Patrimoine thermal à Bains-les-Bains : du prestige d’antan à la renaissance contemporaine

07/08/2025

Une source de vie et d’histoire : les débuts du thermalisme à Bains-les-Bains

Discrète au cœur de la Vôge, la petite ville de Bains-les-Bains n’a jamais cessé de vivre au rythme de ses sources thermales. Si la présence de sources chaudes captive les ermites et les érudits depuis l’Antiquité (1), c’est au XIXe siècle que le destin thermal de la commune s’écrit en lettres d’eau et de pierre.

  • 1801 : ouverture officielle des premiers établissements thermaux modernes sous l'impulsion du Préfet Lezay-Marnésia.
  • 1830 : la ville apparaît dans les guides touristiques, vantant la qualité de ses eaux sulfatées calciques "bicarbonatées", idéales contre les affections rhumatismales et nerveuses.

Dans la France de la Restauration et du Second Empire, la vogue des eaux mène une clientèle bourgeoise et aristocratique sur les chemins de Bains-les-Bains. Les grands halles et pavillons édifiés au fil du siècle en témoignent : verre, métal, pierre blanche, statues allégoriques, tout évoque le goût d’une époque pour la santé et la sociabilité raffinée (2).

Au XIXe : l’âge d’or thermal, entre luxe, science et sociabilité

Si la France compte, dès 1850, près de 90 villes thermales (source : Fédération thermale française), Bains-les-Bains se singularise par une réputation médicale solide et une dimension humaine. L’analyse des eaux confiée à des médecins célèbres comme Théophile-Jules Pelouze alimente une littérature abondante sur les bienfaits du thermalisme local (3).

  • 1857 : 5 224 entrées aux thermes durant la saison haute, selon les registres municipaux.
  • Réalisation en 1895 de la "grotte thermale", une prouesse minérale à la popularité jamais démentie.
  • Développement, autour des thermes, de pensions bourgeoises, cafés, salles de jeux et promenades ombragées.

L’influence de la vie thermale s’étend bien au-delà du simple soin. Les bains deviennent le cœur d’un microcosme social où l’on croise des notabilités provinciales, des officiers exilés par la tuberculose, ou encore des artistes venus chercher l’inspiration au bord du Bagnerot. Les récits de curistes, collectés par l’historien local Paul Crochet (4), évoquent des "soirées musicales sous les platanes" et des "discussions animées à la buvette".

La mutation du XXe siècle : entre déclin, résistances et renaissance

L’irruption du XXe siècle, avec sa modernité et ses crises, bouleverse le schéma thermal traditionnel. La Première Guerre mondiale suspend l’afflux des curistes — et les thermes hébergent souvent des blessés militaires en convalescence.

  • 1920 : retour progressif des bains, mais la clientèle évolue : elle se démocratise sous l’impulsion des congés payés (1936).
  • Le thermalisme devient un enjeu de santé publique après 1945, avec la prise en charge des cures par la Sécurité sociale (5).

La fréquentation de Bains-les-Bains monte jusqu’à 17 000 curistes annuels dans les années 1970 (source : archives thermales La Vôge-les-Bains), tandis que les établissements réorganisent leurs offres : hydrothérapie moderne, kinésithérapie, piscine thermale couverte…

  • 1973 : construction du centre thermal actuel, sobre et fonctionnel, intégrant le patrimoine ancien (vestibule, mosaïques, ferronnerie Art déco).
  • Début du tourisme vert : création de circuits de randonnée et développement de parcs autour des anciens établissements.

Pourtant, la fin du siècle est marquée par une crise du modèle thermal : évolution des pratiques médicales, concurrence d’autres destinations bien-être, désengagement partiel de la Sécurité sociale dans les années 1990.

Le patrimoine thermal face aux défis contemporains

À la charnière du XXIe siècle, la question se pose : comment préserver l’âme et les bâtiments d’un patrimoine en mutation ? À Bains-les-Bains, deux dynamiques complémentaires ont marqué les dernières décennies.

1. Rénovation, adaptation et mise en valeur

  • D’importants travaux de rénovation engagés entre 2005 et 2015, subventionnés en partie par la Région Grand Est et l’État (6).
  • Restauration de la grande salle des thermes, valorisation de la petite chapelle néo-gothique et des vestiges des anciennes buvettes.
  • Inscription à l’Inventaire général du patrimoine culturel de certains éléments remarquables, comme le pavillon central ou la grotte thermale (7).

Mais la transmission du patrimoine n’est pas que matérielle. La mémoire des anciens (personnel, curistes, chauffeurs de fiacre) et la conservation des archives nombreuses (lettres, affiches, registres médicaux) permettent aujourd’hui l’organisation de visites guidées et d’expositions, appuyées notamment par l’association « Les Amis de Bains-les-Bains ».

2. Un enjeu social et économique renouvelé

  • Maintien de l’activité thermale avec environ 6 000 curistes annuels aujourd’hui (source : [Thermes Bains-les-Bains – Chaîne Thermale du Soleil](https://www.chainethermale.fr/bains-les-bains)) : une fréquentation stable, mais bien loin des pics du XXe siècle.
  • Création d’un « Parcours Patrimoine Thermal », reliant les principales architectures et les anciens hôtels dans une boucle piétonne didactique.
  • Développement d’offres complémentaires : ateliers détente, actions culturelles, découverte des vertus des plantes médicinales locales en lien avec la tradition thermaliste.

Figures et anecdotes : visages de la vie thermale

Le prestige thermal de Bains-les-Bains s’exprime aussi à travers certaines figures originales :

  • Henriette de Nassau : duchesse hollandaise, fidèle “curiste” de la station dans les années 1870.
  • Les médecins-botanistes du XXe siècle, qui allaient cueillir la grande camomille ou la verveine dans les forêts alentours, intégrant les pratiques phytothérapeutiques au rituel thermal.
  • Et la fameuse Marguerite, « porteuse d’eau » célèbre pour sa méthode unique de conduite de charrette, évoquée dans les chroniques par le journal La Dépêche de l’Est en 1927.

Presque chaque famille locale compte au moins une anecdote liée aux bains : l’arrivée tardive du train sous l’orage, les bals costumés sous la verrière, les joueurs de dominos… Ces fragments de vie, transmis au fil des générations, dessinent une histoire partagée du patrimoine.

De la singularité d’une station à l’art de la transmission

Aujourd’hui, Bains-les-Bains s’affirme comme un exemple de résilience et d’invention patrimoniale. Tandis que l’activité thermale stricto sensu se recentre, la cité fait vivre son passé par une mise en valeur attentive : balades guidées, expositions éphémères, journées du patrimoine, et nombreuses initiatives autour du lien social.

L’avenir de cet héritage se joue sur l’équilibre entre modernité et préservation, entre soin du corps et de la mémoire des lieux. À travers les pierres du vieux vestibule ou la fraîcheur continue des allées du parc thermal, le visiteur attentif retrouve la trace d’un temps où la santé, la culture et la convivialité se mariaient au quotidien.

Dates clés Événement
1801 Ouverture officielle des premiers thermes modernes
1857 Plus de 5000 curistes annuels recensés
1970 Pic de fréquentation : 17 000 curistes / an
2005–2015 Travaux majeurs de rénovation, valorisation patrimoniale

Il ne s’agit pas seulement d’aligner des bâtiments ou d’inventorier des installations. La dynamique patrimoniale de Bains-les-Bains se nourrit d’allers-retours entre mémoire, invention et hospitalité. C’est dans cette alchimie que réside, peut-être, le secret du passage du temps pour une petite ville dont les eaux n’ont pas fini de murmurer à l’oreille des curieux.

Sources :

  • (1) B. Teyssier, Les sources thermales du massif vosgien, 2002
  • (2) Archives départementales des Vosges, plan du Parc Thermal, 1878
  • (3) T.-J. Pelouze, Rapports sur les eaux minérales de Bains-les-Bains, 1842
  • (4) Paul Crochet, Chroniques thermales de Bains-les-Bains, 1926
  • (5) C. Buchheit, « Le thermalisme social dans les Vosges », in Pour Mémoire, 2011
  • (6) Région Grand Est, subventions patrimoine, 2010
  • (7) Ministère de la Culture, Base Mérimée : thermes de Bains-les-Bains
  • Site officiel de la Chaîne Thermale du Soleil

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