Reconnaître une villa thermale à Bains-les-Bains : repères et subtilités d’un patrimoine remarquable

31/12/2025

Le patrimoine thermal de Bains-les-Bains dessine une silhouette urbaine singulière grâce aux villas thermales, témoins vivants d’une époque où la ville séduisait curistes et villégiateurs. Pour comprendre ce qu’est une villa thermale et la reconnaître au fil des rues, quelques points sont essentiels :
  • Définition : La villa thermale est une demeure, souvent édifiée à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe, destinée à accueillir l’aristocratie, la bourgeoisie ou les familles liées aux thermes.
  • Caractéristiques architecturales : Façades ornées, toitures complexes, jardins paysagers, influences néo-classiques ou Belle Époque, larges fenêtres et balcons, hall d’accueil élégant.
  • Implantation : Ces villas se situent généralement à proximité des établissements thermaux, parfois regroupées dans des quartiers avec vue ou à l’abri de l’agitation.
  • Usages historiques : Elles servaient de logement à long séjour pour curistes, d’hôtels particuliers, ou de pension de famille.
  • Reconnaissance au fil de la balade : Plusieurs détails – plaques, noms évocateurs, détails architecturaux – trahissent leur histoire et invitent à une lecture nouvelle de la ville.
Maîtriser l’art de reconnaître ces villas, c’est ouvrir une porte sur l’histoire intime de Bains-les-Bains et apprécier son patrimoine discret, mais essentiel.

Qu'est-ce qu'une villa thermale ? Origine et définition

La villa thermale est un type de demeure née de l’essor du thermalisme en France entre le Second Empire et l’entre-deux-guerres. À Bains-les-Bains, le thermalisme se développe dès le XVIIIe siècle, mais c’est surtout dans la seconde moitié du XIXe que la ville connaît une véritable expansion. Les propriétés particulières de ses eaux (reconnues pour leurs vertus depuis Henri IV et Louis XV, voir Archives départementales des Vosges), le développement du chemin de fer, puis les séjours prolongés des curistes, amènent l’aristocratie, la grande bourgeoisie et une clientèle aisée à investir dans des résidences secondaires ou saisonnières.

Contrairement aux hôtels ou pensions, la villa thermale est d’abord pensée comme un espace privé, familial ou intime, même si certaines furent transformées en pensions ou maisons d’hôtes avec le temps. Elle se distingue par ses volumes généreux, son architecture soignée, souvent une situation privilégiée (vue, calme, proximité des thermes), et un souci évident du détail.

Selon l’historienne Anne-Marie Chadelat (“Thermalisme et architecture en Lorraine”, 2001), ces villas « témoignent d’un effort d’intégration à l’environnement naturel, mais aussi d’ostentation sociale », reflet d’une société pour laquelle la cure devenait aussi moment mondain et de représentation.

Une géographie urbaine spécifique : où trouve-t-on les villas thermales à Bains-les-Bains ?

Bains-les-Bains s’étire autour de la forêt et de la rivière, encadrant les anciens thermes. Les villas thermales y dessinent une géographie précise. Le cœur historique autour des Thermes (rue du Général Leclerc, avenue du Docteur Mathieu, rue de la Nièvre) concentre la plupart des grandes demeures : ici, la proximité immédiate des établissements de soins était recherchée.

D’autres quartiers, comme celui du Parc Thermal ou de la Promenade des Dames, collectionnent encore une enfilade de maisons cossues, à l’abri de la circulation et profitant de la fraîcheur des arbres. On retrouve enfin quelques villas d’exception disséminées sur les hauteurs (notamment route de la Craye ou dans le secteur du “Belvédère”), privilégiant la vue et la tranquillité.

Certaines rues, comme l’avenue du Docteur Mathieu, offrent d’ailleurs un véritable éventail architectural où chaque villa semble dialoguer, par l’éclectisme de ses motifs, avec la suivante.

Caractéristiques architecturales des villas thermales : un jeu d’indices

Identifier une villa thermale revient à pratiquer une sorte de « lecture » de la rue, attentive à quelques signes distinctifs. C’est aussi mesurer comment la mode, les attentes des curistes et l’inventivité locale se sont conjuguées pour façonner ces demeures.

Façade et volumes : au service du confort et du prestige

  • Des façades souvent ornées : corniches travaillées, lucarnes, bow-windows, parfois balcons filants ou vérandas, témoins de l’influence Belle Époque et Art Nouveau.
  • Une élévation d’au moins deux niveaux, parfois trois : rez-de-chaussée surélevé, pièces de réception en enfilade, et à l’étage chambres ouvrant sur balcons ou terrasses.
  • Toitures variées : tuiles plates ou ardoise, toiture à pans brisés ou à mansarde, parfois agrémentée d’un clocheton ou d’un lanternon pour l’effet “château”.

Décorations et détails singuliers

  • Frontons et encadrements en pierre de taille ou en brique vernissée, souvent datés ou ornés de monogrammes, initiales du premier propriétaire, voire symboles (caducée, griffons…)
  • Détail remarquable de Bains-les-Bains : nombre de villas arborent en façade une plaque émaillée portant un nom évocateur (par exemple : “Villa des Roses”, “Villa Soleil”, “Villa Mont-Joli”)
  • Parfois une glycine, un cèdre ou un palmier planté à l’époque, encore majestueux aujourd’hui et participant au décor d’ensemble.

Intérieur : reflet d’un art de vivre

Si l’on a la possibilité de visiter l’intérieur, on reconnaît la villa thermale à :

  • Un hall d’entrée spacieux, séparé parfois d’un petit salon d’attente pour les visiteurs (curistes invités, médecins, etc.)
  • Des sols à motifs (carreaux ciments, mosaïques), murs moulurés, vitraux colorés filtrant la lumière
  • Souvent une bibliothèque ou une pièce de musique, selon le goût du siècle.
Mais c’est la façade, visible de la rue, qui constitue le repère le plus parlant pour le promeneur.

Petite histoire des habitants : de la villégiature à la diversité des usages

Les villas thermales sont associées à une génération de propriétaires bien identifiés : médecins des thermes, industriels lorrains, notaires parisiens, artistes en quête de calme. Certaines villas ont hébergé, au tournant du XXe siècle, des écrivains ou des peintres en résidence (source : Amis du Patrimoine de La Vôge), d’autres ont servi de lieux de réception mondaine. Après la Première Guerre mondiale, la démocratisation du thermalisme et l’arrivée de nouveaux profils de curistes ont fait évoluer ces résidences : certaines sont devenues maisons de famille à l’année, d’autres transformées en petits hôtels ou pensions de curistes.

Depuis la fin du XXe siècle, une partie de ce patrimoine a connu un lent déclin avec la baisse de fréquentation des cures thermales : de nombreuses villas ont été morcelées en appartements ou délaissées. Mais un mouvement de réhabilitation, porté par des particuliers et associations (comme l’association du Parc Thermal), commence à revaloriser l’intérêt historique et architectural de ces demeures.

Comment reconnaître une villa thermale lors d’une promenade ?

Pour qui se promène à Bains-les-Bains avec un œil attentif, la reconnaissance d’une villa thermale tient à la fois de la chasse au trésor et du regard amoureux porté sur le bâti. Quelques conseils concrets :

  1. Localisation : Privilégier les abords des thermes, le début de la rue du Général Leclerc, l’avenue du Docteur Mathieu, la promenade du Parc Thermal ou encore la montée vers le Belvédère.
  2. Observation des noms : Surveillez les plaques émaillées ou les inscriptions peintes – “Villa Hortensia”, “Villa des Lilas”, “Villa Florida” : l’imaginaire floral ou géographique est caractéristique des années 1880-1930.
  3. Lecture architecturale : Cherchez les détails rares (lucarnes jumelées, balcons en fer forgé, mosaïques de seuil, perrons monumentaux) – notamment ceux qui n’apparaissent pas sur les maisons rurales ou bourgeoises plus anciennes.
  4. Jardin et clôtures : Les villas thermales sont souvent isolées derrière une grille ouvragée, un portail orné ou, plus simplement, un muret décoratif. Le jardin est pensé comme un écrin : allées rectilignes, massifs de rhododendrons ou de pivoines.
  5. Regard sur le voisinage : Plusieurs villas alignées sur une même rue révèlent la logique de quartier thermal : chacune s’affiche, mais toutes forment une unité par le style, l’implantation en retrait, l’attention aux espaces verts.

Au-delà de la stricte reconnaissance, prenez le temps d’imaginer : le passage d’un fiacre, le va-et-vient des ombrelles sur les perrons, l’animation de la “saison” et le calme retrouvé l’hiver venu. C’est aussi cela, la force évocatrice des villas thermales.

Villas emblématiques et anecdotes locales

Certaines villas sont devenues parties prenantes de l’histoire locale :

  • La Villa Marguerite : exemple à la fois des influences Art Nouveau et de la vogue des bains de lumière (baies vitrées côté jardin). Elle a accueilli, selon les journaux locaux de 1926, le compositeur André Gailhard en cure d’inspiration.
  • La Villa Bellevue : réputée pour la vue imprenable sur la vallée de la Nièvre et son grand perron en fer forgé. Sa terrasse a servi, le temps d’une saison 1902, à abriter des concerts privés pour les curistes (source : Vivre à Bains, n°14, 2014).
  • La Villa Emile : successivement maison de famille, pension de curistes, puis maison d’hôtes ouverte à l’année, preuve de l’adaptabilité de ce bâti.
À travers elles résonnent les échos d’un patrimoine toujours vivant, fruit de transformations successives, entre héritage et réinvention.

Perspectives d’avenir et valeur patrimoniale

Bains-les-Bains, à l’image d’autres stations thermales du Grand Est (Contrexéville, Plombières-les-Bains…), redécouvre progressivement la valeur de ses villas thermales. La récente inscription de huit villes d’eaux européennes, dont Vichy et Spa, au patrimoine mondial de l’UNESCO (en 2021), souligne l’intérêt de préserver ce type d’architecture témoin d’un art de vivre. À Bains-les-Bains, si aucune villa n’est classée au titre des monuments historiques, plusieurs font l’objet de démarches de valorisation, parfois à l’occasion de journées du patrimoine ou de visites guidées estivales (voir Office de tourisme de La Vôge-les-Bains).

À mesure que la ville évolue et que les pratiques du thermalisme se transforment, les villas thermales gardent leur rôle de passerelles entre passé et présent. Pour celui ou celle qui veut observer et comprendre le cœur discret de Bains-les-Bains, elles restent des jalons précieux, fidèles sentinelles d’un patrimoine attachant.

En savoir plus à ce sujet :

Articles