Quand les villas thermales de Bains-les-Bains se réinventent : nouveaux usages, nouvelles vies

19/01/2026

À Bains-les-Bains, l’histoire thermale a façonné l’architecture urbaine, laissant de nombreuses villas de la Belle Époque aujourd’hui réinventées. Ces demeures autrefois réservées aux curistes et à la haute société ont été transformées en résidences principales, hébergements touristiques ou bâtiments publics.
  • La Villa La Sapinière, héritage de 1896, convertie en résidence privé de standing tout en préservant ses décors anciens.
  • Le logement de la Villa Fleuri, devenu gîte, accueille voyageurs et familles.
  • L’ancienne Villa des Glycines, aujourd’hui siège d’associations locales.
  • Des villas plus discrètes, telles que La Charmeuse ou La Bohème, ont trouvé un nouveau souffle en administration ou en logement collectif.
Cette dynamique de reconversion conjugue sauvegarde du patrimoine, adaptation contemporaine et nouvelle vie pour des bâtiments emblématiques au cœur de la Vôge.

Émergence et transformation des villas thermales à Bains-les-Bains

L’histoire des villas thermales de Bains-les-Bains s’inscrit dans l’explosion du thermalisme à la fin du XIXe siècle. L’afflux de curistes aisés, venus de toute la France et même d’Europe du Nord, stimule la construction de résidences cossues, parfois signées d’architectes parisiens. La concurrence est vive entre propriétaires, chacun rivalisant de boiseries, de céramiques et de balcons pour séduire la clientèle. C’est alors que fleurissent une cinquantaine de villas entre 1870 et 1910, principalement concentrées autour de l’établissement thermal et des parcs (Sources : Archives municipales et travaux du Comité Histoire & Patrimoine).

Le déclin progressif du thermalisme médicalisé, couplé à l’évolution des modes de villégiature, conduit à une désaffection progressive de ces résidences. Cependant, leur solidité, leur élégance parfois surannée et la qualité de leurs matériaux encouragent des reconversions inventives, portées souvent par l’attachement des familles locales ou par des projets associatifs et municipaux.

Panorama des villas reconverties en hébergement

La Villa La Sapinière, un modèle de réhabilitation résidentielle

Construite en 1896 pour l’industriel alsacien Frédéric W., la Villa La Sapinière mêle granit local et colombages stylisés. Après avoir hébergé durant des décennies des officiers curistes, elle a fait l’objet, dans les années 2000, d’une restauration scrupuleuse pour devenir une résidence privée de standing. Les moulures d’origine, les vitraux Art nouveau, la grille d’entrée à motifs végétaux signée Eugène Vallin (célèbre ferronnier nancéien) ont été préservés. La villa est aujourd’hui divisée en trois appartements, prisés par des familles ou des retraités amoureux de la région.

  • Année de construction : 1896
  • Type initial : Villa de curistes
  • Réhabilitation : Résidence privée, appartements
  • Particularité : Conservation des éléments décoratifs d’origine, jardin classé

Villa Les Glycines, de la Belle Époque à l’accueil associatif

Située en retrait de la chaussée de Nancy, la Villa Les Glycines est typique du style néo-régional. Mourant lentement, comme tant d’autres après la Seconde Guerre mondiale, elle faillit tomber à l’abandon avant d’être acquise dans les années 1980 par la commune. On y accueille aujourd’hui le siège de plusieurs associations culturelles et ateliers municipaux (source : Bulletin municipal 2018).

  • Année de construction : Vers 1905
  • Type initial : Résidence pour curistes fortunés
  • Réhabilitation : Association culturelle et ateliers
  • Particularité : Maintien du parc à l’anglaise, ouvert lors d’événements locaux

Gîte et chambres d’hôte : la renaissance de la Villa Fleurie

Face à la petite gare de Bains-les-Bains, la Villa Fleurie en impose toujours par sa façade rose et ses ferronneries légèrement passées. Après des années de fermeture, elle fut l’une des premières maisons rachetées dans le cadre de politiques de revitalisation rurale menées à partir des années 1990 (source : CA de la Communauté de Communes de La Vôge). De ses dix chambres autrefois dédiées aux bains, cinq sont aujourd’hui proposées en chambres d’hôtes, les autres étant en location saisonnière. La Villa Fleurie symbolise ainsi cette réinvention locale, pérenne et discrète.

  • Année de construction : 1902
  • Type initial : Pension de famille pour curistes
  • Réhabilitation : Chambres d’hôte et gîte
  • Particularité : Restauration partielle du mobilier Belle Époque

Des villas devenues administrations ou logements collectifs

Quelques-unes des demeures emblématiques, plus vastes ou stratégiquement situées, n’ont pas été transformées en habitations privées mais ont connu un tout autre destin.

Villa La Charmeuse, un centre social actif

L’imposante Villa La Charmeuse, construite vers 1910 en sortie de ville, est intégrée au domaine public dans les années 1980 pour y installer le centre communal d’action sociale (CCAS) – une manière de préserver un patrimoine bâti tout en offrant un service à la population locale. Une partie des espaces accueille également un foyer pour jeunes adultes. L’intégration architecturale de l’aile contemporaine, destinée à l’accueil, respecte l’esthétique élégante d’origine.

  • Année de construction : 1910
  • Type initial : Villa thermale bourgeoise
  • Réhabilitation : Administration publique / Centre social
  • Particularité : Parc à l’entretien mutualisé, animations toute l’année

La Bohème, symbole de la transformation post-thermale

À l’angle de la rue des Thermes, la villa surnommée "La Bohème" illustre à sa façon la mue imposée par la fin du grand thermalisme. Longtemps louée à des vacanciers, elle a été rénovée à la fin du XXe siècle pour offrir dix logements locatifs sociaux, une première à Bains-les-Bains dans un bâti de ce type (source : archives de Vosgelis).

  • Année de construction : 1920
  • Type initial : Pension pour curistes indépendants
  • Réhabilitation : Logements sociaux
  • Particularité : Conservation des volumes intérieurs, accès PMR

Les défis et les atouts de la réutilisation des villas thermales

Conserver ces villas n’est jamais gagné d’avance : coût de restauration, adaptation aux normes modernes, gestion des espaces extérieurs… Pourtant, ces obstacles sont contrebalancés par de précieux atouts :

  • Un bâti de qualité, à l’épreuve du temps, généralement bien orienté et doté de jardins généreux.
  • Un ancrage profond dans le paysage urbain et l’histoire locale, source de fierté partagée.
  • La possibilité d’accueillir des projets variés (logements, associations, tourisme), utiles au dynamisme du territoire.
Les aides publiques (DRAC, Fondation du Patrimoine), parfois les fonds privés ou européens, et la mobilisation d’associations du patrimoine ont permis, à Bains-les-Bains, ce passage fragile au XXIe siècle (source : rapport DRAC Lorraine 2019).

Tableau récapitulatif des principales villas thermales réutilisées

Pour mieux saisir l’ampleur de cette réutilisation, voici un tableau synthétique des villas les plus emblématiques ayant changé de fonction ces trente dernières années (non exhaustif) :

Nom de la Villa Année Type initial Nouvel usage Particularité
La Sapinière 1896 Résidence curistes Résidence appartements Vitraux, jardin classé
Les Glycines 1905 Villa bourgeoise Siège associatif Parc public
Villa Fleurie 1902 Pension de famille Chambres d’hôte Mobilier Belle Époque
La Charmeuse 1910 Villa thermale CCAS, foyer jeunes Parc mutualisé
La Bohème 1920 Pension curistes Logements sociaux Grandes pièces, accessibilité

Ouvrir les villas sur l’avenir : un patrimoine vivant

Aujourd’hui, la silhouette fleurie d’une ancienne villa thermale abritant des familles, une association ou des hôtes de passage évoque la capacité de Bains-les-Bains à se régénérer sans renier ses racines. Derrière chaque portail se cache une histoire de transmission, d’adaptation et parfois de sauvetage collectif. La diversité des destinations attribuées à ces bâtiments rappelle combien le patrimoine n’est pas figé : il se transforme, selon les besoins du territoire et l’énergie de ses habitants. Si la grande époque des eaux médicinales est derrière nous, la vie des villas se poursuit, réinventée mais fidèle à l’esprit d’accueil qui a fait la renommée du village. Voilà sans doute la plus belle élégance de Bains-les-Bains : offrir à son passé une juste place dans le présent.

Sources principales :

  • Archives municipales de La Vôge-les-Bains
  • Bulletins municipaux 1985-2023
  • DRAC Lorraine, rapport 2019 sur la reconversion du patrimoine thermal
  • Comité Histoire & Patrimoine Bains-les-Bains
  • Vosgelis, synthèse logement
  • Recherche complémentaire CA de la Communauté de Communes de La Vôge et Office de Tourisme

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