Balade parmi les styles des villas thermales de Bains-les-Bains : Patrimoine, mémoire et élégance discrète

08/01/2026

À Bains-les-Bains, les villas thermales offrent un panorama architectural unique, témoin de l'histoire des cures et du tourisme thermal. Plusieurs styles se distinguent par leur décor, leur implantation et leur époque de construction, rendant la balade urbaine propice à la découverte du patrimoine local.
  • La période Belle Époque façonne de nombreuses villas, affirmant le goût pour l’ornement et l’optimisme des débuts du XXe siècle.
  • L’art nouveau, bien que minoritaire, s’exprime à travers des détails floraux et des vitrages colorés sur certaines façades.
  • L’influence néoclassique, héritée du XIXe siècle, contribue à la sobriété de certaines bâtisses principales autour des thermes.
  • Les inspirations régionales et pittoresques, typiques des Vosges, s’intègrent au bâti à travers des matériaux locaux et la présence de colombages.
  • Chaque villa livre, à travers sa silhouette, un morceau de l’histoire sociale et touristique de la Vôge.

Un terrain d’expériences architecturales, reflet de l’histoire locale

Dès le XVIIIe siècle, Bains-les-Bains s’impose comme une des plus anciennes stations thermales des Vosges. Si le village et ses alentours sont connus pour leurs sources depuis l’Antiquité, ce n’est qu’avec le développement du chemin de fer et la démocratisation du séjour thermal qu’une nouvelle vague de constructions surgit. Entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe, on voit fleurir des villas destinées aux curistes aisés comme à une bourgeoisie locale. Chacune devient support d’expressions architecturales mêlant codes nationaux et racines régionales, selon le contexte économique, le savoir-faire des artisans et l’influence de maîtres d'œuvre inspirés par l’air du temps.

Même si la région n’a jamais connu l’afflux de la Côte d’Azur ou de Vichy, son bâti thermal témoigne d’une réelle diversité. Lors d’un recensement réalisé par l’Inventaire général du patrimoine (source : Inventaire du patrimoine de Lorraine), plus d’une trentaine de villas emblématiques ont été repérées dans la commune, révélant ainsi une palette de styles et d’ambitions portées sur près d’un siècle.

Les grandes familles de styles architecturaux

Belle Époque : élégance, lumière et décoratif assumé

La Belle Époque, période faste comprise principalement entre 1890 et 1914, ne se limite pas à Paris ou aux stations balnéaires : elle touche aussi Bains-les-Bains. De nombreux propriétaires, investisseurs parisiens ou notables lorrains, font élever des demeures colorées, ornées de balcons en fer forgé, de bow-windows généreux et de façades animées par le jeu de briques polychromes.

  • Façades en stuc et modénatures abondantes : lignes courbes, consoles sculptées, corniches en surplomb, souvent dans des couleurs claires s’opposant aux toitures sombres d’ardoise.
  • Détail Art nouveau : certains encadrements de portes et de fenêtres s’inspirent discrètement du style “nouille”, avec des motifs végétaux incrustés dans la pierre ou le fer forgé.
  • Balcons & charpentes apparentes : les avancées vitrées ou balcons filants sont parfois soutenus par des consoles travaillées, offrant des jeux d’ombre portés sur la façade, particulièrement sur la route de la Promenade ou l’Avenue des Tilleuls.
  • Jardins soigneusement clôturés : de petites grilles évoquant l’intimité bourgeoise, surmontées d’écussons ou de monogrammes.

Certaines villas, telles que la Villa Thérèsa ou la Villa des Tilleuls — souvent signalées dans les guides (source : "Stations thermales de Lorraine, Éditions Serpenoise") — illustrent parfaitement ce style : gaies, aérées, pensées pour la lumière et la réception des visiteurs.

Art nouveau : la parenthèse créative

Si Bains-les-Bains n'est pas Nancy, capitale lorraine de l’Art nouveau, quelques villas témoignent d’une adaptation sobre mais lisible de ce courant artistique. Ce style, porté entre 1895 et 1910 par des architectes comme Majorelle ou Grüber dans la région, trouve son expression locale à travers :

  • Verrières fleuries et vitraux colorés : certains bat-flancs ou lucarnes bénéficient de verrières personnelles ornées de motifs floraux stylisés.
  • Ferronneries artisanales : les portails et rampes d’escalier s’habillent parfois de formes souples serpentines ou de motifs inspirés de l’iris et du chardon.
  • Menuiseries courbes : les portes d’entrée adoptent une forme cintrée, avec imposte vitrée ou poignées en forme de volute.

La Villa du Parc, face à l’ancien établissement thermal, conserve encore aujourd’hui sa marquise d’entrée d’époque, un trésor d’Art nouveau vosgien, témoin d’une époque où la nature s’invitait jusque sur les seuils des maisons.

Néoclassicisme et néorégionalisme : tradition et adaptation

Au cœur du XIXe siècle, la commune voit s’élever, autour du parc thermal et des nouveaux axes urbains, des villas à l’allure bien plus sage, héritées du style néoclassique — parfois en écho direct à l’architecture des thermes. Les caractéristiques principales :

  • Symétrie et sobriété : façades strictes, portes centrales, frontons triangulaires, colonnettes ou pilastres encadrant l’entrée principale.
  • Utilisation de la pierre locale : le grès des Vosges est privilégié, donnant à certaines bâtisses massives une robustesse toute régionale tout en préservant une élégance tempérée.
  • Décor limité : la modénature se restreint à l’encadrement des ouvertures ou à quelques bas-reliefs discrets, parfois ornés d’attributs médicaux ou mythologiques (Hygie, serpents d’Esculape, coupe sacrée).

D’autres villas, plus tardives, marient ces emprunts classiques à une inspiration régionaliste encouragée par le mouvement “Retour à la terre” des débuts du XXe siècle : demi-pignons à colombages, escaliers extérieurs couverts de tuiles creuses, avancées de toit profondes, parfois ornementées de céramique vosgienne.

La Villa Saint-Martin, édifiée à la sortie sud de la commune, illustre ce dialogue subtil entre références anciennes et adaptation à la modernité.

Le pittoresque vosgien : matériaux et motifs locaux

Enfin, certaines villas thermales s’attachent à décliner, de manière parfois illustrée, l’attachement aux traditions villageoises. Selon les carnets de Jean-Marie Didier, historien local (source : Bulletin des Amis de la Vôge, 2018), on retrouve :

  • Colombages et pans de bois : fausses structures apparentes qui rappellent les fermes alentours, parfois simplement peints sur l’enduit.
  • Tuiles canal ou ardoises à pureau réduit : employées en couverture, en rappel du patrimoine rural environnant.
  • Encadrements chantournés et volets colorés : peintures bleu-gris ou vert tendre, reflets fidèles des palettes traditionnelles.
  • Petits jardins clos de haies, parfois avec gloriette ou vérandas en fonte : l’exotisme des usages de cure s’harmonise avec l’intimité vosgienne, où l’on cultive roses, pivoines ou simples herbes médicinales.

Les maisons de la rue Jules Ferry, en particulier la Villa Mélusine et ses voisines, portent ce pittoresque adapté sans excès, témoignage d’une intégration paysagère réussie.

Tableau récapitulatif : styles dominants, repères et époques

Pour y voir plus clair, voici un tableau synthétique des principaux styles architecturaux présents dans les villas thermales de Bains-les-Bains, leurs caractéristiques et leur période de prédilection :

Style architectural Période Caractéristiques majeures Exemples locaux
Belle Époque 1890-1914 Façades ornées, balcons ouvragés, couleurs claires, bow-windows, jardins clos Villa Thérèsa, Villa des Tilleuls
Art nouveau 1895-1910 Vitraux, ferronnerie, motifs végétaux, menuiseries cintrées Villa du Parc
Néoclassique 1850-1900 Symétrie, pierre, fronton, sobriété, colonnes Villas proches du parc thermal, Villa Saint-Martin
Régionalisme vosgien 1900-1930 Colombages, toitures pentues, volets peints, jardins de simples Villas rue Jules Ferry

Ce que racontent les villas : anecdotes, usages et transformations

Au fil de leur histoire, de nombreuses villas de Bains-les-Bains sont passées par différents usages : pensions de famille, cabinets médicaux, locations saisonnières, ou, plus récemment, résidences principales pour de nouvelles générations. Certaines portent encore, au fronton, l’enseigne de la pension d’origine, d’autres arborent un nom évocateur gravé ou peint, vestige de la vogue des “noms de villa” visant à séduire les curistes (source : Archives municipales de Bains-les-Bains).

À partir des années 1930, la crise économique puis les conflits mondiaux ralentissent les constructions neuves et favorisent l’entretien, parfois la transformation, des bâtisses existantes : la scission en appartements, la fermeture de vérandas, l’ajout d'extensions au goût du jour. Certaines villas, restaurées avec soin, ont su préserver leurs boiseries d’origine, leurs sols mosaïqués ou leurs rampes en fer forgé ; d’autres, délaissées ou converties, laissent deviner sous l’enduit moderne la silhouette ancienne du bâti originel.

L’intérêt croissant pour le patrimoine thermal incite aujourd’hui les habitants et la commune à mieux inventorier, protéger et valoriser ces témoins précieux. Plusieurs circuits “découverte des villas” existent, parfois mis en place lors des Journées du patrimoine ou grâce à l’action du Pôle d’équilibre territorial et rural (PETR) de la Vôge.

Regarder autrement les villas thermales

Les villas thermales de Bains-les-Bains, discrètes ou exubérantes, consistent en un livre ouvert sur l’histoire des styles et des usages, reflet de bien des aspirations : guérir, rayonner, s’enraciner ici le temps d’une saison ou d’une vie. Arpenter ces rues, c’est lire, à travers linteaux et balustres, la façon dont la société a composé avec le goût du confort, la mode de la santé et le désir d’habiter un paysage sans jamais y imposer un urbanisme trop strict.

Au-delà de la beauté plastique, ces formes architecturales sont tout autant marqueurs d’une identité collective que souvenirs de passages, d’accueils, de soins partagés. Les villas thermales, par leur diversité, rappellent combien le bâti peut, sans arrogance, accompagner une ambition silencieuse : celle de donner corps à l’esprit d’un lieu.

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