Balade sensible autour des villas thermales les mieux conservées de Bains-les-Bains

17/01/2026

Du cœur du XIXe siècle à la Belle Époque, Bains-les-Bains a vu s’élever un ensemble remarquable de villas thermales, témoins de l’essor de la station balnéaire vosgienne. Ces demeures de villégiature, souvent cachées par la verdure et parfois méconnues, offrent aujourd’hui aux visiteurs une plongée authentique dans l’histoire architecturale régionale et dans l’art de vivre d’une époque où les curistes venaient chercher soins, détente et mondanités. Leurs façades préservées, parfois classées, illustrent la diversité de styles et le raffinement d’un patrimoine aujourd'hui chéri. Entre conservation privée, valorisation publique et anecdotes d’anciens propriétaires, la découverte de ces villas s’impose comme une étape essentielle d’un séjour à Bains-les-Bains pour quiconque s’intéresse au patrimoine local et à la mémoire des lieux.

Un âge d’or : la naissance des villas thermales à Bains-les-Bains

L’essor des villas thermales à Bains-les-Bains s’ancre dans une période bien précise : la seconde moitié du XIXe siècle, lorsque la “vague thermale” propulsa la petite ville vosgienne parmi les destinations courues de la bourgeoisie et des classes aisées venues de toute la France. Comme le précise l’historien Jean-Marie Haffner dans Thermalisme et société dans les Vosges (Éditions Place Stanislas, 1992), l’ouverture vers une société du loisir et du soin conduisit à la multiplication de maisons de campagne élégantes, adaptées à une clientèle en quête de confort, de tranquillité et d’un certain art de vivre.

  • En 1857, on dénombre déjà une cinquantaine de “maisons de curistes” autour des thermes, administrées pour certaines par des familles locales ou issues de la nouvelle bourgeoisie urbaine.
  • À la Belle Époque, leur nombre double et la morphologie urbaine de Bains-les-Bains s’en trouve changée : nouvelles artères, parcs agrandis, façades cossues.
  • Le plan cadastral de 1885 (Archives départementales des Vosges) présente clairement les “quartiers de villas” qui ceinturent alors le cœur de ville : avenue du Docteur Mathieu, rue des Tilleuls, rue des Villas, impasse du Parc…

Toutes ne sont pas égales : certaines sont de simples maisons transformées, d’autres des commandes prestigieuses à des architectes vosgiens ou parisiens. Voici les mieux conservées, encore visibles ou parfois même accessibles aujourd’hui lors de promenades publiques ou de visites organisées.

Où admirer les plus belles villas thermales conservées ?

Le secteur de l’avenue du Docteur Mathieu : le cœur de la villégiature

  • Villa Marie-Louise (au n°24) – Mentionnée dès 1891 sur les plans, cette villa imposante se distingue par ses boiseries peintes et son bow-window d’angle. Elle fut la résidence d’été de la famille Lepitre, industriels lorrains, et reste à ce jour la mieux conservée de l’avenue. Sa toiture d’ardoises à pans coupés, sa véranda protégée d’une dentelle de fer forgé et son jardin “à la française” en font une icône locale. Elle est actuellement habitée mais parfois visible lors des Journées du Patrimoine (source : Brochure patrimoine de La Vôge-les-Bains, 2022).
  • Villa Saint-Paul (n°12) – Avec sa façade d’inspiration italienne (enduits ocres, bandeaux blancs, persiennes), elle rappelle le style des villas de Vittel ou de Contrexéville. Propriété privée aujourd’hui, elle fut longtemps louée à des artistes parisiens venus composer “au vert”. On raconte que le poète Paul Fort y séjourna en 1932 (Souvenirs d’A. Vernier, professeur, manuscrit local).
  • Villa Adrienne (n°34) – Une demeure néo-classique, sobre et élégante, dont l’escalier extérieur et les balcons en ferronnerie témoignent de la mode des “résidences baignées de lumière”. Restaurée dans les années 1990 par un passionné originaire de Bains-les-Bains, la villa accueille parfois des expositions et conférences (programme culturel local).

Rue des Tilleuls et ses héritages Art nouveau

  • Villa Les Cyclamens (n°7) – Probablement la plus pittoresque avec ses faïences émaillées dans les tons bleus, sa marquise en verre cathédrale et sa porte en bois massif. Construite en 1907, elle a gardé ses vitraux d’origine et son jardin en bosquets, abritant plus de trente espèces végétales recensées par l’association botanique locale. La villa ne se visite pas mais sa façade, impeccablement restaurée, donne tout son sens à la balade dans la rue la plus arborée de la ville.
  • Les Jolivets (n°15) – Demeure de style composite, datée de 1898, caractérisée par ses modénatures éclectiques et sa grille d’entrée signée du ferronnier lorrain Isidore Ducreux. Les archives municipales signalent qu’elle a accueilli des curistes célèbres venus de Paris, dont l’actrice Sarah Bernhardt, qui mentionna la villa dans un courrier daté d’août 1910 (Fonds Bernhardt, BnF).

Autres villas remarquables à ne pas manquer

  • Impasse du Parc : on y trouve la villa des Quatre-Saisons (n°2), qui fut réquisitionnée pendant la Grande Guerre pour loger des officiers (dossier de la SHAV, Société d’Histoire et d’Archéologie des Vosges), aujourd’hui parfaitement entretenue par ses actuels propriétaires. Le jardin à l’anglaise conserve encore une rare fontaine “marguerite” en fonte émaillée, caractéristique des parcs thermaux du tournant du siècle.
  • Rue des Villas : la villa Blanche (n°4) – aux lignes Art déco sobres, construite en brique claire et inscrite à l’Inventaire des Monuments historiques depuis 2015 (Ministère de la Culture, Base Mérimée), qui offre un exemple quasi intact de l’évolution architecturale des années 1920-1930 à Bains-les-Bains.
  • Secteur de la gare : plusieurs “châteaux petits-bourgeois” comme la villa Saint-Hubert (façade à colombages, tourelle belvédère) traduisent la volonté d’exotisme des nouveaux venus du XXe siècle. Celle-ci abrite aujourd’hui une maison d'hôtes réputée pour intégrer, dans ses chambres, l’ancien mobilier d’époque (site de l’Office de Tourisme, 2023).

Promenades, anecdotes et ouverture sur le patrimoine en mutation

Un patrimoine vivant, entre mémoire et usages contemporains

Si l’on compte plus d’une trentaine de villas répertoriées dans leur état d’origine ou restaurées avec respect dans le périmètre immédiat des anciens thermes (selon l’Inventaire général du patrimoine culturel, Région Grand-Est, 2021), leur destin a suivi des voies diverses. Plusieurs sont désormais divisées en appartements, transformées en chambres d’hôtes ou en lieux culturels éphémères. L’état de conservation reste dans l’ensemble satisfaisant, le secteur ayant en partie échappé aux destructions massives du XXe siècle et bénéficié d’un relatif isolement qui a limité la spéculation immobilière (rapport URCAUE Lorraine, 2018).

Le mieux, pour approcher ces demeures, reste de parcourir à pied les quartiers indiqués : la beauté du détail, la patine du temps sur une poignée de porte, l’alignement des cèdres centenaires ou la surprise d’un jardin en fleurs rendent chaque visite unique, au-delà des canons architecturaux.

Quelques anecdotes qui façonnent leur mémoire

  • Au fil des années, des histoires circulent, comme celle de la Villa Marie-Louise ayant accueilli en 1909 un banquet en l’honneur d’un guérisseur russe, devant une assemblée autant curieuse que dubitative (archives La Liberté de l’Est).
  • La villa Blanche fut, durant toute l’Occupation, un point de ralliement pour certains réseaux de résistance locale, ce que rappellent encore des inscriptions fugaces sur ses vitres gravées (témoignage recueilli auprès de Mme G., 92 ans).
  • On dit que le jardin “enclos” de la villa Les Cyclamens servait, pendant la prohibition des années 1930, de lieu secret pour des soirées musicales privées alors que les établissements publics de la ville fermaient, “par précaution”, à la nuit tombée.

Des initiatives pour transmettre cet héritage

Des promenades guidées sont régulièrement proposées par l’Association du Patrimoine Bains-les-Bains (source), souvent à l’occasion des Journées européennes du Patrimoine ou de rendez-vous thématiques (Art nouveau, jardins remarquables…). Les fiches descriptives disponibles à l’Office du Tourisme ainsi que des publications en ligne permettent d’approfondir la découverte des villas et de leurs anciennes familles. Plusieurs projets de mise en valeur, incluant signalétique ou restauration de jardins, viennent rappeler que si beaucoup de ces demeures ne sont pas accessibles au public, leur présence structure encore l’esprit du lieu, à la fois discret et résolument attachant.

Perspectives : pour une redécouverte continue du patrimoine thermal

Arpenter les rues de Bains-les-Bains à la recherche des villas thermales, c’est renouer avec la part contemplative du voyage, nourrie de curiosité pour l’histoire locale. Chaque façade, chaque auvent, raconte un pan de la saga thermale, de la confidence mondaine à l’innovation architecturale. Derrière l’apparente fixité de ces demeures, la mémoire collective continue de vibrer. À qui sait regarder, écouter quelques souvenirs transmis entre voisins ou rapportés par les descendants de curistes, l’expérience se fait plus intime. Et demain, entre initiatives associatives et maintien des lieux dans leur vocation d’hospitalité, ces villas pourraient bien retrouver, sous une forme renouvelée, leur mission séculaire : celle d’accueillir des visiteurs, de transmettre un art de vivre et d’incarner une certaine idée de la beauté partagée.

Sources principales consultées : Brochure “Patrimoine de la Vôge”, Association du Patrimoine Bains-les-Bains, Archives départementales des Vosges, Base Mérimée (Ministère de la Culture), Rapport URCAUE Lorraine, Témoignages locaux.

En savoir plus à ce sujet :

Articles