Visages et figures spirituelles de Bains-les-Bains : empreintes sur la vie locale

10/09/2025

Du prieuré bénédictin à Sainte-Colombe : la marque fondatrice des moines

Au Moyen Âge, la vie religieuse s’organisait à l’ombre de la puissante abbaye de Luxeuil, grande voisine vosgienne. À Bains-les-Bains même, un prieuré bénédictin existait dès le XI siècle (source : Wikipédia). Les moines bénédictins y étaient chargés d’encadrer à la fois les fidèles et les terres, en diffusant une culture du travail, d’accueil des pèlerins et des pauvres, ainsi qu’un savoir-faire agricole et forestier précieux pour la région.

  • Le prieuré de Sainte-Colombe était alors, jusqu’au XVIII siècle, un discret centre de rayonnement spirituel et social. Avec moins d’une dizaine de moines, il marqua l’organisation des fêtes religieuses et la gestion des biens des pauvres.
  • Leur influence s’étendait sur plusieurs communautés rurales environnantes, notamment Fontenoy-le-Château et Cleurie.
  • Dans le bourg, certains vestiges (comme une partie de l’église Saint-Colomban) témoignent encore de cette présence qui a permis à la région de s’enraciner dans le sillage de la tradition irlandaise de saint Colomban apportée depuis Luxeuil.

Des curés bâtisseurs et gardiens de mémoire

Au fil des siècles, la figure du curé a structuré la vie locale loin des idées reçues sur l’isolement rural. La documentation conservée dans les archives paroissiales et départementales (AD88) fait apparaître plusieurs prêtres au rôle clé dans l’essor des thermes, la conservation des archives et même le développement des écoles.

  • L’abbé Nicolas Maillard (1850-1907) par exemple, a contribué à fonder la première bibliothèque paroissiale, ouvrant l’éveil culturel aux enfants du village et récoltant des ouvrages grâce à la générosité d’anciens curistes.
  • Le registre de 1792, soigneusement tenu par le curé Pierre-Claude Meunier, offre un témoignage unique sur la vie quotidienne à l’époque révolutionnaire : listant les habitants, détaillant les épidémies et les dons reçus pour accompagner les enfants sans ressources.
  • Dans la deuxième moitié du XIX siècle, plusieurs curés (notamment l’abbé Collin) participèrent à la collecte et à la conservation d’objets liturgiques anciens, dont certains sont aujourd’hui visibles au musée de la Vôge.

On leur doit aussi la sauvegarde de traditions comme les processions en l’honneur de saint Colomban ou, plus tard, de sainte Philomène, dont une chapelle subsiste au sud du bourg.

La spiritualité à l’heure des cures thermales

Si Bains-les-Bains doit sa notoriété à ses sources, l’établissement thermal (en activité depuis le XVIII siècle) fut aussi un creuset singulier d’échanges spirituels. Les archives anciennes des thermes (consultées auprès du service patrimoine de la ville) révèlent des anecdotes qui témoignent d’une interaction féconde entre le monde de la cure et la vie religieuse locale :

  • Des religieux, en particulier des sœurs de Saint-Charles venues de Nancy, assuraient la présence auprès des malades dès le début du XIX siècle, proposant soins et accompagnement spirituel.
  • L’ancien oratoire des curistes (détruit lors de la Seconde Guerre mondiale) accueillait des messes spéciales, dédiées aux « pèlerins de la santé » venus chercher guérison ou réconfort moral dans les eaux sulfureuses.
  • Plusieurs médecins et curistes célèbres, tels le docteur Henriette Flach, insistaient sur l’alliance entre cure physique et recueillement, suscitant même la visite de l’évêque de Saint-Dié lors d’une inauguration en 1892.

Ces épisodes montrent que la dimension spirituelle dépasse l’église paroissiale : elle irrigue aussi la réputation d’hospitalité et de soin propre à la ville.

Figures méconnues : religieuses, guérisseuses et piétés populaires

Loin des grandes figures ecclésiastiques, la région de Bains-les-Bains conserva longtemps une tradition de piété populaire vivace. Elle s’illustra notamment à travers des personnalités féminines, souvent à la frontière entre pratique religieuse et savoir empirique, dont le souvenir subsiste dans la mémoire orale et les archives communales :

  • Les “faiseuses de secrets”, dont Marguerite H., active jusque dans les années 1930 à Trémonzey, soignait par la prière et la transmission de formules héritées. Ces femmes étaient fortement respectées pour leur capacité à “cautériser le mal” ou apaiser le zona, s’inscrivant dans une spiritualité concrète du soin.
  • Sœur Laurette Dutilleul (1911-1992), religieuse très présente à la maison de santé, dévouée à l’accompagnement des personnes âgées, incarna la charité au quotidien et servit de lien entre curistes, soignants et paroissiens.
  • À Harsault, la petite chapelle dédiée à Notre-Dame des Malades – édifiée en 1897 grâce à une collecte villageoise – reste un symbole tangible du désir d’ancrer la foi dans la protection, comme en témoignent les ex-voto encore déposés aujourd’hui (voir : inventaire patrimonial Vôge-les-Bains, 2015).

La spiritualité à Bains-les-Bains ne fut pas seulement institutionnelle : elle vécut aussi dans la discrétion, incarnée par des personnalités humbles et essentielles à l’équilibre social du territoire.

L’accompagnement du monde rural, des conflits aux jours de fête

Certains prêtres et religieux n’hésitèrent pas à s’impliquer dans le quotidien des habitants, notamment lors des grandes secousses politiques ou sociales :

  • Durant la Grande Guerre, l’abbé François Petitjean organisa des distributions de repas et supervisa la prise en charge de réfugiés.
  • Plusieurs comptes-rendus communaux attestent d’interventions du curé, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, pour organiser l’accueil de familles déplacées suite aux combats dans la plaine des Vosges.
  • L’instauration de fêtes paroissiales, telles les “mailles de saint Pierre” (cérémonies d’action de grâce pour les moissons), est due à l’action de ces personalités, soucieuses d’offrir des temps de cohésion bienveillante.

À noter aussi, la passion de certains pour la préservation du dialecte vosgien lors des homélies, révélant un profond respect des racines et de l’histoire locale (source : témoignages recueillis auprès de la famille Birckel, 2021).

Au carrefour de plusieurs héritages religieux

Bains-les-Bains partage avec toute la Vôge l’empreinte multiséculaire de courants religieux diversifiés, reflets des grands mouvements historiques : la Réforme protestante ayant touché des vallées limitrophes, la persistance de souvenirs huguenots à Bellefontaine, ou l’accueil ponctuel de pasteurs et de communautés minoritaires. Toutefois, le catholicisme resta la référence structurante de la grande majorité des habitants, comme en témoignait un taux de baptêmes proche de 99 % encore dans les années 1900, selon les registres paroissiaux conservés à la mairie (étude AD88, 2004).

L’influence des autres courants spirituels

  • Le passage régulier de “petites missions” protestantes dans les années 1880 est mentionné dans les rapports de la préfecture, sans qu’elles n’aient laissé de trace institutionnelle durable.
  • La tradition de messes pour les “absents de confession” durant les étés thermaux (cité dans le journal Le Vigoureux, 1925) souligne un certain œcuménisme encouragé par l’influence des curistes venus de toute la France.

Petite galerie de figures marquantes (XI siècle–XX siècle)

Nom/Fonction Période Héritage
Moine Jean de Colomban XI siècle Développement du prieuré, diffusion des premières règles monastiques
Abbé Pierre-Claude Meunier 1785-1810 Chroniqueur de la vie locale pendant la Révolution
Abbesse Marie-Florence Gossain 1820-1845 Installation des sœurs hospitalières dans la ville
Le Dr Henriette Flach (curiste) Fin XIX s. Médiation entre pratiques médicales et spiritualité thermale
Marguerite H. ("faiseuse de secrets") 1920-1935 Savoir empirique et respect de la tradition orale
Sœur Laurette Dutilleul 1950-1992 Soutien social et spirituel en milieu médical

Ce qui demeure : héritages visibles et invisibles

Le visage spirituel de Bains-les-Bains reste pluriel. Chapelles, statues, ex-voto, mais aussi traditions populaires ou engagement dans le monde associatif, continuent de transmettre l’empreinte de ces personnalités à travers les générations. Ce capital discret soude la communauté bien au-delà du cadre religieux, lui conférant une identité où se croisent hospitalité, écoute et fidélité à la terre vosgienne.

On pourrait le résumer, non comme une galerie de grands hommes et femmes, mais comme un humus d’engagements individuels, de ferveur ordinaire et de solidarité. Il reste sans doute, pour chaque visiteur curieux ou habitant, une invitation à s’en remettre à ces chemins intimes où spiritualité et quotidien se rejoignent avec simplicité.

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