Quels enjeux de sauvegarde pour Bains-les-Bains et sa région ?
Des villages comme Bains-les-Bains posent une question qui dépasse celle de l’esthétique ou de l’anecdote : de quoi se prive-t-on quand on laisse des villas thermales disparaître ?
Maintenir une identité commune dans un monde qui change
Les villas sont une matrice de mémoire collective. Elles témoignent d’une période où le bourg s’ouvrait à l’Europe, à la modernité des soins et à la sociabilité urbaine venue de Paris ou de Bâle. Les familles qui y vivaient ont parfois laissé des archives, des registres d’hôtes, des œuvres d’art, éparpillées de suite en suite. Perdre les villas, c’est aussi effacer le souvenir des rafraîchissements sur la terrasse, des musiciens amateurs qui y trouvaient hébergement, et des emplois qui dépendaient de leur activité – domestiques, jardiniers, guides, blanchisseurs locaux.
L’enjeu de l’attractivité et du renouveau local
Les exemples d’autres stations comme Vittel ou Évian montrent combien le maintien d’un tissu de villas historiques peut attirer des visiteurs exigeants, en quête d’histoires, de logements de charme, ou de lieux événementiels. À Bains-les-Bains, la disparition progressive de ces demeures signifierait un appauvrissement de la trame bâtie et nuirait in fine à l’image de la station.
Transmission des savoir-faire et des techniques
Chacune de ces villas concentre des métiers d’art, encore repérables : ferronnerie, vitrail, menuiserie d’art, aménagement de jardins à l’anglaise ou à l’italienne, savoir-faire locaux dans la charpente ou le travail de la tuile vernissée. Leur préservation est aussi l’occasion de relancer des filières aujourd’hui menacées, qui participaient autrefois à l’économie locale.
Questions de justice territoriale et d’accès aux soutiens publics
Le morcellement de la propriété, l’absence d’inscription au titre des Monuments historiques ou le faible engagement des acteurs touristiques bloque l’accès aux aides de l’État ou des fondations spécialisées (Fondation du Patrimoine, Sites et Cités Remarquables de France). Sur ces dossiers, la comparaison avec d’autres bourgs thermaux montre combien la mobilisation collective (expropriations d’utilité publique, appels à projets nationaux, implication des familles héritières) peut débloquer des situations que l’initiative privée seule ne règle plus.