Les ponts et ouvrages d’art de Bains-les-Bains : sentinelles discrètes d’un passé à explorer

07/11/2025

Un territoire façonné par les voies d’eau et de fer

Nichée entre les pentes boisées du Sud-Ouest vosgien, Bains-les-Bains doit beaucoup à sa situation au carrefour des axes de circulation de l’époque industrielle. Dès le XIXe siècle, la commune bénéficie du Canal de l’Est — aujourd’hui Canal des Vosges — et de la ligne de chemin de fer reliant Épinal à Lure (mise en service en 1864, source : SNCF Réseau, archives nationales).

Ces chantiers d’envergure engendrent la construction d’une diversité d’ouvrages :

  • Ponts pour le franchissement des rivières et du canal,
  • Viaducs pour la ligne ferrée,
  • Passerelles pour piétons,
  • Ouvrages hydrauliques divers (écluses, aqueducs secondaires, etc.).
Ils offrent aujourd’hui une lecture passionnante de l’évolution technique et paysagère du secteur.

Ponts routiers et piétonniers : pierres d’assise du quotidien

Le Pont de la Manufacture : le témoin industriel

Édifié dans le premier tiers du XIXe siècle pour permettre l’accès à la célèbre Manufacture Royale (fondée en 1733), ce pont en grès sur la rivière du Côney est emblématique du patrimoine industriel local (source : patrimoine.bainslesbains.fr).

  • Architecture : voûte unique en plein cintre, parapet massif.
  • Fonction : passage quotidien des ouvriers, puis charroi de matières premières et de marchandises.
  • Particularité : le pont était ponctuellement submergé lors des crues du Côney — un phénomène documenté dès 1858.

Le Pont du Canal des Vosges : lin de pierre et d’acier

La traversée du canal par la départementale D57, à l’entrée Sud de la commune, s’effectue via un pont construit dans la première moitié du XXe siècle, remplaçant une structure plus ancienne fragilisée par les convois flottants de bois. Il témoigne d’une adaptation technique constante face à l’évolution du trafic (documents Département des Vosges, Archives Départementales).

  • Caractéristiques : tablier en béton armé, garde-corps typiques de l’entre-deux-guerres.
  • Curiosité locale : jusqu’en 1937, la largeur du pont limitait le croisement des attelages, imposant un système de passage à la main.

La Passerelle du Parc Thermal : un trait d’union pour les curistes

Discrète et légère, la petite passerelle piétonne du Parc Thermal, jetée sur le ruisseau de la Manufacture, voit défiler promeneurs et curistes depuis la fin du XIXe siècle. Elle a remplacé un élégant pont de bois détruit par une crue en 1896 (source : bulletin de la Société d’Histoire Locale de Bains-les-Bains, 1924).

  • Matériau : structure en fonte moulée, tablier en bois exotique (restauré en 2007).
  • Fonction : reliant la buvette à la roseraie, elle facilite la circulation dans le parc.
  • Anecdote : jusqu’en 1951, des petits bancs étaient installés de part et d’autre, idéal pour observer les libellules en été.

Ouvrages ferroviaires : la mémoire des rails

Viaduc de la ligne Épinal-Lure : une courbe sur la vallée

Sur la section entre Bains-les-Bains et La Chapelle-aux-Bois, subsiste aujourd’hui un viaduc droit remarquable, construit en 1862-63 par l’entreprise Schwartz & Cie, alors réputée pour ses ouvrages en maçonnerie. Il comporte 7 arches de 12,50 m d’ouverture chacune et culmine à près de 18 m au-dessus du sol (source : SNCF Réseau, Inventaire des Ouvrages d’Art du Grand Est ; Bulletin du Cercle Ferroviaire Vosgien, 1981).

  • Usage actuel : fermé au trafic voyageur depuis 1986, désormais intégré à la Voie Verte de la Vôge. Passage privilégié des cyclistes et marcheurs.
  • Enjeux de conservation : stabilité des piles surveillée du fait de leur exposition au gel/dégel.
  • Inscription patrimoniale : non classé Monument Historique mais protégé au titre des infrastructures ferroviaires.

Ouvrages d’art annexes et petits ponts ferroviaires

De nombreux petits ponts métalliques ou en pierres sèches jalonnent encore l’ancienne plateforme ferroviaire, comme au lieu-dit La Hutte.

  • Caractère : arches de moins de 6 m d’ouverture, souvent en bon état malgré le temps.
  • Fonction ancienne : passages pour troupeaux, desserte forestière, franchissement de rus.
  • Conservation : la Voie Verte en facilite la préservation et la valorisation.

Les ouvrages du Canal des Vosges : patrimoine hydraulique et paysages singuliers

Les ponts-canaux : l’eau portée par la pierre

Le Canal des Vosges (ex-Canal de l’Est, branche Sud) fut percé entre 1874 et 1882 (services de navigation, archives hydrographiques de Nancy). Il comporte à Bains-les-Bains trois ponts-canaux spécifiques, permettant au canal de franchir les talwegs d’affluents du Côney.

  • Pont-canal des Varinaux : principal pont-canal du secteur, avec une longueur de 85 m. L’ouvrage associe maçonnerie de moellons et voûtes segmentaires.
  • Usage : a connu des travaux de confortation à plusieurs reprises au XXe siècle, notamment pour faire face au trafic intense du flottage de bois et des péniches de charbon.
  • Technique : bassins successifs et rigoles d’évacuation des eaux pluviales — détail rare sur un si petit développement.

Le pont-canal du Breuil et celui du Petit Moulin, de moindre portée, sont pensés pour supporter la pression de l’eau sans perte ni fuite — véritable prouesse pour l’époque.

Les écluses et déversoirs du secteur de Bains-les-Bains

Moins spectaculaires, mais tout aussi cruciaux, ces ouvrages gèrent le niveau du canal sur plus de 5 km à travers la commune.

  • Jusqu’à 7 écluses réparties sur le linéaire de Bains-les-Bains, dont l’écluse n°12, réputée pour son système d’aiguillage automatique introduit dès 1910 (à l’échelle de la section Sud du canal).
  • Les déversoirs à siphon assuraient la régulation en période de crues.
  • Depuis 2014, un programme de restauration initié par Voies Navigables de France (VNF) a modernisé plusieurs équipements tout en préservant leur aspect d’origine (source : rapport VNF 2016).

Ancrage paysager et mémoires en mouvement

Si l’on considère la densité d’ouvrages sur un territoire aussi restreint, Bains-les-Bains étonne par ce maillage qui est à la fois utilitaire et discret. Peu de localités rurales vosgiennes possèdent :

  • un viaduc ferroviaire d’une telle envergure,
  • plusieurs ponts-canaux,
  • des ponts routiers hérités d’un tissu industriel ancien,
  • et une passerelle urbaine intégrée à un parc thermal.

Beaucoup d’habitants se souviennent, par exemple, que jusqu’aux années 1960, le pont de la Manufacture faisait office de point de rendez-vous pour la sortie d’usine. Les récits oraux évoquent le fracas des sabots sur la chaussée, le passage furtif — parfois interdit — des amoureux par la passerelle du Parc Thermal ou les allées et venues des mariniers sur les berges du canal en crue.

Aujourd’hui, ces ouvrages tiennent leur place dans la vie locale, intégrés à des circuits de randonnée pédestre et de cyclotourisme, ou tout simplement observés par ceux qui savourent la tranquillité du paysage. Des actions de valorisation, portées notamment par la Mairie et l’Association « Les Amis du Canal de la Vôge », permettent de mieux faire connaître ce patrimoine oublié, qu’il soit bâti ou paysager (voir : programme « Sentiers du patrimoine », La Vôge-les-Bains Tourisme).

Des pistes d’exploration pour les curieux

  • Itinéraire conseillé : boucle pédestre « Entre eaux et ponts » (8,5 km) longeant le Côney, franchissant le viaduc et offrant de belles vues sur le canal.
  • Organisation de visites guidées en été, auprès de l’Office de Tourisme de La Vôge-les-Bains.
  • Bibliographie locale : « La Vôge : ouvrages d’art et paysages de transition », revue du Cercle Généalogique de la Vôge, n°34, 2019 ; dossier Canal des Vosges, VNF.
  • Signalétique patrimoniale en cours de mise en place sur plusieurs ponts et passerelles, permettant d’en apprendre davantage sur place.

Pour ouvrir l’œil : pourquoi s’arrêter devant ces témoins du quotidien ?

Traverser un pont ou longer un viaduc, c’est franchir bien plus qu’un simple obstacle ; c’est renouer avec les gestes et l’ingéniosité de générations passées. Les ouvrages d’art de Bains-les-Bains, loin d’être de simples vestiges, sont des jalons vivants d’une aventure humaine entre mécanique, paysage et mémoire, et offrent au promeneur attentif une porte sur des récits insoupçonnés, pour peu que l’on prenne le temps de lever les yeux ou de s’arrêter un instant.

Pour en savoir plus, poursuivre la balade ou approfondir l’histoire de ces ouvrages, n’hésitez pas à vous rapprocher des associations d’histoire locale ou à consulter l’Atlas du Patrimoine du département des Vosges et les publications de Voies Navigables de France.

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