Le souffle discret des villas thermales à Bains-les-Bains

27/12/2025

Dans la petite ville de Bains-les-Bains, les villas thermales témoignent d’un âge d’or où la station attirait curistes et voyageurs venus de toute l’Europe.
  • Ces demeures, édifiées entre la seconde moitié du XIXe siècle et les Années folles, se distinguent par leur architecture éclectique et leur élégance discrète.
  • Leur histoire est intimement liée à celle du thermalisme local et de la bourgeoisie venue goûter aux bienfaits des eaux curatives.
  • Ce guide explore l’origine de leur apparition, les styles architecturaux, les familles et personnalités liées à leur essor, ainsi que des anecdotes marquantes.
  • Chaque villa possède un cachet unique, entre traditions régionales et influences venues d’ailleurs.
  • Nombre d’entre elles sont aujourd’hui privées, mais elles continuent d’ancrer la mémoire du tourisme thermal dans le paysage local.
  • Ce panorama permet de mieux comprendre le patrimoine architectural méconnu de Bains-les-Bains et la singularité de son histoire thermale.

La naissance d’un art de vivre thermal à Bains-les-Bains

Le thermalisme à Bains-les-Bains remonte à l’Antiquité, mais son apogée se situe à la fin du XIXe siècle, alors que la mode des eaux sulfureuses gagne du terrain dans toute la France. Bains-les-Bains, déjà reconnu pour la variété et la qualité de ses sources (jusqu’à onze captées et exploitées selon la Base Mérimée), attire une clientèle aisée. Le séjour thermal prend alors des allures de saison mondaine, dictée par une certaine idée du bien-être et de l’ostentation discrète.

  • Les cures se prolongent sur plusieurs semaines, et la clientèle, venue de Paris, d’Alsace, du Bassin minier ou même de l’étranger, aspire à plus de confort qu’une simple chambre d’hôtel.
  • Le développement du train (la gare ouvre en 1860) puis du tramway favorise la construction, à proximité des thermes, de résidences secondaires fastueuses ou plus modestes.

C'est à partir de 1870 et jusqu'aux années 1930 que le cœur de Bains-les-Bains bat au rythme des curistes ; et, avec eux, celui des architectes qui rivalisent d’ingéniosité pour façonner de nouvelles demeures, chacune empreinte d’histoire, de rêves et de souvenirs qui persistent au fil des générations.

L’architecture des villas thermales : un langage entre tradition et éclectisme

Architecturalement, les villas thermales de Bains-les-Bains incarnent d’abord un éclectisme joyeux. Si l’ensemble ne constitue pas un "quartier thermal" à la manière de villes comme Vittel ou Aix-les-Bains, plusieurs noyaux apparaissent le long de l’avenue des Thermes, du parc de la Manufacture et autour de la pension Sainte-Marie. Ces maisons partagent quelques traits communs :

  • Façades sobres mais élégantes : pierres claires, enduits pastel, décors de brique et de bois.
  • Toitures complexes : tourelles, lucarnes, ornements crénelés à la manière des chalets suisses ou normands.
  • Vastes vérandas, balcons et galeries, conçus pour profiter d’un air vivifiant et surveiller, à loisir, l’animation du parc thermal.
  • Jardins clos, où poussaient autrefois séquoias, rhododendrons et topiaires dans un souci certain de collection botanique privée.

On retrouve des influences de l’Art nouveau, du néoclassicisme, mais aussi des touches régionalistes, par exemple dans l’usage du grès rose local (source : Base Mérimée, service de l’Inventaire général du patrimoine culturel).

Portraits de villas emblématiques

Chaque villa raconte une histoire, souvent discrète, à la mesure de Bains-les-Bains. En voici quelques-unes parmi les plus remarquables :

  • La Villa des Lilas (1898) : Sur l’avenue des Thermes, la Villa des Lilas combine grands vitrages, lambrequins en bois délicatement découpés et un jardin en terrasses qui descend vers la rivière. Elle fut la résidence d’été d'un industriel alsacien, et connue par la suite pour avoir abrité quelques personnalités de la scène littéraire locale (information croisée dans “Bains-les-Bains, Mémoire d’une Station Thermale”, Éditions Gérard Louis, 1999).
  • La Villa Saint-Jacques (vers 1910) : Située à deux pas de l’ancien établissement thermal, elle se distingue par sa façade ornée de motifs floraux en céramique et ses vitraux colorés, exemple typique du goût Art nouveau. À la veille de la Première Guerre mondiale, elle logeait le médecin-chef des thermes, qui y recevait ses patients dans un salon-bibliothèque resté célèbre.
  • Le Chalet des Fontaines : Moins imposant mais tout aussi caractéristique, ce petit chalet a la particularité d’être la toute première villa-clinique de la station, accueillant les pensionnaires “au long cours” venus soigner le diabète ou les rhumatismes par les eaux de Bains-les-Bains (source : Archives municipales, fonds D. Leroux).
  • La Villa Provençale : Avec son crépi ocre et ses volets bleus, elle rompt avec le style local et rappelle la mode de l’exotisme qui séduisait les notables au tournant du XXe siècle. Au fil des saisons, elle fut louée à des familles entières, qui y organisaient de fastueuses réceptions, dont la chronique locale s’est fait l’écho jusqu’aux années 1960.

Un microcosme cosmopolite : curistes, médecins, écrivains et familles bourgeoises

Le charme feutré de ces villas a souvent attiré une élite à la recherche de discrétion plutôt que de mondanités tapageuses, à l’inverse de grandes stations voisines. Parmi les visiteurs notoires :

  • Sophie de Saxe : la duchesse d’Alençon, sœur de Sissi, fréquenta la ville et y fit séjour dans la “Villa Bellevue” (source : Les Bains, l’Eau, la Ville, Revue Patrimoine Vivant 2015).
  • Famille Brice : médecins réputés locaux (nommés dans “Bains-les-Bains, Mémoire d’une Station Thermale”).
  • Pensionnaires anglais dans la mouvance Art déco, profitant de retraites prolongées pendant l’entre-deux-guerres.

C’est cette diversité de visages qui, jadis, conférait à Bains-les-Bains son atmosphère internationale tout en conservant la discrétion d’une petite ville forestière. Les échanges sociaux, les rencontres - parfois inattendues - entre patients, artistes, et notables donnent à chaque villa une aura particulière.

Villas et société : entre héritage thermal et vie quotidienne

Au-delà des façades, c’est tout un art de vivre qui se révèle. Les propriétaires rivalisaient pour offrir à leur famille ou leurs invités un cadre de vie aussi sain qu’agréable : jardins d’hiver, salles de musique, orchestres privés certains soirs d’été… Plusieurs villas étaient organisées autour d’un “cercle de curistes” réunis pour jouer à la belote, lire les journaux parisiens, ou commenter les progrès des travaux sur la Manufacture royale.

Le personnel de maison — femmes de chambre, cuisinières, chauffeurs — composait un mini-univers, dynamique et solidaire, qui vit encore aujourd’hui dans les mémoires familiales. Certaines anecdotes retracées dans “Récits d’Habitants — Mémoire de la Vôge” (collectage oral, 2020) évoquent des courses-poursuites enfantines dans les corridors ou des amourettes nées au détour d’une véranda.

Le devenir des villas thermales aujourd’hui

Nombre des villas subsistent, souvent comme propriétés privées, chambres d’hôtes ou résidences secondaires restaurées avec passion. Quelques-unes, malheureusement, ont souffert de l’abandon ou de remaniements moins heureux dans la deuxième moitié du XXe siècle, avec la désaffection générale du thermalisme et des pratiques de villégiature à l’ancienne.

  • La Villa Saint-Jacques sert désormais de maison d’hôtes (info : site de La Vôge-les-Bains).
  • La Villa des Lilas s’est vue restaurée et revalorisée, son jardin quasi botanique retrouvé avec soin.
  • Certaines demeures, devenues anonymes ou divisées en appartements, laissent deviner sous le crépi d’aujourd’hui les ardeurs décoratives du passé.

La nouvelle municipalité encourage la préservation de ce petit patrimoine, par des incitations à la rénovation ou lors de balades patrimoniales commentées (voir le calendrier sur le site de l’Office de tourisme). De fait, les villas thermales, si elles ne se visitent pas toutes, constituent un trésor à découvrir à pas lents, le regard en alerte, le cœur ouvert au murmure des lieux.

Aperçu cartographique : parcours conseillé pour découvrir les villas emblématiques

Pour les promeneurs, un circuit pédestre permet de relier les principales villas thermales en une boucle d’environ trois kilomètres. Utiliser le plan patrimonial édité par la commune de la Vôge-les-Bains (téléchargeable en mairie ou sur le site municipal) est vivement conseillé.

Nom de la Villa Style architectural Adresse/Quartier Particularité
Villa des Lilas Art nouveau, régionaliste Avenue des Thermes Jardin botanique, décor verrier
Villa Saint-Jacques Art nouveau Près de l’établissement thermal Vitraux, céramiques, initialement résidence du médecin-chef
Chalet des Fontaines Chalet alpin Rue du Parc Première villa-clinique, pensionnaires longue durée
Villa Provençale Exotique méditerranéen Rue du Château Volets colorés, ancienne maison de fête

Pour un regard renouvelé sur le patrimoine thermal de Bains-les-Bains

Les villas thermales de Bains-les-Bains sont à la fois témoins silencieux d’une certaine douceur de vivre et clefs de lecture d’un pan méconnu de l’histoire locale. Leur variété, leur élégance discrète et les fragments d’histoires qu’elles recèlent invitent à une exploration attentive. Ce patrimoine thermal, qui renaît parfois au gré d’une rénovation ou d’une anecdote remise en lumière, mérite de figurer en bonne place dans l’imaginaire collectif de la Vôge.

Que l’on soit promeneur curieux, habitant attaché à ses racines ou simple amateur d’architecture, découvrir ces villas, c’est toucher l’âme de Bains-les-Bains, celle d’une station qui – par-delà le tumulte et les modes – continue d’offrir ses secrets à qui sait les écouter.

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