Patrimoine vivant : réinventer les villas thermales pour l’essor touristique de Bains-les-Bains

06/02/2026

Les villas thermales de Bains-les-Bains, construite entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, témoignent d’un âge d’or thermal vosgien. Leur architecture, souvent remarquable, s’inscrit dans le paysage urbain et forestier du secteur. Ce patrimoine, parfois méconnu ou sous-exploité, soulève aujourd’hui des questions sur son avenir et son intégration dans le développement touristique local. Entre restauration, nouveaux usages, médiation culturelle et lien avec les activités thermales actuelles, plusieurs pistes émergent pour faire revivre ces demeures et renforcer leur rôle au sein de l’offre touristique régionale.

Généalogie d’un patrimoine : comprendre l’histoire des villas thermales

La singularité des villas thermales de Bains-les-Bains repose avant tout sur leur diversité architecturale. Entre 1880 et 1930, la station attire une clientèle aisée en quête de santé, mais aussi de sociabilité et de villégiature tranquille. On voit alors surgir, à l’ouest du parc thermal ou dans les rues doucement sinueuses menant aux forêts, d’élégantes bâtisses aux toitures travaillées, balcons ouvragés, marquises et jardins ombragés.

  • Styles architecturaux variés : éclectisme Belle Époque, Art nouveau discret, influences néo-régionales, parfois mêlés à des éléments plus classiques. (Source : Inventaire du Patrimoine – Lorraine).
  • Commanditaires identifiés : médecins reconnus, industriels, familles lyonnaises ou parisiennes, parfois propriétaires de sociétés minières liées à l’exploitation du sel et de l’eau thermale.
  • Fonctions originelles : maison de maître louée à la saison, résidence de curiste, parfois minihôtel ou pension bourgeoise, sans oublier certains usages de « cures de repos ».

Si l’exemple de la villa « Les Glycines », affectueusement surnommée par les anciens, demeure emblématique par ses vitraux teintés et sa marquise de fer forgé, d’autres maisons comme la villa du Docteur Raguin (source : Archives municipales) ou la villa Stanislas, témoignent de l’influence des modes venues de Nancy ou de Vittel.

Ce patrimoine est intrinsèquement lié à l’histoire du thermalisme lorrain, au développement du tourisme d’eau douce, lui-même favorisé par l’arrivée du chemin de fer dès 1864.

Etat actuel et enjeux de valorisation

Aujourd’hui, les villas sont pour la plupart en mains privées. Certaines ont conservé leur lustre, fréquemment restaurées par des particuliers sensibles à leur histoire. D’autres, hélas, peinent à éviter le déclin, faute de moyens, d’usage ou de visibilité. Quelques-unes ont connu une reconversion partielle en chambres d’hôtes, logements ou cabinets médicaux.

Trois grands enjeux émergent :

  • La préservation architecturale : sauvegarder les caractéristiques originales, les ferronneries, moulures, menuiseries d’époque, implication des ABF (Architectes des Bâtiments de France).
  • L’identification et la médiatisation : recenser, cartographier et raconter l’histoire de chaque villa, pour le public local aussi bien que touristique.
  • L’intégration dans l’offre touristique moderne : dépasser la simple contemplation extérieure, pour inventer de nouveaux usages respectueux et fédérateurs.

Dans les villages voisins tels que Plombières-les-Bains, des initiatives comparables ont démontré que le storytelling et la pédagogie architecturale étaient porteurs auprès de visiteurs curieux, mais aussi des groupes scolaires ou passionnés d’histoire locale.

Quelles pistes concrètes pour valoriser les villas thermales ?

L’avenir des villas ne tient pas tant dans la patrimonialisation figée que dans l’invention de nouveaux usages, ouverts et respectueux. Plusieurs pistes réalistes se dessinent, en s’appuyant sur quelques exemples régionaux ou nationaux (voir notamment les travaux de l’Association des Villes d’Eaux du Massif Central).

1. La médiation culturelle et touristique : une histoire à raconter

  • Signalétique patrimoniale : installer des plaques ou panneaux devant les villas les plus remarquables, avec un bref historique, une anecdote et éventuellement des photos d’archives.
  • Circuit piéton balisé : création d’itinéraires de découverte pour les curistes, familles ou scolaires, ponctués d’arrêts audioguidés ou de QR-codes donnant accès à des contenus numériques.
  • Journées portes ouvertes ou visites thématiques : en lien avec les Journées du Patrimoine, permettre l’accès exceptionnel à certains intérieurs, sous réserve d’accord des propriétaires.

L’exemple de Royat-Chamalières (Puy-de-Dôme) montre qu’un « parcours villas » bien scénarisé peut attirer chaque année plusieurs centaines de visiteurs sensibles à l’histoire de la villégiature thermale (source : Observatoire du Tourisme Auvergne).

2. Favoriser les nouveaux usages tout en respectant l’âme des lieux

  • Transformation en hébergements de charme : incitations à la création de chambres d’hôtes ou gîtes patrimoniaux, avec label « Maisons d’hôtes de caractère » ou inclusion dans le réseau Gîtes de France.
  • Accueil d’ateliers artistiques ou culturels : organiser, durant la saison, des résidences d’artistes, ateliers d’écriture, expositions, petits concerts acoustiques ou lectures.
  • Mise à disposition temporaire pour des événements : locations ponctuelles à l’occasion de séminaires, stages bien-être, balades thématiques, offrant aux participants une expérience immersive.

En Ardèche, à Vals-les-Bains, ce sont des ateliers et expositions dans les villas qui ont permis de revitaliser le quartier thermal et de drainer une clientèle nouvelle, dans le respect du bâti (source : France Bleu Drôme Ardèche).

3. Patrimoine et développement durable : restaurer avec sens

  • Sensibiliser à la rénovation écologique : accompagner les propriétaires dans la restauration en privilégiant matériaux et techniques compatibles avec les exigences patrimoniales et environnementales ; conseils d’un architecte du Parc naturel régional des Ballons des Vosges par exemple.
  • Valoriser les jardins et parcs de villas : ouvrir, à certaines périodes, les jardins à la visite (fête des plantes, ateliers de découverte de la botanique thermale avec la participation de passionnés locaux).

Ce lien entre patrimoine bâti et espaces verts permet d’intégrer la valorisation des villas au tourisme « slow » et nature, en pleine cohérence avec l’offre de bien-être locale.

La mobilisation locale, indispensable pour réussir cette dynamique

La réussite de la mise en lumière du patrimoine thermal tient à la capacité du territoire à fédérer ses acteurs. Quelques leviers souvent mis en avant :

  • Création d’une association des amis des villas thermales : réunir propriétaires, habitants, historiens et visiteurs, pour documenter ensemble l’histoire des maisons, partager des expériences de restauration, organiser des événements communs. Plusieurs villages thermaux de l’Est ont montré que cette démarche peut attirer des mécènes amateurs d’architecture.
  • Partenariats avec les acteurs thermaux et touristiques : intégration des circuits de villas dans les propositions des offices de tourisme, packages « cure et patrimoine », liens avec les événements du parc thermal.

Le tout doit rester à taille humaine, veillant à ne jamais sacrifier l’identité paisible du lieu, ni contraindre les habitants à une ouverture forcée. L’équilibre repose sur l’écoute, sur la souplesse, et sur la reconnaissance des efforts de chacun.

Quelques chiffres et anecdotes : mesurer l’impact potentiel

  • À Vittel, l’ouverture de cinq villas pour les Journées du Patrimoine a attiré 1250 visiteurs sur deux jours en 2023 (Vosges Matin).
  • Sur les circuits de Plombières-les-Bains, le patrimoine bâti représente 45 % des centres d’intérêt déclarés par les touristes dans les enquêtes de satisfaction (Comité Régional du Tourisme Grand Est).
  • À Luxeuil-les-Bains, les « balades contées » autour des villas connaissent un taux de remplissage proche de 95 % en saison haute (source : Office de Tourisme Luxeuil-Vosges-du-Sud).
  • À Bains-les-Bains, la villa Raguin, ouverte lors des Journées du Patrimoine 2022, a reçu plus de 250 curieux malgré un faible effort de communication (données Association Récits d’Histoire Vôgeoise).

Vers une renaissance discrète mais vivante

Le potentiel touristique des villas thermales de Bains-les-Bains ne tient pas seulement à leur beauté architecturale, mais à leur capacité à susciter la curiosité, à relier passé et présent, à offrir un supplément d’âme à une offre touristique souvent trop standardisée. Les initiatives restent à inventer et doivent s’ancrer dans la réalité du territoire, dans le respect du rythme local et de la mémoire des habitants, pour que l’histoire des villas continue de nourrir celle de la cité.

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