Homme et territoire : la vie ouvrière à La Fayolle
La manufacture devint rapidement le premier employeur industriel du Pays de Bains, fédérant une population ouvrière composite : ouvriers étameurs allemands, familles mosellanes, paysans saisonniers venus du hameau voisin de Trémonzey, forgerons itinérants. La Fayolle abritait alors jusqu’à 130 habitants, vivant dans des maisons bâties à proximité immédiate de l’usine. Un microcosme en soi, doté de sa chapelle, de son four à pain, et d’un jardin potager collectif.
Le travail était harassant. Six jours sur sept, les équipes se relayaient autour du haut-fourneau, entre chaleur étouffante et odeurs de métal chauffé. Les archives municipales de Bains-les-Bains rapportent des descriptions poignantes : jeunes apprentis dormant dans les combles pour économiser sur le trajet, femmes raccommodant les vêtements brûlés, et veillées animées durant les longues veillées hivernales.
Au cœur de cette communauté singulière naquirent des solidarités, mais aussi des tensions, notamment lors des grandes pénuries de bois ou des inondations de la Combeauté, qui interrompaient brutalement la production. En 1797, un violent conflit éclata entre ouvriers français et contremaîtres venus de Westphalie, à propos des nouveaux horaires imposés par la direction. Les états de service de l’époque témoignent pourtant d’une faible désertion et d'un ancrage profond au territoire, reflet d’une culture ouvrière pionnière dans la région.