Belle Époque : élégance, lumière et décoratif assumé
La Belle Époque, période faste comprise principalement entre 1890 et 1914, ne se limite pas à Paris ou aux stations balnéaires : elle touche aussi Bains-les-Bains. De nombreux propriétaires, investisseurs parisiens ou notables lorrains, font élever des demeures colorées, ornées de balcons en fer forgé, de bow-windows généreux et de façades animées par le jeu de briques polychromes.
- Façades en stuc et modénatures abondantes : lignes courbes, consoles sculptées, corniches en surplomb, souvent dans des couleurs claires s’opposant aux toitures sombres d’ardoise.
- Détail Art nouveau : certains encadrements de portes et de fenêtres s’inspirent discrètement du style “nouille”, avec des motifs végétaux incrustés dans la pierre ou le fer forgé.
- Balcons & charpentes apparentes : les avancées vitrées ou balcons filants sont parfois soutenus par des consoles travaillées, offrant des jeux d’ombre portés sur la façade, particulièrement sur la route de la Promenade ou l’Avenue des Tilleuls.
- Jardins soigneusement clôturés : de petites grilles évoquant l’intimité bourgeoise, surmontées d’écussons ou de monogrammes.
Certaines villas, telles que la Villa Thérèsa ou la Villa des Tilleuls — souvent signalées dans les guides (source : "Stations thermales de Lorraine, Éditions Serpenoise") — illustrent parfaitement ce style : gaies, aérées, pensées pour la lumière et la réception des visiteurs.
Art nouveau : la parenthèse créative
Si Bains-les-Bains n'est pas Nancy, capitale lorraine de l’Art nouveau, quelques villas témoignent d’une adaptation sobre mais lisible de ce courant artistique. Ce style, porté entre 1895 et 1910 par des architectes comme Majorelle ou Grüber dans la région, trouve son expression locale à travers :
- Verrières fleuries et vitraux colorés : certains bat-flancs ou lucarnes bénéficient de verrières personnelles ornées de motifs floraux stylisés.
- Ferronneries artisanales : les portails et rampes d’escalier s’habillent parfois de formes souples serpentines ou de motifs inspirés de l’iris et du chardon.
- Menuiseries courbes : les portes d’entrée adoptent une forme cintrée, avec imposte vitrée ou poignées en forme de volute.
La Villa du Parc, face à l’ancien établissement thermal, conserve encore aujourd’hui sa marquise d’entrée d’époque, un trésor d’Art nouveau vosgien, témoin d’une époque où la nature s’invitait jusque sur les seuils des maisons.
Néoclassicisme et néorégionalisme : tradition et adaptation
Au cœur du XIXe siècle, la commune voit s’élever, autour du parc thermal et des nouveaux axes urbains, des villas à l’allure bien plus sage, héritées du style néoclassique — parfois en écho direct à l’architecture des thermes. Les caractéristiques principales :
- Symétrie et sobriété : façades strictes, portes centrales, frontons triangulaires, colonnettes ou pilastres encadrant l’entrée principale.
- Utilisation de la pierre locale : le grès des Vosges est privilégié, donnant à certaines bâtisses massives une robustesse toute régionale tout en préservant une élégance tempérée.
- Décor limité : la modénature se restreint à l’encadrement des ouvertures ou à quelques bas-reliefs discrets, parfois ornés d’attributs médicaux ou mythologiques (Hygie, serpents d’Esculape, coupe sacrée).
D’autres villas, plus tardives, marient ces emprunts classiques à une inspiration régionaliste encouragée par le mouvement “Retour à la terre” des débuts du XXe siècle : demi-pignons à colombages, escaliers extérieurs couverts de tuiles creuses, avancées de toit profondes, parfois ornementées de céramique vosgienne.
La Villa Saint-Martin, édifiée à la sortie sud de la commune, illustre ce dialogue subtil entre références anciennes et adaptation à la modernité.
Le pittoresque vosgien : matériaux et motifs locaux
Enfin, certaines villas thermales s’attachent à décliner, de manière parfois illustrée, l’attachement aux traditions villageoises. Selon les carnets de Jean-Marie Didier, historien local (source : Bulletin des Amis de la Vôge, 2018), on retrouve :
- Colombages et pans de bois : fausses structures apparentes qui rappellent les fermes alentours, parfois simplement peints sur l’enduit.
- Tuiles canal ou ardoises à pureau réduit : employées en couverture, en rappel du patrimoine rural environnant.
- Encadrements chantournés et volets colorés : peintures bleu-gris ou vert tendre, reflets fidèles des palettes traditionnelles.
- Petits jardins clos de haies, parfois avec gloriette ou vérandas en fonte : l’exotisme des usages de cure s’harmonise avec l’intimité vosgienne, où l’on cultive roses, pivoines ou simples herbes médicinales.
Les maisons de la rue Jules Ferry, en particulier la Villa Mélusine et ses voisines, portent ce pittoresque adapté sans excès, témoignage d’une intégration paysagère réussie.