Escapade patrimoniale : À la rencontre des plus belles villas thermales de Bains-les-Bains

15/01/2026

La renommée de Bains-les-Bains s'est longtemps bâtie sur le prestige de ses eaux, mais aussi sur un patrimoine architectural unique : les villas thermales. Entre 1850 et 1930, une poignée de demeures élégantes – parfois discrètes, d’autres fièrement exposées – ont marqué l’âge d’or de la cité thermale vosgienne et révèlent aujourd'hui toute la diversité et l’audace de l’architecture balnéaire de la Belle Époque et des Années Folles. Ces villas, qui mêlent styles néo-classiques, Art nouveau ou régionalisme, témoignent autant du goût de leurs commanditaires que de la vie culturelle et mondaine de la station. On y croise l’empreinte de médecins visionnaires, d’industriels en villégiature, ou de simples familles venant goûter à l’air pur. Héritage vivant et parfois méconnu, ces sept villas forment une invitation à redécouvrir l’intimité d’une petite ville qui a su se réinventer, entre passé thermal et renouveau local.

Un patrimoine discret, mais essentiel à la mémoire de la station

Au cœur de la Vôge, Bains-les-Bains ne se contente pas d’offrir la douceur de ses forêts ou la qualité de ses eaux. L’ancienne station, refuge d’artistes, de curistes et de mondains dès la fin du XIXe siècle, cache derrière sa modestie une constellation de villas thermales au charme singulier. Ces habitations témoignent d’un art de vivre, d’une société mouvante, d’inspirations venues d'ailleurs, et ont traversé les époques, parfois dans l’ombre de la grande histoire. Leur beauté, parfois érodée par le temps, n’a rien de tapageur mais séduit par sa sincérité et sa capacité à raconter mille petits récits d’hier et d’aujourd’hui.

1. Villa Sainte-Marie : L’écrin de la Belle Époque

Dominant doucement la rue de la Promenade derrière un rideau de marronniers, la villa Sainte-Marie s’affirme comme l’un des joyaux du patrimoine balnéaire local. Construite vers 1905 pour le docteur Louis Keller, alors médecin-chef des thermes, la demeure arbore une façade éclectique typique de la Belle Époque : bow-window, balcons ouvragés en fonte, frises de céramique, tourelle d’angle. Un détail rarement évoqué : lors de la saison 1913, elle hébergea brièvement l’écrivain Jules Romains, venu soigner une bronchite chronique. Signalée comme « modeste et hospitalière » dans l’Annuaire de la Station de Bains-les-Bains (1921), la villa est ensuite restée dans la même famille durant près d’un siècle – un fait rare, qui explique l’excellent état de conservation des éléments intérieurs (parquets, vitraux, boiseries).

  • Style et époque : Belle Époque, mélange d’influences alsaciennes et balnéaires
  • Particularité : Jardins en terrasse sur l’Avière, serres toujours présentes
  • Anecdote : Abri des réfugiés alsaciens lors de l’exode de 1940
  • À voir : L’élégant perron d’entrée et la porte vitrée aux motifs floraux

Sources : Société d’Histoire de la Vôge, archives notariales, Annuaire de la Station de Bains-les-Bains 1921.

2. Villa des Lilas : L’élégance Art nouveau sur l’avenue

Située avenue du Docteur Mathieu, face au parc thermal, la Villa des Lilas surprend par la vivacité de ses couleurs et le raffinement de son vocabulaire décoratif. Construite par l’architecte Charles Colin, natif de Plombières et figure du régionalisme vosgien, elle sert dès 1908 de pension de famille pour curistes. Les arabesques en fer forgé, la mosaïque du vestibule d’entrée, la loggia panoramique et les motifs floraux sculptés dans la pierre sont emblématiques de l’Art nouveau rural vosgien.

  • Style : Art nouveau mêlé à l’éclectisme local. Murs pastel, détails naturalistes en façade.
  • Occupants illustres : Le couple Dupraz, pionniers de l’hydrothérapie, a accueilli plusieurs figures locales et quelques artistes de passage.
  • Anecdote : Le jardin arrière, longtemps réputé pour la culture de pivoines rares issues du jardin de Nancy.
  • État actuel : Propriété privée parfois ouverte lors des Journées du Patrimoine.

Sources : Archives municipales, artnouveau.eu, société horticole de Nancy.

3. La Maison Rose : Villa du contraste et des mondanités

À deux pas de l’ancien casino, la Maison Rose attire d’abord par la douceur de sa teinte, puis par le contraste d’un soubassement massif en grès des Vosges. Construite vers 1886, elle a été commandée par Paul André, grand industriel troyen et philanthrope, pour servir de résidence secondaire durant la saison thermale. On raconte – témoignage d’époque à l’appui – que la villa fut le théâtre de nombreuses soirées musicales et de salons littéraires, accueillant intellectuels allemands, notables nancéiens, et familles de la grande bourgeoisie.

  • Style : Mélange éclectique : lignes classiques, ferronnerie Art Déco ajoutée dans les années 1920.
  • Le saviez-vous ? La cave voûtée, toujours d’origine, aurait abrité une collection de vins rares jusqu’aux années 1950.
  • Anciennes fonctions : Résidence de villégiature, puis pension littéraire.

Sources : Le Pays d’Épinal, archives de la famille André.

4. Villa Lorraine : Flamboyant régionalisme et hospitalité vosgienne

Située chemin des Eaux-Bonnes, la villa Lorraine a longtemps symbolisé les liens profonds entre la Vôge et sa grande voisine lorraine. Construite en 1922 dans un esprit régionaliste prononcé, elle présente un toit à forte pente, une avancée de bois sculpté et un crépi ornemental rose pâle. Son commanditaire, Mathias Munier, marchand de houblon originaire de Nancy, souhaitait “concilier les arts décoratifs et le goût de la maison campagnarde”. Durant l’entre-deux-guerres, la villa devint l’un des lieux d’accueil favoris des familles d’officiers de passage.

  • Style : Regionalisme lorrain et art de la toiture en ardoise locale.
  • Particularité : Coursive latérale en balcon et vue plongeante sur le parc communal.
  • Événement marquant : Accueille plusieurs réunions clandestines de résistants lors de l’Occupation, selon certains témoignages locaux.

Sources : Mémoires de la Vôge, témoignages recueillis par la Société d’Histoire locale.

5. Le Chalet Suisse : Une évocation lointaine des Alpes au cœur des Vosges

Bâtie en 1897 pour un fabricant bâlois de tissus venu bénéficier des bains, cette villa – connue localement sous le nom de Chalet Suisse – détonne par sa charpente saillante, les boiseries sculptées de ses galeries et ses finitions d’un pittoresque helvétique assumé. Elle incarne la fascination des stations vosgiennes pour le modèle “chalet alpin”, synonyme de santé, d’air pur et de mondanités discrètes. Le Chalet Suisse offrit refuge aux enfants envoyés au vert pendant la première guerre mondiale, événement gravé dans les mémoires.

  • Style : Inspiré des chalets alpins, pans de bois peints et galerie couverte sur deux côtés.
  • Occupation : Résidence familiale, puis colonie de vacances, aujourd’hui restaurée comme maison d’hôtes.
  • Anecdote : La légende locale prête au propriétaire suisse l’invention du premier service de petit-déjeuner sur terrasse à Bains-les-Bains.

Sources : Fonds photographique régional, témoignages recueillis par l’Office de Tourisme.

6. Villa Les Glycines : Une pension de famille empreinte de souvenirs

Au 26 rue de la Gare, la Villa Les Glycines a été l’une des rares pensions balnéaires ouvertes toute l’année jusqu’aux années 1960. Sa façade, moins spectaculaire que certaines voisines, égayée par un rideau végétal de glycines mauves, séduit par la chaleur du décor intérieur : faïences peintes, tapisseries fleuries, salle à manger aux boiseries vernies. Propriété des sœurs Morizet, figures locales engagées dans la vie associative, elle fut longtemps un refuge pour soignants et curistes venus d’Alger, de Saint-Quentin ou de Paris.

  • Style : Modeste maison bourgeoise réhaussée d’adjonctions balnéaires (grands bow-windows sur jardin).
  • Caractéristique : L’immense glycine centenaire dissimule partiellement la façade – thème de nombreuses cartes postales anciennes.
  • Souvenir marquant : Ancien carnet de registre exposé lors des Journées du Patrimoine, témoignant du cosmopolitisme de la station après 1945.

Sources : Archives familiales Morizet, Cartes postales anciennes collection privée.

7. La Villa des Thermes : Une pages d’histoire en mutation

À la lisière du parc du mini-golf, la Villa des Thermes illustre mieux qu’aucune autre le passage de la station balnéaire à la station de santé moderne. Conçue vers 1935 par l’architecte Paul Ganier, elle doit sa notoriété à l’accueil de curistes de toute l’Europe et de nombreux médecins en séjour d’études. Sa façade dépouillée, typique de l’Art Déco tardif, abrite d’amples volumes intérieurs adaptés aux normes sanitaires nouvelles de l’époque.

  • Style : Art Déco, lignes géométriques, arcade monumentale d’entrée.
  • Évolution : Tour à tour pension, centre de soins, puis résidence hôtelière dans les années 1970.
  • À noter : Les vitraux représentant des scènes de la vie thermale, encore visibles à l’étage noble.

Sources : “Bains-les-Bains, ville d’eaux”, Presses Universitaires de Lorraine, 2007.

Regards croisés : pourquoi préserver ce patrimoine ?

Au fil des décennies, ces villas ont marqué la vie locale aussi sûrement que l’activité des thermes eux-mêmes. Elles disent l’ouverture de la Vôge sur le monde, l’accueil réservé aux élites et aux anonymes, l’audace créative d’architectes peu connus et la permanence de l’esprit d’hospitalité. À l’heure où les stations thermales cherchent à se renouveler, cette diversité architecturale – qu’elle soit ostensible ou cachée derrière une glycine – mérite attention et respect. Malgré le passage du temps, chacune de ces maisons possède une identité forte, souvenir d’une époque révolue et promesse d’un avenir possible pour le patrimoine bâti de la petite cité vosgienne.

Chacune de ces villas rappelle qu’à Bains-les-Bains, la tradition thermale ne se limite pas à l’eau : elle se prolonge dans des murs pleins de soin, d’ambition, parfois d’ingéniosité, et toujours d’humanité. Un patrimoine à vivre, à découvrir, à raconter.

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