Arpenter Bains-les-Bains à pied : une traversée vivante du centre historique

23/04/2026

L’esprit des lieux : pourquoi Bains-les-Bains se découvre à pied

Le centre-ville de Bains-les-Bains (désormais La Vôge-les-Bains depuis la fusion de communes en 2017) invite naturellement à la flânerie : ruelles ombragées, placettes où l’eau murmure, façades modestes mais chargées d’histoires. Construite autour de la présence d’eaux réputées depuis l’Antiquité, la ville dévoile ses richesses à ceux qui prennent le temps de la parcourir à un rythme doux. Une promenade à pied, c’est l’occasion de traverser plusieurs siècles, de l’époque gallo-romaine aux villas thermales du XIXe siècle, en passant par les traces ouvrières et forestières.

Le parcours conseillé : relier les points d’intérêt sans en perdre l’âme

Ce circuit piéton commence sur la grande place Alexandre, cœur vivant du bourg, puis s’accompagne de plusieurs haltes, avant de s’achever au parc thermal. Voici l’ordre proposé :

  • Place Alexandre et la Fontaine aux Lions
  • L’église Saint-Colomban
  • Les anciens Thermes - Grand Hôtel Thermal
  • Le Pavillon des Sources
  • Le parc thermal, serre et petit patrimoine
  • Le lavoir de la Cense
  • Retour vers la rue de la République et les façades typiques

Étape par étape : le centre-ville dévoilé

1. Place Alexandre et la Fontaine aux Lions

D’emblée, la place Alexandre s’impose comme un point de repère. Outre son marché hebdomadaire animé (samedi matin), elle abrite la Fontaine aux Lions, installée en 1899, témoignage de l’esthétique Belle Époque qui accompagna l’essor thermal. À l’ombre de platanes centenaires, nombre de visiteurs ignorent que la place accueillait fêtes et événements dès le XVIIIe siècle. À voir : la statue du Colonel Beau, enfant du pays et figure des guerres napoléoniennes (source : Wikipédia).

2. L’église Saint-Colomban

En contournant la place par la rue Jules Ferry, on rejoint en quelques mètres l’église Saint-Colomban, un édifice du XVIIIe siècle classé Monument Historique. Elle porte le nom du moine missionnaire venu d’Irlande, dont la présence autour de Luxeuil puis de Bains marqua la spiritualité locale. Parfaite illustration du classicisme vosgien, l’église abrite des vitraux remarquables réalisés par les ateliers Benoît en 1939 (source : Patrimoine religieux).

  • À noter : la chasse du saint, en bois doré, souvent ignorée des visiteurs, et un cadran solaire XVIIIe sur le mur sud.

3. Les anciens Thermes – Grand Hôtel Thermal

Rejoindre la rue Liégeard permet de découvrir les anciens thermes, cœur de l’histoire locale. L’activité thermale, attestée dès le IIe siècle, connut ses heures de gloire au XIXe siècle : le Grand Hôtel et les Thermes, imposants, témoignent d’une architecture oscillant entre néoclassicisme et régionalisme.

Le complexe, longtemps propriété du groupe Chaîne Thermale du Soleil, soigne les affections veineuses et rhumatismales et attira nombre de curistes jusqu’à la rénovation récente (source : Chaine thermale du soleil). En face : la serre à palmiers et l’ancien kiosque témoignent du goût pour l’exotisme, typique des stations thermales françaises à la Belle Époque.

4. Le Pavillon des Sources

En poursuivant vers la rue des Thermes, le Pavillon des Sources s’offre aux regards. Ce petit bâti pittoresque abrite la « source Salée », exploitée médicalement dès le XVIIIe siècle et qui fit la réputation de la ville dans toute la Lorraine. Le Pavillon, sobrement orné, évoque les expériences balnéaires du XIXe : pompages, bains douches, puis les fameux « gazons » (parcelles engazonnées réservées aux curistes) à l’arrière. Parfois, des expositions temporaires ou animations culturelles s’y tiennent, renouant avec sa fonction de lieu de vie plus que de simple point de collecte.

5. Le parc thermal, serre et petit patrimoine

Dans la continuité, le parc thermal présente l’autre visage du centre-ville : celui de la détente et du contact direct avec le végétal. Il s’étend sur près de 2 hectares, planté d’arbres exotiques (ginkgo, séquoias, cèdres) importés par les directeurs d’établissements thermaux friands de raretés botaniques. La serre, récemment restaurée, témoigne de l’intérêt local pour l’acclimatation des plantes d’ornement au XIXe siècle (source : Office de Tourisme La Vôge-les-Bains).

  • À voir aussi : le kiosque à musique, le petit pont de pierre, la rocaille, et plusieurs bancs mosaïqués typiques des années 1930.
  • Une petite placette commémore Paul Utzschneider, ingénieur céramiste né à Bains-les-Bains et célèbre pour ses faïences à Sarreguemines.

6. Le lavoir de la Cense

Au sud du parc, une ruelle conduit au lavoir de la Cense. Édifié au début du XIXe siècle, ce bâtiment à pans de bois alterne bacs à laver et colonnes en fonte restaurées. Jusqu’aux années 1950, il fut le rendez-vous quotidien des laveuses — parfois surnommées « les canards de Bains », à la verve réputée haute en couleur. Entre deux anecdotes glanées auprès de descendants, il n’est pas rare que resurga l’expression « la causeuse » : un banc central où circulaient, en même temps que l’eau, les nouvelles du bourg.

7. Rue de la République et façades typiques

La boucle se termine par la remontée vers la rue de la République. On y aperçoit une succession de maisons de maître, petits hôtels, logis mitoyens et devantures commerçantes à l’ancienne : volets colorés, enseignes peintes ou ferronneries évoquant la prospérité de l’époque thermale. Plusieurs bâtiments ont jadis abrité chocolaterie, coutellerie ou imprimerie, témoignant d’une vie locale foisonnante au tournant du siècle dernier.

Ligne du parcours Distance estimative (à pied) Temps moyen
Place Alexandre — Église 100 m 2 min
Église — Anciens Thermes 200 m 4 min
Anciens Thermes — Parc thermal 150 m 3 min
Parc — Lavoir de la Cense 250 m 5 min
Lavoir — Rue de la République (retour) 300 m 6 min

L’ensemble du circuit — en flânant et en s’arrêtant aux principaux éléments signalés — s’effectue en 1 h 30 environ. Libre à chacun de prolonger la découverte selon ses envies de pavés, de conversations sur les bancs ou de pauses à la terrasse d’un café.

Petites histoires au fil du parcours : instants et légendes

Bains-les-Bains a vu passer bon nombre d’écrivains et de figures locales restées attachées au bourg. Pour les amateurs d’anecdotes :

  • Paul Claudel y séjourna à l’été 1928, notant dans son journal : « Ici, l’eau chante partout comme un chapelet remué. »
  • L’empereur Napoléon III fit halte en 1856 lors d’un voyage en Lorraine, appréciant dit-on la fraîcheur de la source Salée après une longue étape.
  • Jeanne d’Hauteserre, originaire de la région et résistante, utilisa les sentiers forestiers du secteur pour convoyer documents et médicaments durant la Seconde Guerre mondiale (source : Mémoire des Hommes).

Au fil des ruelles, trop de détails pour être tous relevés : heurtoirs forgés, frontons sculptés, murets de schiste, traces de graffitis anciens. Chacun compose sa visite selon sa curiosité, et l’œil attentif est toujours récompensé.

Suggestions pour explorer autrement

  • Le matin, l’ambiance des halles (Place Alexandre) attire producteurs et flâneurs autour de la fontaine.
  • Le soir venu, ne pas hésiter à prolonger l’itinéraire vers la forêt voisine, où les chemins balisés du Club Vosgien rejoignent la promenade du Canal de l’Est.
  • En été, halte possible dans l’un des petits salons du parc thermal pour une pause à l’ombre, face à la serre aux palmiers.
  • Pour les enfants : énigme à retrouver telle sculpture ou à dénicher le plus vieux panneau de faïence émaillée.

Un petit patrimoine à portée de pas

La ville de Bains-les-Bains se livre à qui sait l’écouter : ses rues, ses maisons, ses jardins offrent un échantillon vivant du patrimoine vosgien, inscrit dans la mémoire des pierres et le rythme léger de la promenade. Le choix de parcourir le centre-ville à pied permet de saisir la continuité entre histoire, nature et vie quotidienne, rendant perceptible une certaine harmonie propre à la Vôge.

Pour approfondir, il est possible de se procurer, auprès de l’office de tourisme, des fiches circuits plus détaillées, ainsi que divers ouvrages sur l’histoire locale édités par la Société d’Histoire de la Vôge. Marcher, c’est aussi dialoguer avec le temps qui passe, une aventure discrète et toujours renouvelée.

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