L’empreinte Art nouveau dans les villas thermales de Bains-les-Bains

12/01/2026

À Bains-les-Bains, l’essor du thermalisme au tournant du XXe siècle s’est accompagné d’un véritable renouveau architectural. Marqué par l’Art nouveau, ce mouvement a laissé des empreintes sensibles dans la physionomie des villas construites pour accueillir curistes et notables. Tour d’horizon des récoltes les plus significatives :
  • Motifs inspirés du monde végétal, omniprésents dans la ferronnerie, les vitraux et la céramique.
  • Jeux de courbes dans les façades, les balcons, les encadrements et les rampes d’escalier.
  • Mise en valeur de la lumière naturelle grâce à de larges baies vitrées et des verrières colorées.
  • Matériaux nouveaux comme le ciment moulé, la brique vernissée ou le fer forgé.
  • Architecture en harmonie avec la nature environnante, via jardins, loggias et bow-windows.
  • Emprunts à la sphère cosmopolite : architectes ou artisans parfois venus de Nancy ou d’Épinal, hauts-lieux de l’Art nouveau régional.
L’Art nouveau trouve ainsi à Bains-les-Bains des formes subtiles, discrètes mais remarquablement adaptées à l’esprit d’une station thermale vosgienne en quête de modernité.

Les villas thermales : un terrain fertile pour l’Art nouveau

À la charnière des XIXe et XXe siècles, Bains-les-Bains connaît son apogée. L’envolée du thermalisme attire une clientèle nouvelle, urbaine, éprise de confort, exigeant une architecture qui s’harmonise avec les exigences d’hygiène, d’élégance et de modernité (source : Base Mérimée).

C’est dans ce contexte que l’Art nouveau, fleuron d’un raffinement moderne, va s’inviter dans les constructions privées : villas de notables, hôtels particuliers, pensions de famille destinées à héberger curistes et estivants. Plutôt qu’une exubérance décorative, ce sont les influences mesurées, parfaitement dosées, qui caractérisent le visage thermal de la ville.

Une identité architecturale en mutation

La Belle Époque est synonyme d’innovations techniques et esthétiques. L’Art nouveau valorise la synthèse des arts, l’alliance du beau et de l’utile ; il célèbre surtout la nature et la lumière. À Bains-les-Bains, cela se traduit par des codes singuliers qui répondent autant à l’esprit du lieu qu’aux envies d’ailleurs de ses habitants.

Motifs végétaux et bestiaire stylisé

  • Ferronneries de balcons et rampes d’escalier : Les forgerons vosgiens, nourris des influences venues de Nancy, s’inspirent des feuilles d’érable, de la vigne ou encore du chardon pour orner les garde-corps (voir les façades rue de Verdun ou avenue des Thermes).
  • Céramiques et enduits peints : Encadrements de portes ou frises, parfois polychromes, affichent des volutes, acanthes ou pavots stylisés, marque de fabrique de la période (source : Lorraine Magazine).
  • Vitraux : Quelques porches ou cages d’escaliers arborent vitraux géométriques ponctués de touches végétales colorées, souvent l’œuvre de maîtres-verriers de la région.

Ligne courbe et harmonie avec la nature

  • Façades animées : Contrairement à la rigueur classique des constructions antérieures, les villas Art nouveau jouent avec des bow-windows, des oriels, des balcons arrondis, brisant la monotonie et le cloisonnement.
  • Loggias, marquises et toitures: La structuration ondoyante des marquises d’entrée révèle une volonté d’intégrer l’architecture à la fluidité naturelle du paysage.

Nouveaux matériaux, nouvelles idées

L’Art nouveau est aussi une histoire de matériaux : le fer forgé délaisse la froideur du néoclassique au profit d’une expressivité souple. À Bains-les-Bains, nombre de villas témoignent de cet usage revendiqué du métal, mais également de la céramique vernissée, des tuiles colorées, parfois du béton moulé imitant la pierre. Ce choix n’est pas anodin : il traduit la volonté d’alléger, de moderniser, de faciliter la production artisanale grâce à des procédés industriels.

Matériaux décisifs pour l’Art nouveau dans les villas de Bains-les-Bains
Matériau Usage Avantages
Fer forgé Balcons, rampes, portails Souplesse, décoratif, malléable pour motifs
Brique vernissée Encadrements, frises, sous-bassements Coloris variés, résistance à l’humidité
Céramique émaillée Plaques murales, numérotation, frises Motifs complexes et lumineux
Vitrail Porches, cages d’escaliers, bow-windows Jeux de lumière, personnalisation

L’inspiration régionale : Nancy et l'École de la Vôge

Impossible d’évoquer l’Art nouveau à Bains-les-Bains sans rappeler le rayonnement nancéien. À la fin du XIXe siècle, ce sont les architectes formés à Nancy (Gallé, Majorelle pour les plus connus) qui imposent le végétal, la sensualité de la ligne courbe, la polychromie (source : Musée de l’École de Nancy). On retrouve jusque dans les Vosges cette influence, à travers des artisans ou des entreprises qui diffusent, souvent via des catalogues, les principes de l’Art nouveau jusqu’aux villes thermales secondaires.

La compagnie du train Nancy-Bains-les-Bains (ouverte en 1869 puis améliorée dans les années 1900) a aussi facilité la venue de maîtres-verriers, ferronniers ou décorateurs, qui laissent leur marque sur les maisons de villégiature (Livre du Thermalisme, Mairie de Bains-les-Bains, 2021).

Motifs distinctifs rencontrés localement

  • Flore régionale stylisée : Pavots, acanthes, feuilles de marronniers, roseaux ornent galeries, consoles ou portes d’entrées.
  • Bestiaire discret : Salamandres, libellules, papillons s’insèrent dans la rampe d’un escalier ou sur un heurtoir (voir la « Villa Jeannette » pour le détail du motif libellule : source Petit-Patrimoine.com).
  • Lettrages souples : Plutôt que la rigueur haussmannienne, on voit parfois apparaître des enseignes au fer forgé, dont la calligraphie épouse la légèreté de la courbe Art nouveau.

L’art du détail : mise en lumière des artisans

S’il est un terrain où l’Art nouveau atteint, dans les villas de Bains-les-Bains, une élégance subtile, c’est bien dans le soin du détail. Beaucoup d’éléments étaient réalisés sur catalogue mais d’autres, plus rares, portent la signature d’artisans locaux ou régionaux.

  • Marqueteries et escaliers : Quelques maisons, rares mais remarquables, présentent à l’intérieur des escaliers ponctués de marqueteries florales, en écho à l’esprit de l’École de Nancy.
  • Verrières colorées : Des baies vitrées (notamment près du Parc thermal ou sur la montée de l’avenue des Thermes) diffusent une lumière colorée et douce dans les halls d’accueil.
  • Poignées de porte, heurtoirs, numérotation : Guère ostentatoires mais toujours élégants, ces accessoires rappellent que l’Art nouveau se voulait avant tout l’art de ré-enchanter le quotidien.

Une modernité modeste : l’intégration au paysage et à la fonction

Les villas thermales de Bains-les-Bains n’ambitionnaient pas de rivaliser avec l’éclat des palais de la Côte d’Azur ou des stations suisses. Leur architecture se veut une réponse nuancée aux besoins des curistes et à la topographie boisée des lieux. Bow-windows ouvrant sur les jardins, pergolas et jardins d’hiver témoignent de ce désir d’intégrer l’habitat à la nature, de brouiller la frontière entre intérieur et extérieur - une idée directement héritée de l’Art nouveau.

Usage renouvelé de l’espace

  • Espace de réception ouvert : On observe une attention nouvelle au hall, désormais conçu comme pièce à vivre, reliant parfois, via un large escalier ou une véranda, l’espace intime à la lumière naturelle des jardins.
  • Optimisation de l’air et de la lumière : Installations de grandes fenêtres, orientation réfléchie, porches semi-circulaires, tout tend à inviter la clarté dans chaque recoin de la villa.

Des exemples emblématiques à Bains-les-Bains

Lors d’une déambulation attentive, on identifie aisément plusieurs villas où l’Art nouveau impose sa marque :

  • La Villa Jeanne-d’Arc (avenue des Thermes) : Ferronneries de balcons à décor floral, ensemble de vitraux polychromes et marquise d’entrée en fer cintré.
  • La Villa La Source : Script cursif de la plaque nominative, motifs d’iris formant la rambarde du perron, emploi remarquable de céramique vernissée.
  • La Maison Verdel : Escalier intérieur à balustrade ornée de roses stylisées, larges baies vitrées sur jardin, mosaïque à motif d’eau et d’ondulations dans l’entrée.
  • L’Hôtel des Bains, aujourd’hui résidence : Frise céramique en façade reprenant des branches de marronniers, grandes verrières et encadrements façon stuc à motifs d’arum.

Ouverture : une inspiration vivace pour l’avenir ?

Aujourd’hui, les villas thermales de Bains-les-Bains témoignent, par de multiples détails discrets mais éloquents, de l’ambition moderniste des bâtisseurs de la Belle Époque. L’Art nouveau, modèle d’un dialogue entre technique et poésie, continue d’inspirer la restauration patrimoniale et le tourisme culturel local. La préservation de ces éléments, qu’ils soient spectaculaires ou ultra-localisés, rappelle combien l’histoire du bien-être et de la beauté, à Bains-les-Bains, reste indissociable d’un certain art d’habiter.

  • Pour les passionnés d’architecture, la promenade reste le meilleur moyen de découvrir ces influences, parfois cachées derrière une glycine ou sous une marquise polie par le temps.
  • À l’heure où la station pense son renouveau, l’Art nouveau, lui, demeure, filigrane élégant de l’identité locale.

Pour aller plus loin : Patrimoine des Vosges, Mairie de Bains-les-Bains, Inventaire régional de Lorraine, Lorraine Magazine, Musée de l’École de Nancy.

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