques autour des sources, requalification d’une partie du parc thermal pour l’éducation à l’environnement et ateliers « plantes médicinales ».
  • Renouvellement des pratiques culturelles : Programmation plus régulière d’expositions d’art ou de conférences historiques sur le passé thermal de la commune.
  • Partenariats régionaux : Possibilité d’un jumelage avec une station thermale étrangère pour favoriser l’échange d’expériences.

Si ces pistes n’effacent ni l’attente ni la crainte qu’inspirent de longs mois sans curistes, la période a permis à Bains-les-Bains de rouvrir, peu à peu, la porte à d’autres formes d’énergies et d’hospitalité. Le retour à la normale, espéré pour 2025, sera scruté comme un signe, non pour raviver la nostalgie, mais pour mesurer les apprentissages de ce temps suspendu.

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