Ces femmes et hommes qui ont façonné l’histoire de Bains-les-Bains

24/08/2025

Des figures historiques, entre notables et pionniers

L’histoire de Bains-les-Bains s’ancre dans celle de sa station thermale, ouverte au XVIII siècle sous l’impulsion des ducs de Lorraine, puis des rois de France. Quelques grands noms y ont durablement imprimé leur marque.

  • Claude-Antoine Collin (1772-1847), médecin originaire d’Épinal, fut l’un des premiers à entreprendre des études cliniques structurées sur les eaux de Bains-les-Bains, intensifiant la réputation médicale de la station dès 1817, date à laquelle il publie un Traité sur les Eaux minérales de Bains (source : Archives départementales des Vosges).
  • Les familles nobles de la région, telles que les de Toulongeon et les de Girecourt, ont joué un rôle notable dans la gestion des forêts environnantes et la réorganisation des domaines après la Révolution, fournissant aussi nombre de maires et de protecteurs à la jeune commune au XIX siècle.

La période entre 1850 et la veille de la Seconde Guerre mondiale a vu se succéder une poignée de maires engagés, dont certains républicains modérés, dotant Bains-les-Bains d’un hôpital thermal communal, d’hospices laïcs et d’une bibliothèque municipale (rapport municipal de 1932).

La médecine et la direction thermale, au cœur du développement local

L’essor de Bains-les-Bains est indissociable de la qualification et de la réputation de ses médecins-chefs, directeurs et inspecteurs de la station thermale.

  • Dès 1867, Alphonse Simonin, médecin de renommée parisienne, s’établit à Bains-les-Bains et oeuvre vigoureusement à moderniser les installations (création du bâtiment des bains de Napoléon III en 1869), attire une clientèle européenne et publie régulièrement ses observations dans la Revue des Sciences médicales (source : Gallica BnF).
  • Au XX siècle, Dr Maurice Dulac, directeur médical de 1934 à 1960, promeut l’utilisation des eaux sulfatées pour le traitement des rhumatismes, ce qui contribue à faire de la station une référence nationale tout en créant plusieurs emplois et dynamisant l’économie locale.

La stratégie de ces médecins-directeurs consistait autant à développer des cures innovantes qu’à élargir le rayonnement de Bains-les-Bains, souvent à travers des réseaux scientifiques et médicaux.

Séjours d’artistes et d’écrivains à Bains-les-Bains : inspiration thermale

À son apogée, la station attire non seulement la bourgeoisie régionale, mais aussi des artistes et auteurs qui y trouvent repos, inspiration ou matière à chronique.

  • Jules Laxenaire (1865-1932), poète vosgien sensible à la mélancolie des lieux, fréquente Bains-les-Bains lors de plusieurs étés dans les années 1890 et en tire de nombreux textes (Les Eaux et la Forêt). Il y décrit « le crépuscule d’un monde réconcilié par les brumes et par l’eau ».
  • En 1857, Gustave Flaubert fait étape à Bains-les-Bains avec Louise Colet, mentionnant la qualité de l’accueil et la « grande douceur du paysage de la Vôge » dans sa correspondance (source : Correspondance de Flaubert).
  • L’écrivaine Marguerite Burnat-Provins (1872-1952) séjourne brièvement dans les années 1920, et note dans son journal la quiétude singulière des sentiers autour de la station.

La tradition artistique perdure aujourd'hui, avec des artistes en résidence régulièrement invités dans le cadre du programme "Voyage d’Artistes de la Vôge", en partenariat avec l’association Traces.

La commune façonnée par ses élus : maires, conseillers et bâtisseurs

Plusieurs générations d’élus locaux ont initié de profondes transformations, souvent discrètes mais durables.

  • Albert Magnien (1907-1992), maire de 1965 à 1983, milite pour la préservation du patrimoine thermal tout en favorisant l’implantation d’infrastructures (gymnase communal, restauration du lavoir du centre).
  • A la fin du XX siècle, l’action d’André Viry (maire de 1989 à 2014) est saluée pour sa gestion de la fusion avec Hautmougey et sa mobilisation pour la sauvegarde de la gare, essentielle pour l’accès à la station.
  • Le Conseil municipal de 1918, en pleine crise post-guerre, attribue une aide alimentaire d’urgence aux familles déplacées, l’un des premiers exemples d’action sociale à l’échelle communale (Source : Bulletin de la commune, 1919).

L’évolution du territoire, de ses aménagements publics et de ses priorités sociales porte ainsi la marque de ces politiques municipales guidées tant par l’innovation que par la tradition.

Entrepreneurs, industriels et l’impulsion économique

Longtemps, l’économie de Bains-les-Bains repose sur un subtil tissu de petits industriels, de commerçants et d’artisans, étroitement lié à la présence thermale. Quelques figures se démarquent toutefois par leur impact au-delà de la commune :

  • Émile Bouchot (1860-1940), propriétaire d’une importante scierie hydraulique et d’un atelier de charpente, participe à la modernisation du réseau d’adduction d’eau par la fourniture de canalisations boisées adaptées (1884-1906), ce qui permet à plusieurs établissements thermaux et hôtels particuliers d’émerger.
  • La famille Parisy, présente dans la faïencerie du Val-d’Ajol, investit également dans l’hôtel-restaurant “Thermal”, qui devient un emblème gastronomique local entre 1930 et 1960.
  • Le développement du marché hebdomadaire doit beaucoup à l’initiative collective de commerçants guidés par Germain Lemoine (Président de l’Union Commerciale dans les années 1950), consolidant ainsi l’ancrage économique de la commune.

Des femmes discrètes mais essentielles dans l’histoire locale

  • Marie Colin (1889-1971), directrice bienveillante de l’école communale entre 1930 et 1958, perfectionne l’alphabétisation des filles et porteuse d’innovations pédagogiques (correspondance scolaire intercommune, classes adaptées aux enfants de familles saisonnières).
  • Sœur Marguerite, infirmière religieuse au couvent des Bénédictines, a joué un rôle salutaire durant les deux conflits mondiaux, qu’il s’agisse de soins d’urgence pendant la grippe espagnole ou de ravitaillement clandestin pour les prisonniers évadés (archives paroissiales, 1916-1918).
  • Jeanne Pierrel (1950-2021), cofondatrice de l’association “Mémoire de la Vôge”, contribue activement à l’inventaire et la rénovation des croix rurales, valorisant ainsi le patrimoine vernaculaire et l’histoire orale auprès des jeunes générations.

Si l’Histoire a souvent relégué ces figures féminines à l’arrière-plan, nombre d’entre elles furent pourtant le moteur discret mais indispensable de la cohésion sociale, éducative et culturelle de Bains-les-Bains.

Les personnalités religieuses et l’ancrage spirituel local

Au fil des siècles, la vie religieuse façonne également le paysage humain de la commune.

  • Le curé Jean Vauthier (curé de 1928 à 1956), défenseur de l’intégration des réfugiés catholiques polonais employés aux Thermes, impulse une entraide confessionnelle novatrice en pleine crise économique.
  • Divers pasteurs protestants itinérants, dont Wolfgang Hœlzer dans les années 1870, favorisent la coexistence pacifique entre communautés religieuses à une époque parfois troublée.

Les oeuvres caritatives initiées par ces figures religieuses, tel le fonds d’entraide paroissial pour les veuves mineures (dès 1875), perdurent quelquefois sous forme associative aujourd’hui.

Mémoire, reconnaissance et patrimoine des personnalités locales

Bains-les-Bains n’oublie pas ses grandes figures. Si plusieurs rues et infrastructures portent leur nom – la “Rue du Dr Dulac” ou la “Salle Jeanne Pierrel” par exemple – c’est aussi dans les gestes et les rites collectifs que s’entretient cette mémoire :

  • La journée du patrimoine local offre chaque année une visite dédiée aux bâtisseurs de la commune, avec des haltes explicatives devant les bustes ou plaques commémoratives.
  • L’association “Mémoire de la Vôge” publie régulièrement des portraits illustrés d’anciennes personnalités du canton, accessibles à la médiathèque municipale (parution “Notables, Discrets et Oubliés de Bains-les-Bains”, 2017).
  • La transmission orale, avec les veillées racontées par les anciens lors des marchés d’été, est un puissant vecteur de reconnaissance, notamment auprès des plus jeunes.

Parcours de vie et évolutions de la commune : reflets d’une histoire en mouvement

Le fil rouge qui unit ces différentes figures tient à la capacité d’adaptation et d’invention dont Bains-les-Bains a souvent fait preuve :

  • De la médecine thermale balbutiante à l’accueil de curistes européens, la commune est passée d’une économie rurale à une notoriété ouverte au monde.
  • La transformation des villages voisins en quartiers (La Manufacture, Hautmougey) montre combien le territoire s’est remodelé sous l’impulsion de ses maires, commerçants, éducateurs et philanthropes.
  • Les parcours singuliers de femmes enseignants, d’artisans ou d’élus témoignent d’une attention constante à l’innovation sociale, au lien entre générations et à la préservation de la mémoire collective.

Ici, chaque nom, chaque bâtiment, chaque sentier garde l’empreinte de ceux et celles qui, par conviction intime, goût du progrès ou engagement silencieux, ont illustré, modifié, transmis l’âme de Bains-les-Bains. Leur héritage se perpétue non seulement dans l’architecture et les institutions, mais dans l’art de vivre et la richesse humaine de la Vôge. Cette histoire locale, tissée de figures emblématiques et d’anonymes, continue de murmurer à qui sait écouter la rumeur discrète de la commune.

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